X POST-SCRIPTUM
S'il y a (juehjue cliose au inonde de liljre et d'inviolable, c'est la pensée et la conviction : l'auteur n'a [)oint à faire ici profession de foi; mais il fait j)rofession de vénération, de reconnaissance et d'amour pour une religion ({ui a apporté ou résumé tout le mystère de l'humanité; (pii a incarné la raison divine dans la raison humaine; qui a fait un dogme delà morale et une législation de la vertu; qui a donné pendant deuv mille ans une ame, un corps, une voix, une loi, à l'instinct religieux de tant de milliards d'eti'es humains, une langue à toutes les prières, un mobile à tous les dévouements, une espérance à toutes les douleurs. Alors même qu'il pourrait différer sur le sens plus ou moins symbolique de tel ou tel dogme de cette grande communion des esprits, pourrait-il jamais, sans ingratitude et sans crime, être hostile à une religion qui fut le lait de son enfance, qui fut la religion de sa mère, qui lui a tout appris à lui-même des choses d'en haut, et souiller de sable ou de gravier ce pain de vie dont se nourrissent et se fortifient tant de millions d'aines et d'intelligences? Ce ne sera jamais sa pensée, ce ne fut pas sa pensée en écrivant ce livre; il n'en a eu qu'une : inspirer l'adoration de Dieu, l'amour des hommes, et le goût du beau et de l'honnête, à tous ceux qui sentent en eux ces nobles et divins instincts. Les controverses engendrent souvent les disputes, et l'intelligence aussi doit avoir sa charité.
Enfin, on m'a accusé ou loué de panthéisme : j'aimerais autant qu'on m'accusât d'athéisme, cette
POST-SCHIPTUM XI
grande cécité morale de quelques hommes privés, par je ne sais quelle affliction i)rovidentielle, du premier sens de l' humanité, du sens qui voit Dieu. Parce que le poète voit Dieu partout, on a cru qu'il le voyait en tout. On a pj'is pour panthéisme aussi le mot de saint Paul, ce [)remiei' commentateui' du christianisme : In ilLo vivinius, movcmur et sumus. (>'est le mien. Mais refuser l'individualité suprême, la conscience et la domination de soi-même à Celui qui nous a donné l'individualité, la conscience de nous-mêmes et la liherté, c'est refuser la lumière au soleil et la goutte d'eau à l'Océan. Non : mon Dieu est le Dieu de l'Evangile, le Père qui est au cifx, c'est-à-dire qui est partout.
Mais en voilà trop sur un si petit livre, qui ne doit rien soulever de si lourd, qui ne doit rien toucher de si haut.
Paris, 26 mars i836.