‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 55 sur 77 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

ce LE PONT DE WATERLOO »

A douloureuse maladie, dont Gonstable avait dernièrement souffert si cruellement, ne l'avait pas encore quitté. Je lui avais écrit de Petworth, faisant la description de quelques-uns des tableaux qui étaient là, et je reçus la lettre suivante qu'il avait dictée, car son rhumatisme à la main l'empêchait de tenir une plume :

« De mon lit, Charlotte Street, 14 janvier. Mon cher Leslie, Agréez mes remerciements pour votre aimable lettre. Je me réjouis d'apprendre que vous, M""^ Leslie et vos chers enfants avez accompli si heureusement votre voyage. Quant à moi, j'ai eu une assez sérieuse rechute, mais j'ai passé la dernière nuit presque entière sans souffrir, la première, je crois, depuis trois semaines. J'ai eu beaucoup de plaisir à voir mon frère, avec lequel je me suis très animé à propos des affaires de famille, lui entrant très cordialement dans toutes mes vues concernant mes enfants. L'ef-

fort a été sans doute trop grand pour moi, mais Evans m'a assuré hier soir qu'il ne m'avait pas encore vu si bien. Ce que vous me racontez des tableaux à Petworth m'a beaucoup intéressé. Je me rappelle la plupart des premières œuvres de Turner ; dans le nombre il y en avait une de sujet très compliqué et d'une singulière beauté: c'était un canal avec de nombreux bateaux présentant des milliers de formes superbes, et je crois que c'est la plus complète œuvre de génie que j'aie jamais vue. Je connais bien le Claude Lorrain, grandiose et solennel, mais froid, terne et lourd ; un tableau de sa vieillesse. Claude Lorrain perdit sa joie et sa lumière entre cinquante et soixante ans; alors il devint un professeur des « hautes régions de l'art» et il tomba en grande partie dans la manière des peintres qui l'entouraient, tellement il est difficile d'être naturel, et facile d'être supérieur à nos propres yeux. Quand nous aurons le plaisir d'être ensemble à la Galerie Nationale, je crois qu'il ne me sera pas difficile d'illustrer ces remarques ; Carr en effet, a envoyé un grand tableau (1) de ce dernier genre. Hohhéma est très désagréable quand la couleur lui manque, car il n'a ni formes ni composition. Vous avez réveillé toute ma sympathie en parlant d'un crépuscule imposant par Gainsborough; faites-m'en donc, je vous en prie, une esquisse d'une sorte ou d'une autre, quand ce ne serait seulement qu'une rapide pochade.

« Quant à venir nous rejoindre parmi ces spectacles grandioses, souvenez-vous, mon cher Leslie, que le Grand n'a pas été fait pour moi, et que je n'ai pas été fait pour le Grand; les choses sont mieux comme elles sont. IMon art limité et particulier se trouve au pied de chaque haie et dans chaque chemin de campagne, là où, par conséquent, per-

1. Le sujet de ce tableau, qui est appelé Sinon devant Priam, est évidemment David dans la Caverne d'Adullam.

sonne ne pense qu'il vaut la peine de l'aller ramasser; mais j'ai mes admirateurs, dont je considère chacun comme un hôte qui m'accueille. Mes meilleurs compliments à M"® Leslie. »

« Mon cher Leslie, Après trois semaines d'incapacité à tenir ma plume, je la reprends pour la première fois en

vous écrivant Quelle joie céleste de s'éveiller,

comme je le fais maintenant, après une bonne nuit, et de voir tous ces chers petits autour de mon lit, tous levés de bonne heure pour savoir comment papa a passé la nuit. Jusqu'au petit Lionel qui avance sa petite figure pour être embrassé, et qui fait claquer ses lèvres en disant : « Allezvous bien, êtes-vous mieux aujourd'hui ?» De bons amis viennent souvent s'enquérir de moi, et la sympathie de ces chers amis vrais et miens est très grande. J'ai fait venir mon Église d'Hampstead, pour la suspendre au pied de mon lit pour me divertir.

« Comme c'est aimable à vous de songer au Gainsborough (l);le « LordRodney » (2), je me souviens de l'avoir vu chez M. Bigg, qui l'avait très bien réparé et à qui Lord Egremont l'acheta. Bigg l'avait en vente pour le compte de quelqu'un ; il le montra à Lord Egremont, qui parut à peine le remarquer, mais qui en s'en allant, se retourna tout à coup à la porte et dit : « Vous pouvez m'envoyer VAmiral. » J'ai connu le petit-fils de Lord Rodney, qui ressemblait assez au tableau pour lui avoir servi de modèle.... »

« 3 mars. Mon cher Leslie, Merci de votre visite d'hier. J'ai fait mettre mon grand Waterloo superbement dans un nouveau cadre, conservant le moindre centimètre de la toile. Cela me donne beaucoup de plaisir d'y travailler pour

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