LIN OST
intraduisible) ne rend qu’à peine justice à l'original. Sa traduction d’un vers dans la stance citée est inintelligible tandis que la version du même vers par Payne, non seulement est la traduction la plus plausible, mais nous apparaît comme une transposition absolument exacte de cette pensée particulière de Villon, dans un anglais approprié. On pourrait dire que Payne s’était trempé dans Villon aussi bien que Heine et Rabelais, et il a réussi à transposer dans des vers anglais sonores et énergiques, les qualités principales qui ont fait se dresser en quelque sorte les vers de Villon comme un monument de la littérature française. Le mot qu’André Gide a dit à propos de Mallarmé, c’est-à-dire « la littérature est le but, oui, la fin même de la vie » s'applique aussi à Payne qui s’y consacra corps et âme pendant toute sa vie.
Payne fut fou de Villon comme de Rabelais, et sa traduction fut un travail gratuit, une œuvre d'amour. Dans l’Exolica' se trouve une ballade à Villon écrite en français par Payne (4 stances et un envoi) où il parle de lui avec une grande admiration.
Deuxième stance :
Or maître aimé, si du sublime faîte
Du ciel de l’art, où tu t’es établi
Ton doux regard sur mon œuvre s'arrête
Pardonne-moi, de n’avoir point suffi
De tout mon cœur, et de tout mon envi
A retresser l’étincelante maille
De ton beau vers qui chante et pleure et raiïlle
En transvasant dans mon grossier flacon
Ton noble vin, j'ai dû vaille que vaille Crier salut à l’écolier Villon.
Envoi
Prince d’iceulx qui n’ont ni sou ni maille Dieu, fasse que ton doux esprit tressaille
RON ae
D'aise en entendant célébrer ton nom Et même de ma voix de faible taille Crier salut à l’écolier Villon.
Voici quelques spécimens de sa traduction de Villon, notamment des extraits de ce passage du Grand Testament,
qui, selon Payne, montre Villon en son meilleur :
Octave XII Now is it true that after years Of anguish and sorrowing Travail and toil and groans and tears And many à weary wandering Trouble hath wrought in me to bring To point each shifting sentiment Teaching me many another thing Than Averrhoës his Comment.
Oct. XIII. However at my trial’s worst
When wandering in the desert ways God, who the Emmääüs pilgrims erst Did comfort, as the Gospel says Showed me à certain resting place And give me gift of hope no less Though vile the sinner be and base Nothing He hates save stubbornness.
Oct. XVI. If for my death the common weal Might anywise embettered be
Death my own hand to me should deal
As felon so God ’stablish me !
But unto none that I can see Hindrance I do, alive or dead The Hills for one poor wight perdie Will not be stirred out of their stead.
Oct. XXI. If God had granted me to find A King of like great heartedness That had fair fate to me assigned Stooped I thence forward to excess Or ill, I would myself confess : Worthy to die, by fire at stake