PROLOGUE
Immobile, le front sur ses genoux couché,
Et dans son tablier le visage caché.
Elle ne proférait ni plainte ni murmure ;
Seulement du drap noir qui couvrait sa figure
Un mouvement léger, convulsif, continu,
Trahissait le sanglot dans son sein retenu;
Je devinai la mort à ce muet emblème :
l.a servante pleurait le vieux maître qu'elle aime.
« Marthe! dis-je, est-il vrai?... » Se levant à ma voix
Et s'essuyant les yeux du revers de ses doigts :
'< Trop vrai! montez, monsieur, on peut le voir encore,
On ne doit l'enterrer que demain à l'aurore;
Sa pauvre âme du moins s'en ira plus en paix
Si vous l'accompagnez de vos derniers souhaits.
Il a ])arlé de vous jusqu'à sa dernière heure :
" Marthe, me disait-il, si Dieu veut que je meure,
« Dis-lui que son ami lui laisse tout son bien
« Pour avoir soin de toi, des oiseaux et du chien. »
Son bien! n'en point garder était toute sa gloire;
Il ne remplirait pas le rayon d'une armoire.