Tallemant, II, p
Corneille, timide et fier, négligé et plein de lui-même, était assez mal à l'aise dans tout ce grand monde : il écoutait presque toujours en silence, et ne causait guère qu'avec Balzac , son concitoyen dans la république romaine. Mais Voiture était la gaieté, la vie, l'âme de la maison. 11 était toujours en train; sa verve inépuisable se mêlait à tout, animait tout, et tandis que Corneille mettait dans les plus légers badinages, parlât-il au nom de la tulipe, de l'immortelle et de la fleur d'oranger ', une gravité, une vigueur dont il n'était pas maître, et dans les comédies mêmes qu'il voulait faire les plus divertissantes, un ton et des mouvements tragiques qui lui échappaient malgré lui, Voiture, dans les choses les plus sérieuses, prodiguait la plaisanterie. Il est le côté enjoué de l'hôtel de Rambouillet, comme Corneille en est le côté sévère. N'oublions pas que Voiture n'a presque rien écrit que par occasion , que la circonstance était sa muse favorite, et qu'elle lui dicta la plupart de ces petites pièces, improvisées ou faites à la hâte , qu'il n'a pas même pris la peine de recueillir. 11 est donc ridicule d'y remarquer beaucoup de négligences. C'étaient , en très-grande partie, des chansons qui devaient être véritablement chantées, et qui l'ont été. L'éditeur a quelquefois indiqué les airs, et nous les avons retrouvés presque tous dans un recueil curieux de la bibliothèque de l'Arsenal, intitulé Chansons notées.