‹ Jocelyn: Épisode. Journal trouvé chez un curé de village (volume 2)Chapitre 5 sur 30 · SUITE DE LA LETTRE A SA SCEUR · texte numérisé non relu

SUITE DE LA LETTRE A SA SCEUR

Valneîge , 5 Mai 1798.

Vpe cour le précèile, enclore d^une Haie Que lerme sans serrure une porte de claie; Des poules^ des pigtons , deux chèvres et mon chien Portier d un seuil ou^«IPt et qui n y garde^rien ^

Qui jamais n^ repousse et qui jamais n'aboie , Mais qui flaire le pauvre et Taocaeille avec joie. Des passereaux montant et desoeadant du toit^ L'hirondeUe rasant l'auge où le cygn'e boit , Tous ces hôtes, amis du seuil qui les rassemble, Famille de Termite y sont en paix ensemble; Les uns couchés à Tomlure en uncoin du gazon , D'autres se réchauffant contre un mur au rayon , Ceux-ci léchant le seile long de la muraille , Et ceux-là béquetant ailleurs l'herbe ou la paille , Trois ruches au midi sous leurs tuiles, et puis Dans Fangle sous un arbre , au nord , un large puits Dont la chaine rouillée a^poli la margelle < Et qu'une vigne étreint de sa verte dentelle; YoiUi tout le tableau, «ept marches d'escalier Sonore, chs^celant, conduisent au palier Qu'un avantrtoît défend du vent^et de la npge , Et que de ses résaai^x un vieum lierre protège; Là , susfijfendus le jeur au clou de iwn foyer, Mes oiseaux lamUi«rsi ehMtentfmir m'égayer.

Jusqu'ifî, grik» aux lieux ^ au ciel ^ à la nature ^ TcHi doUx regard de sœur sourit à ma peinture; Ta tendre illusion dure encor^ mais hélas !

Si tu veux la garder, 6 ma soeiu*, n'entre pas !....

Mais non , pour vos deux cœurs je n'ai point de mystère ^

Pourrais-je devant vous rougir de ma misère ?

Entrez , ne plaignez pas ma riche pauvreté,

Ces murs ne sentent pas leur froide nudité!

Das travaux journaliers voilà d'd>ord Tattle, Où le feu du {Qy& s'allume , où Marthe file; Marthe , meuble vivant de la sainte maison , Qui suivit dans le temps son vieux mstttre en prison, Pauvre fille , à ces murs, trente ans- enracinée, Partageant leur prospère ou triste destinée , Me servant sans salaire et pour l'honneur de Dieii, SurveiUant à la fois la cure elle saint lieu ^ Et qui voy^uit ^otre ombre , ô mon Dieu , dans son maître , Croit s'ap^^odier du ciel en vivant pHss du prêtre ; Quelques vases démarre, ou de boisson d'étaîn , Où de Marthe attentive on voit briller kt main ,

Sur la table un pam noir sous une nappe blanebe. Dont chaque mendiant vient dtmer une tranche , Des grappes de raisin que Marthe £ait sécher De leur pampre çncor vert déc<M*ent Je plancher, La sève en hiver même y jaunit leurs grains d'ambre. De ce salon rustique on passe dans ma chambre ; C'est celle dont le mur s'éclaire du couchant : Tu sais que pour le soir j'eus toujours du penchant. Que mon ame un peu triste a besoin de lumière ^ Que le jour dans mon cœur entre par ma paupière , Et que j'aimais tout jeime à boire avec les yeux Ces dernières lueurs qui s'éteignent aux cieux. La chaise où je iii'assieds , la natte où je me couche j La table où je t'écris , Tàtre où fume une souche , ' Mon bréviaire vêtu de sa robe de peau , Mes gros souliers ferrés , mon bâton , mon chapeau y Mes livrés pêle-mêle entassés sur leur planche , Et les fleurs dont l'autel se pare le dimanche, De cet espace étroit sont tout l'ameublement. Non : non ! ah ! j'oubliais son -divin ornement,

Qui surmonte tout seul mon humble cheminée , Ce Christ; Les bras ouverts et la tête inclinée/ Cette image de bois du maître que je sers , Céleste ami, qui seul me peuple ces déserts y Qui , lorsque mon regard le visite à toute heure , Me dit ce que j'attends dans cette âpre demeure, Et , recevant souvent mes larmes sur ses pieds , Fait resplendir sa paix dans mes yeux essuyés; Ce Christ ! tu le connais? c'est celui que ma mère Colla dans lagonie aux lèvres de mon père , C'est celui que plus tard moi-même en un grand joiu* Au pur sang d'un martyr je teignis à mon tour ; ' D'autres lèvres encore il conserve la trace , Et Dieu sait de combien de pitié je l'embrasse!...

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