QUATRIEME EPISODE
PERSONNAGES
Gilles, en ermite {quinze ans plus tard) .
La biche qui parle, compagne et nourrice de
Cilles.
Le roi Childebert.
Son grand veneur — qui est Gaspard.
Théodore. l
Pélagie. ■{ parents de Cilles.
Des Seigneurs.
Des piqueurs.
Des chiens (si on en a).
La forêt de Saint-Cilles. A gauche Ventrée de la grotte rocheuse où Gilles vit en ermite depuis quinze ans; au fond, un lit de feuilles, quelques ustensiles de ménage; devant un escabeau grossier. Elle est complètement isolée par un fourré de lianes et de buissons qui délimite une sorte de petit rond-point. A droite^ occupant les deux tiers de la scène, une clairière. Les personnages sont censés ne pouvoir passer de la clairière à la caverne et réciproquement quen traversant le fourré: d'où possibilité de deux actions indépendantes se déroulant à gauche et à droite simultanément.
Cilles qui a grandi et pris de Vâge et qui porte une barbe inculte, vêtu d'une tunique taillée dans un vieux sac, est assis sur son escabeau devant la grotte. A côté de lui, une biche qui broute les feuilles du fourré.
LA BICHE Mééé — mééé...
GILLES
Bonne biche, ma mie, que dites-vous dans votre langue ? Avez-vous maintenant des secrets pour moi ?
LA BICHE, se retournant
Non, mon bon maître. Mais je fais « mééé » parce que je suis aise et que le feuillage du houx est bien agréable à brouter. Je réserve la langue des hommes pour exprimer des choses dignes des hommes, quand nous voulons causer sérieusement. {Elle fait volte-face ei broute encore.) Mééé — Mééé...
GILLES
Vous ne jugez donc pas sérieux, ni digne des hommes de parler de la nourriture ? Il est pourtant utile de manger pour vivre et nous avons le droit et le devoir de célébrer les dons de Dieu.
LA BICHE, se retournant
Oui, mon bon maître. Mais le plus simplement possible. Je fais (( mééé — mééé » comme vous diriez (( c'est bon )) et voilà tout. C'est bon, n'en parlons plus. Et si j en disais davantage, c'est que j'attacherais au houx que je mange plus d'importance qu'il n'en a. Il ne m'est pas permis de me servir du peu d'intelligence que je tiens de Dieu pour me demander si le houx est meilleur que le buis, à cause des piquants de son feuillage, et le trèfle que le chiendent, parce qu'il fond mieux entre la langue et le palais. Je le constate en passant, dans le moment que j'en goiite et je passe. J'entends dire que, dans le m»onde, souvent les hommes d'esprit sont gourmands. Mais ce qu'ils donnent à la gourmandise, j'ai bien peur que ce ne soit autant de perdu pour l'esprit.
GILLES
Biche, ma mie, je sais tout cela ; mais j'aime vous l'entendre redire. Vous parlez comme la Sagesse et je m'étonne chaque jour davantage que vous ne soyiez, somme toute, qu'un animal.
LA BICHE Oui, somme toute.
GILLES
Oh! je n'ignore pas que vous me fûtes envoyée, quand je fuyais la société des hommes, pour me tenir lieu de compagnon humain et que c'est pour cette raison que Dieu vous donna la parole. Mais vous pourriez, comme tant d'autres — qui sont des hommes, non des bêtes — n'avoir que la parole, sans l'esprit.
LA BICHE
Sans doute, mon bon maître ; mais j'ai été à votre école.
GILLES, fâché
Oh! oh! biche, ma mie ! Si vous vous mêlez, vous aussi, de me faire des compliments, il me faudra déménager encore. Car vous savez que je ne puis les supporter et que c'est même pour cela que...
LA BICHE
Je sais, je sais. Je ne vous dirai plus que des choses désagréables. {Elle se retourne et broute encore.)
GILLES
Dites, dites ! cher animal ! Et cessez d'abord de brouter ici ! Si vous continuez, vous dévorerez le fourré qui me sert de rideau et grâce auquel je puis vivre paisible. Respectez mon rideau, je vous prie. Une feuille encore de ce bon houx piquant ! Faites encore une fois (( mééé — mééé » pour remercier le Maître des choses! puis asseyez-vous sur votre derrière et dites-moi mes vérités !
LA BICHE
Entendu! entendu! {Elle broute une feuille.) Mééé — mééé... (Puis elle se retourne et s'assied sur son train de derrière en face de son compagnon.) Et maintenant, je suis à vous.
GILLES
Je vous écoute. (Un temps.)
LA BICHE
Mon bon maître, si je ne me trompe, car le calcul n*est pas mon fort, et pour compter à coup sûr les années, il me faudrait avoir devant moi les cornes de mon père le cerf, en voici quinze que vous vivez retiré dans cette caverne.
Exactement.
GILLES
LA BICHE Voici quinze années, donc, que vous avez quitté votre
bienfaiteur l'évêque Césaire et Gaspard votre compagnon.
GILLES En efîet.
LA BICHE
Voici quinze années que les hommes — j'entends les hommes et les femmes, les vieillards et les enfants — que vous guérissiez à plaisir...
Et sans plaisir
GILLES
LA BICHE Et sans plaisir... doivent se passer de vos services.
GILLES, protestant Pardon ! pardon !
LA BICHE
Laissez, que je finisse ! Et plutôt que de supporter les honneurs, mérités peut-être, qui vous étaient rendus, les compliments, les fromages et les trombones, vous avez choisi de vivre tout seul, buvant de l'eau du torrent et nourri du pain dur que je vais ramasser pour vous à la porte des métairies. Chaque jour, je vous en rapporte un morceau dans ma gueule; mais vous n'êtes pas dégoûté ^Q jnoi — et c'est là une marque de véritable humilité.
GILLES
Mais non, bonne biche, je ne suis pas humble. Vous avez une façon de me gourmander !
LA BICHE
Taisez-vous. Ou je recommence à faire (( mééé » et je ne dis plus autre chose.
GILLES Je me tais... je me tais.
LA BICHE
Ainsi, vous pratiquez l'humilité. Vous supportez la pauvreté — avec le chaud, avec le froid, l'humide et tout ce qui s'ensuit. Vous êtes habillé d'un sac et vous couchez sur des branchages, quand ce n'est pas sur des cailloux.
ais non.
GILLES, honteux
LA BICHE
Vous en avez un tas de bien pointus, là, dans le fond. {Elle désigne la grotte.) Inutile de protester : je les ai vus. — (Reprenant.) Vous aiguisez des pointes pour vous en faire une ceinture. Vous dévidez les patenôtres du matin jusqu'au soir et souvent du soir au matin. Et pas comme une mécanique à faire de la corde et à débiter de l'eau au moulin : avec le cœur, avec le cœur! — et vous avez bon cœur.
GILLES, résigné
Je vous laisse dire. Je fais en effet tout ceci, mais mal...
LA BICHE, continuant
Entendu. Ce n'est pas pour diminuer la prière et la pénitence qui sont au sommet de l'échelle, ni pour blâmer les solitaires et les hommes voués à la contemplation, sur lesquels repose, en somme, l'équilibre du monde... Mais, mon maître, à chacun son lot. Pensezvous, avec tout cela, avoir fait ce que Dieu attendait de vous?
Mais non, mais non ! je suis bien sûr que non, ma bonne biche ; je n'en fais pas assez. Et je devrais jeûner double, souffrir double et prier deux fois plus; casser deux fois plus de cailloux, aiguiser deux fois plus de pointes — et n'avoir pas peur de m'asseoir dessus. Je n'en fais pas assez bien sûr! et je ne suis qu'un misérable. Et quand je songe à ce que nos martyrs ont enduré — je ne parle pas de Notre-Seigneur — je me fait l'effet d'être un gros marchand qui ne vivrait que pour son ventre. — Je suivrai vos conseils ; je tâcherai d'en faire plus, ma bonne bête. Je ne suis rien, rien, rien ! qu'un ver de terre, un moucheron, un capricorne ou un bousier. Pouah! pouah! je me crache dessus. (// crache de dégoût.) Pardon, Seigneur! (5e levant subitement.) Tenez! je vais m'administrer une volée de coups de lanières qui s'entendra de loin. Vous allez voir. (// fait un pas vers la grotte et saisit un martinet.)
— 3il —
LA BICHE, rarrêtant avec ses pattes
Mais non! vous ne comprenez pas ! Laissez vos lanières tranquilles ! {Elle le rasseoit.) Je vous demande justement si vous n'avez pas tort de faire les choses que vous faites; si vous êtes bien sûr que Dieu vous ait créé et mis au monde, vous, Gilles, pour ne faire que jeûnes, ne faire que prier, ne faire que souffrir — et si vos pointes et vos cailloux ne seraient pas plutôt, dans votre cas particulier, des instruments du diable.
GILLES, indigné
Mais... vous parlez comme le diable même... ou comme Gaspard ! Et moi qui vous prenais pour une bête du Bon Dieu ! Les instruments de saint Antoine, de saint Hilarion, de saint Moïse, de tous les saints ermites du désert... des instruments du diable ! ! ! — Vous ne pouvez comprendre ça, ma bonne femme. Le monde a plus besoin de pénitence que de pain... et nous n'en ferons jamais trop pour nos pauvres péchés. Pénitence ! pénitence ! (// se lève éperdu.)
LA BICHE, le rasseyant encore
Mais entendu ! je vous l'ai dit. — Calmez-vous, mon très saint ami. Je suis de votre avis en gros... je veux dire en principe; je ne suis pas si bête que j'en ai l'air. Mais les uns sont faits pour la pénitence... la pénitence des lanières, des pointes, des cailloux, du désert et du froid, de la solitude et du jeûne — et plaise à Dieu qu'il y en ait beaucoup! — les autres...
GILLES Les autres ?
LA BICHE
...Pour la pénitence aussi...
GILLES Vous voyez bien !
LA BICHE
Permettez !... mais d'un autre genre. (Un temps.) Répondez-moi franchement, pauvre petit moine ! Qu'estce qui vous est le plus désagréable au monde, de souffrir, de saigner, de manger du pain dur et de vous asseoir sur des pointes... — ou qu'on vous rende des honneurs ?
GILLES, éperdu
Les honneurs ! les honneurs ! Je ne suis rien qu'un ver de terre, un capricorne, un scarabée, un cancrelat! Pouah! pouah!
LA BICHE
Et pourquoi donc les fuyez-vous, s'ils vous sont tant désagréables? quand en outre, en les supportant, vous pourriez faire tant de bien parmi les hommes: et guérir des malades ! et chasser des démons ! et jeter de l'huile sur les tempêtes ! à Athènes et à Arles, sur mer et sur terre, partout? Si cela vous déplaît, pourquoi ne le faites-vous pas ?
GILLES, embarrassé Mais... mais...
LA BICHE
îl n'y a pas de mais, mon saint homme. Voilà que vous faites comme moi quand je bêle... Mai-ai-aîs... mai-ai-aîs. C'est que vous êtes au bout de vos raisons et que votre cerveau d'homme ne trouve plus rien à répondre.
GILLES Mais... mais...
LA BICHE
Vous voyez bien. — Vous demandiez des reproches tout à l'heure? en voilà. — Le don du miracle n'est pas commun et n'en fait pas qui veut. Notre-Seigneur Dieu vous l'accorde et au lieu de vous en servir, vous vous enterrez tout vivant, au plus profond d'un bois, pour n'en pas faire.
GILLES
Mais Dieu les peut faire sans moi ! Je lui demande tous les jours, dans mon trou, que chacune de mes prières guérisse quelqu'un de quelque chose... mais de loin ! mais de loin ! qu'on ne dise pas que c'est moi ! Puisque c'est Dieu qui opère et que je n'y suis pour rien.
LA BICHE
Vous me faites rire. C'est comme si vous demandiez à Dieu la grâce de manger par ailleurs que par votre
bouche, quand il vous a donné une bouche pour manger. Que s'il a décidé de faire ses miracles par Gilles, il lui faut Gilles, Gilles en personne, content ou pas content, Gilles tout cru! et non l'ombre de Gilles qui cherche son devoir au fond d'un bois. — Mais Gilles est désobéissant... Gilles est lâche et Gilles prétend changer l'ordre du monde pour n'être pas contrarié.
GILLES
Mais qu'ils me fouettent, qu'ils me battent, qu'ils me crucifient ! Quand nos saints faisaient des miracles, c'est ainsi qu'ils étaient payés.
LABICHE, ironique
D'accord. Mais vous n'êtes pas un saint, mon bon maître ; vous croyez peut-être en être un ?
GILLES, désespéré
Moi... moi r je n'ai pas dit cela. Ce sont les autres qui le disent.
LA BICHE
Laissez-les dire. Contentez-vous de ne pas l'être, et faites des miracles comme si vous l'étiez.
GILLES, inquiet
Alors, j'ai péché grandement, à votre avis, en quittant mes parents, Gaspard et Mgr Césaire — et j'ai tort de rester ici ?
LA BICHE
Je n'en sais rien. C'est une idée qui m'est venue, une idée de biche, probablement. Faites-en ce que vous voudrez, mon maître ! En somme, il vous était peut-être bon, voire nécessaire, de méditer une quinzaine d'années dans cette forêt. C'est un nouveau sujet d'examen que je vous propose. (Se levant.) Mais j'ai déjà trop bavardé et, si je ne prends pas le galop jusqu'à la ferme la plus proche, vous n'aurez pas votre pain pour souper.
GILLES
Vous me laissez seul ?
LA BICHE
Avec Dieu. {S' élançant à travers le fourré.) Au galop ! au galop ! {Elle disparaît.). Papapa... papapa... papapa... Mééé-mééé... {Son galop et sa voix s'éteignent.)
GILLES, seul
Cette biche a peut-être raison. Elle fut toujours pour moi une bonne femme... Elle n'a pas intérêt à me tromper. {Un temps.) Tout de même, si depuis quinze ans que je loge ici, les paralytiques attendent, et les enfants mordus, et les jeunes filles possédées, et les navires en détresse... quand je me remettrai à la besogne, je n'y suffirai plus. {Les veux au ciel.) O Seigneur, donnezmoi un signe! Je me sens, à cete heure, encore plus bas que je ne me mettais. (// songe.) Silence, ombrage, oiseaux, prière... J'étais si bien ici!... — Trop bien... (//
se prend la tête dam les malus et entre dans une méditation profonde. Long silence. Puis, on entend au loin des cors et une chanson de chasse chantée à tue-tête par une voix d'homme.)
LA VOIX, chantant
Quand le roi s'en va-t-en guerre,
Toujours emmène avec lui
Son faucon, sa meute aussi
— Et chasse ne chôme guère —
Son faucon, sa meute aussi
Et chasse chez Tennemi.
(Sur ces dernières paroles entre le grand veneur, qui est Gaspard, grandi, changé et barbu comme Cilles, suivi du roi Childeberi, de Théodore, de Pélagie et de quelques piqueurs, avec — si on en a — des chiens) .
CHILDEBERT, furieux
Grand veneur! grand veneur! vous avez une façon de mener la chasse qui me fait regretter de vous avoir tiré de l'ombre, pour vous confier ce noble emploi.
LE GRAND VENEUR Mais, seigneur Childebert...
CHILDEBERT Il n'y a pas de seigneur Childebert. Quand je vous re-
commande le silence, vous faites donner la meute et
les cors; ou bien vous chantez à tue-tête ma chanson royale de chasse, sous prétexte que vous ne la connaissez que depuïs hier et qu'elle vous plaît. Elle vous plait... c'est bien. Mais le gibier est prévenu et il s'en va. Vous savez ce que signifie le mot bredouille?
LE GRAND VENEUR Non, seigneur Childebert.
CHILDEBERT
Dans le Midi, il paraît qu'on ne connaît pas le mot bredouille ; c'est un pa3^s de grands massacreurs de gibier. Ah ah ah ah ! (// rit bruyamment.) Eh bien ! cela se dit en Neustrie et en Austrasie, quand on rentre le carnier vide. Si vous continuez, je n'aurai pas un lapin de garenne à servir à nos hôtes pour le souper.
N'importe, sire ! Ne nous aventurons pas dans ce fourré. (A Théodore.) Pas d'imprudence, cher époux ! cette forêt est vierge et sourcilleuse. Vous n'auriez qu'à y rencontrer le sanglier d'Erymanthe ou un autre et il vous découdrait proprement.
CHILDEBERT
Cela s'est vu, Madame. Le prédécesseur de Monsieur dans la charge de grand veneur fut ainsi massacré l'autre semaine — et c'est pourquoi j'ai dû le remplacer au pied levé par Monsieur qui n'y entend rien... c'est
une justice à lui rendre... rien, rien! il n'avait jamais été qu'aux cuisines. Mais en campagne, et loin de son royaume, quand on veut faire une battue... entre deux batailles... et tuer quelques bêtes pour se reposer de tuer les gens, on n'a pas le choix, on prend ce qu'on trouve. — Vive la guerre ! vive la chasse ! et vive la joie du sang répandu! {S' arrêtant et tendant F oreille.) Chut! chut !... écoutez-là ! les feuilles bougent.
PÉLAGIE, effrayée, criant Un sanglier ! un sanglier !...
CHILDEBERT, furieux
Taisez-vous! taisez-vous. Madame! ou il se jettera sur vous.
PÉLAGIE, redoublant de cris
Théodore, Théodore ! monte-moi dans l'arbre !
CHILDEBERT
Allez-vous vous taire !... Tenez, vous l'avez fait partir.
Tant mieux, tant mieux.
CHILDEBERT, éclatant
Par les cornes du cerf dix-cors, vous avez, vous aussi, Madame, une singulière façon de comprendre la chasse... {Au grand veneur.) Tu n'entends nen?
LE GRAND VENEUR
Chut! Monseigneur ? Je crois que la bête s'est arrêtée. Tenez... là!... derrière le buisson d'épines... C'est une bête curieuse... Elle a un croûton de pain dans la bouche... Elle nous regarde...
PÉLAGIE, criant Au secours ! au secours !
LE GRAND VENEUR Elle file... C'est une biche !
CHILDEBERT
Taïaut ! taïaut ! poursuivons-la ! En chasse ! en chasse ! (Le roi, le grand veneur, les piqueurs et les chiens s'élancent vers le fond et disparaissent dans /q bois.)
THEODORE
Ne craignez rien, ma bonne amie. Ce n est qu une biche.
Avec des cornes ?
THEODORE Je ne sais... Non, sans cornes !
PÉLAGIE
Vous en êtes sûr ? J'ai toujours cru que les biches avaient des cornes.
THÉODORE
Quand elles sont vieilles, pas avant; vous confondez avec la chèvre ou le rhinocéros.
PÉLAGIE
Ah! je respire! (Elle se laisse tomber sur un tronc d'arbre.) Mais ils vont la tuer ?
THÉODORE Probablement.
PÉLAGIE
La pauvre bête ! Je n'aime pas ce roi, il est cruel. Pourquoi sommes-nous venus de si loin à sa cour, quand nous vivions tranquilles dans notre maison du Pirée ?
THÉODORE
Vous le savez bien î pour chercher Gilles ! quand nous avons appris, un peu tard malheureusement, qu'il fût à Arles, chez l'évêque Césaire. C'est alors que ce roi a envahi la Narbonnaise et nous nous sommes attachés à ses pas.
Mais pourquoi îe suivre à la chasse?
THÉODORE
Parce qu'on prétertd à Narbonne que Gilles s'est caché dans cette forêt. C'était une occasion à saisir — et sans frais aucun.
PÉLAGIE
Sans frais aucun. (Prise de colère.) Oh f le méchant garçon! Si je le retrouve, je lui prépare une de ces sorties, une de ces raclées... Je le fouetterai jusqu'au sang.
THÉODORE
Vous n'y pensez pas, Pélagie, un saint! îl n'a pas besoin de vous pour cela... Les saints, dit-on, s'administrent le fouet eux-mêmes.
PELAGIE
Un saint... un saint... (5e levant et feignant de parler à Gilles.) Venez ici, Monsieur le Saint! Ah ah ah! c'est ainsi que l'on quitte nocturnement, sans raison valable, son père et sa mère ! C'est ainsi que l'on récompense ses bons parents des soins qu'ils vous ont prodigués ! Avez-vous oublié la saveur du lait maternel et du pain paternel qui vous ont fait ce que vous êtes ? Si vous êtes un Saint, c'est grâce à ce lait, ne l'oubliez pas ! au pain de votre mère, au lait de votre père...
THEODORE Vous VOUS trompez, ma bonne amie.
PÉLAGIE
Laissez-moi parler ! — Et vous partez, Monsieur le Saint, juste dans le moment que vos parents allaient être payés de toutes les peines qu'ils ont prises... pour vous élever peu à peu au plus haut degré de la sainteté. Vous préférez sans doute vous nourrir du lait des chevreuils et du pain des biches. Le bon Dieu n'est pas avec vous; je vous le dis, je vous le dis : le bon Dieu n'est pas avec vous. (S' attendrissant.) Gilles, mon Gilles, regardez-moi ! vous êtes en train de faire pleurer votre mère. (Elle retombe en sanglotant sur le tronc d'arbre.) Hélas ! hélas !...
(Gilles, dérangé par le bruit, derrière son rideau dç feuillage, a prêté V oreille à tous les propos du chasseur : quand son nom a été prononcé par sa mère, il s est dressé et il a écouté toutes ses invectives avec émotion.)
Gilles, à pari
Oh! mon père! oh! ma mère! Que je regrette! — Tout ce qu'elle dit est parfaitement vrai. Je ne puis en entendre plus. (S'enfonçant dans sa grotte.) Bon Seigneur, donnez-moi un signe ! (// disparaît.)
PÉLAGIE, gémissant
Mon fils... mon fils... (5e redressant, furieuse.) Mais si je retrouve ce Gaspard, ce vagabond, ce morveux, ce
moustique... qui a débauché mon garçon, il prendra deux fessées pour une. Je l'écraserai, je l'écraserai.
THÉODORE
Oh! ceci sera moins commode. Il doit être plus fort que vous aujourd'hui, avec du poil au bec. Ne vous y frottez pas!
{A ce moment cris des chasseurs dans la coulisse.)
LES VOIX
Taïaut! taïaut!
PÉLAGIE, reprise de terreur.
Le sanglier!... Théodore, monte-moi dans l'arbre!
(La rumeur et les cris augmentent et tandis que Théodore saisit Pélagie par les jambes pour la hisser dans Uarhre dont ses mains touchent les premières branches, la biche de Gilles débouche dans la clairière et se cache, tremblante, derrière un buisson bas, tout en avant. Les cris redoublent et le grand veneur entre le premier, à reculons, barrant la route à Childebert et s efforçant de V empêcher de décocher une flèche à la biche. Derrière se montrent les piqueurs avec les chiens.)
LE GRAND VENEUR Pitié! pitié! Seigneur! Ne tirez pas!
CHFLDEBERT, hors de lui
Comment... ne tirez pas ? Qu'est-ce que c'est que ce grand veneur qui prend la défense des bêtes?
LE GRAND VENEUR
Elle est trop jolie, Monseigneur... elle tient un croûton dans la geule... elle a des yeux comme une fenmie... (// retient lare de Childebert.)
CHILDEBERT
Qu'est-ce que c'est ? il tient mon arc ? Lèse-majesté! Lèse-majesté! Par les cornes du cerf dix-cors, finiras-tu?
LE GRAND VENEUR
Je vous dis qu'elle est trop jolie... Et je vous dis qu'elle me regarde... Et tenez, elle pleure! elle pleure comme une personne...
PÉLAGIE, dans les bras de Théodore Ne tirez pas !
CHILDEBERT, se débattant toujours
Vous aussi ! vous aussi ! Mais ils vont tous s'y mettre pour empêcher la chasse. — Piqueurs! piqueurs! piquez-le! piquez-les!
THÉODORE Pas moi ! pas moi !
CHILDEBERT
Et lâchez les chiens! — Taïaut! taïaut! (Les piqueurs harcèlent de leurs épieux le grand veneur qui, débordé, lâche Varc du roi Childehert.)
LE GRAND VENEUR Sauvez-vous! sauvez-vous. Madame la biche!
THÉODORE ET PÉLAGIE, harcelés à leur tour.
Oh la! oh la!...
(Tandis que Childehert bande son arc, la biche se relève, fait un bond et disparaît dans le fourré, en direction de la caverne.)
LE GRAND VENEUR, à Childehert
C'esit bien fait! vous ne l'aurez pas.
(Mais Childehert a lancé une flèche qui, traversant le fourré, vient atteindre à la main Vermiie Cilles, au moment où, reparaissant, il reçoit dans ses bras la biche exténuée.)
Ciel!
GILLES, touché très fort
LA BICHE
Oh! mon bon maître!... (Gilles lève la main où demeure piquée la flèche. Son cri a frappé tous les assistants qui s'arrêtent court.)
CHILDEBERT Qai a dit ciel ?
PÉLAGIE Quelqu'un a parlé?
LES AUTRES Qui? la biche?...
LE GRAND VENEUR La biche a parl«.
TOUS La biche a parlé. (Rumeur.)
CHILDEBERT
Faites silence. {Sombre et inquiet.) Il vient de se passer ici quelque chose de merveilleux et de funeste. Quand la flèche a quitté la corde, j'ai senti tout à coup que je faisais mal, que j'aKais verser le sang innocent... Je suis pourtant un homme rude. (Un temps.) Et la biche a parlé... A parlé comme une personne!... (( Ciel!... ciel!... » Elle a dit : Ciel. — Les biches, à ma connaissance, ne parlent pas du ciel au moment de passer de vie à trépas... C'est étrange... Qu'ai-je fait? qu'ai-je fait?... Si elle monte au ciel, pour s'y plaindre de moi, j'ai chance de n'y pas rentrer, avant d'avoir rendu des comptes. (S'élançant vers le fourré.) Aidezmoi! aidez-moi! je veux savoir ce qu'il en est. (Aux piqueurs.) Abattez les branches, vous autres! (On s'p
emploie. Childebert et le grand veneur, suivis de Théodore et de Pélagie, se fraient un passage dans le fourré.)
GILLES, effrayé On vient! on vient!...
LA BICHE
Ne craignez rien pour vous! ni pour moi non plus, mon bon maître. Voyons un peu cette blessure. — Retirez doucement la flèche. (// obéit.) Et tendez votre main! {Elle s est couchée à ses pieds et la tête sur ses genoux lèche lentement la blessure.) Mééé... mééé... (A ce moment, Childebert et sa suite débouchent du fourré. Tous s'arrêtent sur place, stupéfaits.)
TOUS, ensemble
— Un homme! — Blessé! — Un ermite! — Avec la biche ! — Elle lui lèche la main !
CHILDEBERT, frappé Mes amis, j'ai blessé un homme.
Un ermite.
Un ermite!
Un saint.
THEODORE
CHILDEBERT
LE GRAND VENEUR
CHILDEBERT
Un saint! un saint!... (Se découvrant et mettant un genou en terre, devant Cilles; tous l imitent.) Par le roi du ciel, vous me pardonnerez, saint homme. J'aime trop la chasse et j'en suis puni. Mais je ne pensais pas tirer ma flèche sur un homme de Dieu.
LE GRAND VENEUR
Sauf votre respect, Monseigneur, vous pensiez la tirer sur une créature de Dieu, une bonne petite biche, grise et blanche.
CHILDEBERT
Sans doute... sans doute... Mais le bon Dieu n'en saura rien. Elle n'a pas dit : ciel !
LE GRAND VENEUR
Voyez comme elle est pitoyable! Je crois qu'elle est en train de vous donner une leçon. Voyez !
LA BICHE, léchant toujours Mééé... mééé... {Cilles ne bouge pas.)
LE GRAND VENEUR Voilà tout au moins un miracle.
CHILDEBERT, à Cilles
Vous ne répondez pas, saint homme? Ne peut-on savoir qui vous êtes? depuis quand vous logez ici? ce
que vous désirez qu'un roi fasse pour vous? Le roi est riche. Et il a le respect des saints. (Un temps. Cilles ne bouge pas.)
LABICHE, léchant Mééé... mééé...
CHILDEBERT Il est muet et sourd.
LES AUTRES Il est muet et sourd.
CHILDEBERT II a pourtant dit : ciel !
LES AUTRES
Il a dit : ciel ï [Lassés d'attendre, tous se relèvent. Un temps. Alors la biche cesse de lécher et se dresse.)
LA BICHE Mon bon maître ne répond pas?
TOUS, éperdus — La biche parle! — La biche parle!
CHILDEBERT, tombant à genoux devant elle
O sainte biche! si vous n'êtes pas une incarnation du diable... {Tous les autres Vont imité.)
LA BICHE
Rassurez-vous, Monsieur le Roi. {Elle se tourne vers eux et s'assied sur son train de derrière.) Je vis avec un trop saint homme. Mais je ne suis qu'une pauvre bête du bon Dieu, comme toutes les bêtes. — Debout, Sire, debout! n'adorez pas un animal! — Debout, Monsieur et Madame! (Au grand veneur.) Debout, Gaspard! (Mouvement de Cilles. Tous se relèvent.)
THEODORE ET PELAGIE Comment Gaspard? Ce serait...
LA BICHE
Une minute. (5e tournant vers Gilles.) Allons, c'est le ciel qui le veut, mon bon maître. Vous avez crié : ciel ! et le ciel vous a répondu. Vous vous plaigniez à votre biche de ne recevoir des hommes que des hommages et vous réclamiez le martyre. (Désignant la blessure.) C'est fait. Les hommes vous ont crucifié... d'une seule main. Le ciel n'a pas l'intention d'en demander davantage à l'ermite Gilles. (Mouvement.)
QUELQUES VOIX Gilles?... Gilles?... Gilks?-...
LA BICHE, continuant Et maintenant qu'il a versé son sang...
GILLES Bien peu !
LA BICHE
Il va se résigner à rentrer dans le siècle, pour soulager le pauvre monde, chrétiennement — et il acceptera, en pénitence de ses fautes, tous les honneurs qu'on lui rendra. — Allons ! le ciel a parlé, mon bon maître. Pour vous ramener dans la bonne voie, celle où vous fûtes appelé, il vous envoie un roi superbe, votre père, votre mère qui vous pleurent depuis quinze ans... et même votre ami Gaspard. Levez-vous, Gilles!
TOUS, ensemble Gilles? Gilles? Gilles? c'est saint Gilles!
LA BICHE Mais oui. — Et embrassez tout votre monde!
GILLES, se levant, ému Je vous obéis... Mais c'est trop doux, ma chère biche!
LA BICHE, le poussant dans les bras de ses parents Dépêchez-vous! allez! (Mouvement)
PÉLAGIE Seigneur! je retrouve mon fils. (Baisers.)
THEODORE Seigneur ! et avec cette barbe ! (Baisers.)
GILLES
O mon père ! ô ma mère ! je vous demande pardon à genoux.
PÉLAGIE
Ne fais pas ça!
GASPARD Mon bon Gilles, quelle surprise !
GILLES
O mon bon Gaspard, quel retour ! (Ils s embrassent.) Tu ne m'en veux pas?
GASPARD
Pour ça, non. J'étais sûr de te retrouver. — Ah ah! On va en voir des belles choses! (Cilles avant fait le tour se trouve devant le roi et slndine.)
CHILDEBERT
Il est permis à un saint d'embrasser un roi. Le roi en aura tout l'honneur.
GILLES, gêné
Je vous en prie. (A la biche.) Vous l'entendez? ça recommence...
LA BICHE
Bien sûr que ça recommence ! ça ne fait même que
de recommencer; vous n'avez pas fini, mon maître.
Le roi vous bâtira un monastère. Ici, puisque l'endroit vous plaît. Vous pourrez y garder votre caverne. Mais les gens viendront vous y voir, les sourds, les muets, les
possédés, les aveugles, les fous, les paralytiques et
non pas seulement les biches, les hochequeues, les palonibes et les faisans. Vous serez, en outre, entouré de moines qui suivront votre règle, le jeune, les pointes, les cailloux... tout ce que vous voudrez!... Embrassez donc le roi qui vous donne un beau monastère.
CHILDEBERT
J'en fais la promesse. Madame la biche. Mon saint homme, ouvrez-moi les bras! (// s^ jette humblement.) Je tacherai d'être moins dur à l'avenir... Mais si je pèche, en abusant des créatures, je saurai qu'un saint prie pour moi.
LA BICHE N'en profitez pas trop, Sire.
CHILDEBERT, galant
Que voulez-vous? L'homme a quelque chose en lui de la bête... (Saluant) Et il ne la vaut pas toujours.
LA BICHE, faisant la révérence Vous êtes galant!
Dans tout cela, que fera-t-on de nous?
CHILDEBERT
J'y songe. Si cela vous convient. Madame et Monsieur, vous aurez là votre villa d'été; j'en fais les frais.
PÉLAGIE ET THÉODORE, TavU Oh ! Sire ! Sire !
CHILDEBERT
Quant à mon grand veneur qui connaît si mal son métier...
PÉLAGIE, rinterompant
Sire, j'ai un compte à régler avfîc lui. C'est m yagabond. un moustique...
CHILDEBERT
Laissez-le. je vous prie. (// V écarte.) Quant à mon grand veneur, disais-je...
GASPARD, le prévenant
Sire... j'ai assez du métier. Je ne réclame pour moi qu'un bas emploi à la cuisine de vos mornes. Je ferai les couteaux et je laverai la vaisselle, coinm^e un bon trere lai. Mais je pose deux conditions. Pnmo. 3 aurai le droit d'assister aux mira^ks.
GILLES Gaspard !
GASPARD
Secundo: Dame Magloire ne rentrera pas comme cuismière.
Rassure-toi; nous n'aurons pas de femme ici. Elle est toujours chez Mgr Césaire?..
GASPARD
Et le fait toujours enrager. Je la croyais guérie — et elle empire. C'est pourquoi j'ai quitté la place.
GILLES, tristement
Chacun sa croix! — Je vais reprendre la mienne, camarade, avec les trombones, les fromages et tout ce qui s'ensuit... (Silence. Alors la biche, qui s est écartée et broute dans un coin, bêle.)
LA BICHE Mééé... mééé...
GILLES Que dites-vous, ma bonne biche?...
LA BICHE
Je dis (( mééé ». Je fais pénitence. Vous avez embrassé tout le monde, excepté moi.
GILLES, ouvrant les bras
Venez vite, ma bonne femme; vous m'êtes si chère! Au fait, je vous traite comme une personne — et vous le méritez — mais, en confidence, qui êtes-vous ?
LA BICHE Mééé... mééé... je ne sais pas.
GILLES
Moi, je m'en doute. Les anges du Seigneur ne dédaignent pas, à ce qu'on assure, d'entrer dans la forme des bêtes pour nous faire passer ses avertissements.
LA BICHE Mééé... mééé...
GILLES
Vous ne direz rien, bonne biche. Alors, embrassonsnous ; je vous aime bien.
{Gilles et la biche s* embrassent.)
CHILDEBERT Vive saint Gilles !
LES AUTRES Vive saint Gilles ! (Un temps.)
LA BICHE, simplement
Et mainteDant, ami Gaspard, à vous de tirer pour nos spectateurs la morale de cette histoire, un peu fantaisiste dans le détail, mais véridique par le fond. Car, ne l'oubliez pas, le petit saint Gilles est au Bréviaire. (Elle lui tape sur Vépaule.)
GILLES, la tête basse O bon Seigneur! Il ne me manquait plus que ça!...
GASPARD
Soit! je crois que j'ai une idée. (Au public.) Mesdames et Messieurs, que chacun se tienne à sa place... — comme ne s'y tenait pas dame Magloire ; aussi e^l-le a encore du purgatoire pour mille ans... — les cuisinières à leur fourneau et les pasteurs à leurs ouailles; les ouvriers à leurs outils et les marchands à leur comptoir ; les fabricants à leur fabrique et les penseurs à leur pensée ; les vrais poètes à leurs vers, les bons prosateurs à leur prose ; les ermites à leur solitude ; les guérisseurs, à leurs malades — et moi Gaspard, qui ne sais rien faire, à un petit ouvrage de pas grand'chose — selon la vocation de chacun. Le monde n'en ira que plus droit. C'est aux Saints à donner l'exemple. — Mais, d'une façon ou d'une autre, que Dieu soit le premier servi.
Maisonneuve, Septembre 1921.
La fête de saint Gilles (du Gard) est célébrée le L' septembre.
Au cas où il serait matériellement impossible de réaliser l'épisode de la tempête, la scène qui suit serait ajoutée au premier épisode.
Le cortège triomphal s'est éloigné. La nuit tombe. Bientôt on entend des cris, des chants, des fanfares. Même on pourrait faire défiler sur la scène, si on disposait d'un assez grand nombre de figurants, la foule de figurants, la foule de la ville et des campagnes environnantes qui s'avance vers la maison de Cilles, hommes, femmes, enfants, « sociétés athlétiques, musicales et autres », portant des fleurs, des fruits, des légumes et du laitage, soufflant dans des trompettes, dans des (( trombones » tout comme un soir de 14 juillet. Après quoi, la scène resterait vide et on verrait reparaître Gaspard, triste et las... Il s'assied sur le banc et songe. Alors, Cilles à son tour, rentre en scène, toujours éperdu.
GILLES Gaspard... tu n'es pas là?... Gaspard!...
GASPARD, se levant Est-ce toi, Gilles?
GILLES, tombant dans ses bras en pleurant Mon bon ami!
GASPARD
Qu'est-ce qu'il y a?
GILLES
Il y a que je n'en peux plus, mon bon Gaspard qu'il faut que je m'en aille... Emmène-moi...
GASPARD Où donc, mon bon Gilles?
GILLES
Sur ton bateau.
GASPARD
Sur mon bateau.
GILLES
Oui, il faut qu'il m'emporte, etc. (Ici, on intercalera le morceau de la scène II du second épisode, depuis « // faut quil m'emporte... » jusquà (( Jérôme, cest mon autre nom. Personne ne s'en sert jamais. » Puis, ajouter :)
GILLES
Partons... partons! Les voilà qui reviennent! (// entraîne Gaspard et sort avec lui par la gauche en criant:) Seigneur! Seigneur!