ACTE II
CLOTILDE
Oh! bien... Permettez, ma tante , vous dites qu’il a guéri monsieur Saint-Renan, il y a dix-huit ans.
LA COMTESSE
Eh bien ?
CLOTILDE
Il en aurait donc au moins trente-huit... c’est bien vieux cela...
LA COMTESSE
Enfant... c’est souvent l’âge où les hommes se marient... ils n’en sont que plus sages, plus prudents... C’est pour cela que je tenais peut-être à savoir ton opinion sur son compte.
CLOTILDE
Je ne comprends pas, ma tante.
LA COMTESSE
Puisqu’il faut m’expliquer tout à fait , que dirais- tu , mon enfant, si le chevalier était venu ici avec des intentions particulières... si enfin, il te recherchait en mariage...
CLOTILDE
Moi, ma tante?
LA COMTESSE
Si j’étais chargée de te pressentir à ce sujet...
CLOTILDE, vivement.
Oh! mais je ne veux pas me marier...
LA COMTESSB.
Que dis-tu?
CLOTILDE
Non, non, ma tante, ne m’en parlez plus, je vous en prie; mon Dieu , j’étais si tranquille, si heureuse ! et maintenant j’ai envie de pleurer...
LA COMTESSE
Mais enfin, pourquoi cette répugnance?
CLOTILDE
Mon Dieu , que sais-je? Ah! ma tante , il doit être affreux d’épouser quelqu’un qu’on n’aime pas!
LA COMTESSE. Ai
Clotilde !...
CLOTILDE
Et quand j’y pense. ..tenez, on vous aura forcée, vousaussi, de vous marier contre votre gré... Oui , c’est pour cela, n’estce pas, que vous êtes si triste, si malheureuse !...
LA COMTESSE
Moi !...
CLOTILDE
Eh bien, ma tante, je serais de même, car je n’aime pas cet
homme, je ne pourrai pas l’aimer, non , ma tante , non , jamais!
LA COMTESSE
Quelle exaltation !