‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 1 sur 60 · Jordano Bruno · texte numérisé non relu

Jordano Bruno

Mélanchton, sur Pierre de la Ramée, sur Bernardino Telesio, ainsi que sur cette austère galerie .de publicistes^ où figurent Ulrich de HutteUy TJiomas Morus^ La Boètie, François HotmaUj Lancjuety Buchanan^ Campanella.

La forme qui m'a semblé convenir le plus à ce genre d'exploratioft, c'est la biographie. Le souvenir d'un mot célèbre m'a encouragé à ce choix : « La biographie , a-t-on dit , est .l'œil de l'histoire, ihe eye ofhistory. » Toutefois, ce qui m'y a décidé , c'est la nature des esprits et des travaux que je désirais faire connaître, c'est l'état philosophique de la Renaissance.

Au XVI* siècle , en effet, a l'exception de l'école fondée pendant les beaux jours du moyenâge, nulle doctrine ne pouvait acquérir un crédit étendu ou une influence profonde. Au milieu des orages qui bouleversaient l'Europe, il ne pouvait s'élever aucun monument qui fût capable de défier l'avenir. Mais il devait paraître des hommes animés de la passion de réformer, de détruire les institutions qu'ils jugeaient vieillies, et de combattre les méthodes ou les systèmes qui semblaient ne plus satisfaire aux besoins nou-

PRÉFACE. m

veaux. Ces hommes devaient préférer l'action a la pensée : c'étaient des soldats plutôt que des académiciens. Leurs principes, militants comme leurs jours, devaient produire plus de héros et de martyrs que de livres et d'écoles ; leurs écrits en font loi, car ce sont moins des ouvrages que des actes. Pour les apprécier, il faut considérer ce qu'ils ont voulu, plus encore que ce qu'ils ont (ait. C'est par leurs vœux ardents, c'est par l'exemple de leur existence agitée, qu'ils se sont rendus utiles au genre humain. C'est leur caractère, plus grand encore que leur esprit, qui a été fécond, et ce caractère se peint mieux dans leur vie que dans leurs enseignements.

U est peu de ces vies qui offrent autant d'intérêt que celle de Jordano Bruno. Nulle part, peut-être, ce qui distingue cette période de transition ne se trouve marqué avec plus d'éclat. On s'attache malgré soi a la personne de Bruno , tant elle abonde en contrastes singuliers. La mélancolie et l'ironie, la mysticité et le scepticisme, la gravité des profondes méditations et les impatiences d'un naturel pétulant, une imagination créatrice et la dialectique du logicien ou du géo-

Page 1