‹ John Chapman - Drôles de FripouillesChapitre 2 sur 2 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

L'action se déroule dans le hall d'accueil d’une auberge normande située à la campagne. Elle est gérée par Henri Badinet, colonel retraité de l’armée d’Indochine, et son épouse Doris. Îls sont aidés en cela par Berthe Barbon, une femme de chambre.

Sur l’avant-scène droite se situe la cheminée, sur l’arrière-scène droite des portes-

Jenêtres menant au jardin. Au centre du mur du fond, un petit escalier conduit à un palier suivi d’un couloir qui part vers la gauche et mène à l'étage. Directement sous le palier se trouve la porte d'entrée. Il y a une autre porte menant à la cuisine à l’avant-scène gauche et encore une donnant sur la salle à manger sur l’arrièrescène gauche. Sur le mur du fond, des deux côtés de la porte d'entrée, se trouvent des fenêtres. Entre la porte de la cuisine sur l’avant-scène gauche et la porte de la salle à manger sur l’arrière-scène gauche se trouve un petit bar Entre la salle à manger et la porte d'entrée il y a un panneau qui s’ouvre dans le mur. Décoration murale liée aux courses de chevaux

C'est le matin. Quand le rideau se lève, Badinet apparait sur le balcon du palier venant de sa chambre au fond du couloir vêtu d’une chemise, d’un pantalon et de sa robe de chambre. Il appelle.

BADINET. — Doris !

N'obtenant aucune réponse, il retourne dans le couloir Mme Badinet entre depuis la cuisine, portant un plateau avec le petit-déjeuner et le journal. Elle le pose sur la table et appelle.

MME BADINET. — Henri!

N'obtenant aucune réponse, elle retourne dans la cuisine. Badinet revient sans sa robe de chambre et avec un foulard autour du cou.

BADINET. — Doris !

Toujours pas de réponse. Il ressort. Mme Badinet, revient, portant un deuxième plateau.

MME BaDINET. — Henri !

Elle va sous le balcon pour prendre une chaise. Badinet entre en enfilant sa veste. BADINET, ne la voyant toujours pas. — Doris !!

MME BADINET, sortant de sous le balcon. — Oui, mon chéri ? BADINET. — Ab, tu es là !

Il descend.

MME BADINET. — Oh, Henri ! Tu es déjà réveillé ?

BADINET, lécèrement sarcastique. — Non, ma chérie, je suis somnambule. MME BADINET. — Alors, viens prendre ton petit-déjeuner. BADINET, commençant à manger. — Depuis combien de temps es-tu levée ?

MME BADINET. — Une éternité. Je me suis occupée de toutes les corvées pendant que tu ronflais encore.

BADINET. — Je ne ronfle jamais.

MME BADINET. — Bien sûr, mon chéri. Tiens, ton journal.

BADINET. — Merci. Cela dit, je ne vois pas pourquoi c’est toi qui devrais t'occuper des corvées. Pourquoi diable payons-nous Berthe ?

MME BADINET. — Elle ne se sent pas très bien aujourd’hui. Elle a de nouveau eu des vapeurs cette nuit.

BADINET. — Encore ! Si elle ne fait pas attention, elle va finir par s’'évaporer entièrement. Je ne m'en plaindrais pas d’ailleurs.

MME BADIRET. — Oh, Henri, arrête de rouspéter et finis ton petitdéjeuner.

BADINET. — Je pensais déjà que les domestiques que nous avions en Indochine étaient mauvais, mais alors Berthe, c’est le pompon. Je ne sais pas comment les propriétaires précédents arrivaient à la supporter.

MME BADINET. — Peut-être, Justement, qu’ils n’y sont pas arrivés, et que c’est pour ça qu’ils ont vendu.

BADINET. — N’aurait-il pas été plus simple pour eux de s’en séparer ?

MME BADINET. — Il est vraiment difficile de lui faire entrer quoi que ce soit dans le crâne. Ils ont probablement pensé que le plus simple était pour eux de partir.

BADINET. — "Tu vas voir comment je vais la mater, celle-là, même si je dois utiliser les grands moyens.

MME BADINET. — Bien sûr, mon chéri. Quoi de neuf dans le journal ? BADINET. — Rien du tout, exactement comme hier.

MME BADINET. — Eh bien, c’est déjà une bonne nouvelle. (Elle regarde le journal par-dessus son épaule.) Oh, mais c’est le journal d’hier ! Berthe a dû les inverser.

BADINET. — Allons bon. ({{ l'appelle.) Berthe !

MME BADINET. — Oh, ne l’appelle pas maintenant, Henri, elle est en train de faire la vaisselle.

Elle prend un autre journal sur la table à côté de la porte d'entrée.

BADINET. — Berthe !

On entend un bruit de vaisselle cassée en coulisse.

MME BADINET. — Je t'avais dit qu’elle faisait la vaisselle.

BADINET. — Chaque fois que je l'appelle, on dirait qu’elle est ailleurs. MME BADINET. — Peu importe ; tiens, voici le bon journal.

Elle lui tend le bon journal. Berthe entre, une fille de la campagne à l'air godiche. BERTHE. — Vous z’avez fini ?

BADINET. — Fini ? Fini quoi ?

BERTHE. — Avec l’plateau.

BADINET. — Pas encore.

BERTHE. — Ben, dépêchez-vous. (Elle rapproche son visage de celui du colonel :) J’peux pas vous attendre tout’ la sainte Journée.

BADINET, {a colère le gagnant. — Quoi !

MME BADINET, le calmant. — Henri !

BADINET, se maîtrisant. — Du courrier ce matin ? MME BADINET. — Pas à ma connaissance.

BERTHE. — Ni pour moi

BADINET. — Dommage, j’espérais que nous aurions quelques clients pour le début de la saison hippique.

MME BADINET. — Nous les aurons bien assez tôt. Après tout, la saison ne fait que commencer, et il fait encore assez froid.

BADINET. — Cest vrai.

Î se remet à lire son journal.

BERTHE, qui aime bien papoter. — Ouais, et ici, y fait encore sacrément froid au début du printemps, pas vrai, m’dame ?

MME BADINET, sur le même ton fanulier. — Sacrément, ouais. — (Se reprenant :) Heu — Oui, en effet.

BERTHE, continuant sur sa lancée. — Mais maintenant qu’les courses vont commencer à l’hippodrome de Deauville, les affaires vont reprendre, vous z’allez voir.

MME BADINET. — Je l'espère sincèrement.

BERTHE. — Oh, ouais, et quand été s’ra là, vous z’aurez les couples pour leur lun’ de miel. J’aime bien une bonne lune de miel, pas vous ?

BADINET. — Je n’en ai vécue qu’une seule, mais c’était bien agréable.

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