A CS
Favel, beau-frère du défunt, comme tuteur des mineurs ; celui-ci procéda en cette qualité aux diverses formalités nécessitées par la mort de l'artiste. La levée des scellés fut la première opération judiciaire, et elle fut accompagnée de la dressée de l'inventaire qui, commencée le 24 juillet par M° Boursier, notaire à Paris, ne fut cloturée que le 1°° août. Au cours de cette levée des scellés et de dressée de l'inventaire se produisirent onze oppositions. Quelques-unes sont sans importance ; d’autres ont trait plus particulièrement au graveur et à ce titre nous les relevons. Signalons donc l'opposition de Jean-Baptiste Fournier, libraire, réclamant la planche de la Procession d’Isis d’après Moreau le jeune ; celle de Louis-François Barrois, libraire, réclamant deux planches non terminées : {e Mariage de Daphnis et la Mort d'Abel d’après les dessins de Lebarbier pour les œuvres de Gessner, et celle de Jean-Antoine Girauld réclamant au nom de M. de Florian deux planches d’après les dessins de Flouest pour ses fables. L'estimation de ces planches et des estampes fut faite par MM. Moreau, Bacquoy, Delalande, et celle du mobilier par M. Vincent de Saint-Hilaire, huissier-priseur. La vente du cabinet de notre artiste eut lieu le 13 août. Le tuteur en retira les planches des estampes et une partie des estampes en feuilles et les remit plus tard aux héritiers qui les vendirent en 1825 au poids du cuivre; la mode n’y était plus! La vente du mobilier cut:lieu le 31 août. Le produit de ces deux ventes monte à 4463 livres 2? sols G deniers.
39 Notice biographique
« exécutions révolutionnaires. Le 2 juillet 1792, «de LoxGveir dinait chez un ami; la joie et la «franchise avaient présidé au repas ; à peine se «levait-on de table qu’on vint le prévenir que, «pendant son absence, une visite domiciliaire «venait d’être faite chez lui, qu'on le cherchait «pour l'arrêter, et que peut-être bientôt on «allait venir l'enlever du lieu même où il se «trouvait. On sait quelle était la justice expé- « ditive de cette époque, et tout était à craindre «de la part des dénonciateurs du graveur du « Roi. Une personne présente avait son carrosse « à la porte : elle l'offre généreusement à de Lox- «GUEIL pour fuir au plus vite. Celui-ci s’y préci- « pite, on baisse les stores, la voiture vole, mais, «lorsqu'elle fut arrivée à destination et qu'on «ouvrit la portière pour en faire descendre « l’arliste qui s’exilait forcément, on n’y trouva «plus qu'un cadavre ; la révolution causée «sur de LoxGueiz par une nouvelle alarmante, « apprise sans ménagement à la suite d’un diner «copieux, l’avait tué. »
Cette narration a-t-elle besoin d’être rélutée? La mort de l'artiste arriva le 17 juillet et non le 2; l'exil forcé n'existe pas; LonGueIL mourut frappé d’apoplexie foudroyante, dans la rue du Temple ; il y reçut les premiers soims dans un café d’où on le transporta le jour même
Notice biographique 39
à son domicile de la rue de Sève ; c'est sans doute ce dernier fait qui aura servi à échafauder toute l'histoire. Remarquons aussi qu'à cette époque la République n'était pas proclamée et la liberté individuelle était encore à peu près respectée. L'horizon politique s’assombrissait de plus en plus et le régime de la tyrannie, déjà établi de fait, préludait avec violence aux crimes de tout genre dont cet odieux système de gouvernement s’est depuis rendu coupable; cependant les visites domiciliaires n'étaient pas encore inventées par ce régime de liberté let le titre de graveur du Roi, qui quelques mois plus tard eùt été un motif plus que suffisant pour faire tomber la tête d'un homme, n'était pas encore assez séditieux pour attirer la fureur des futurs amis du peuple. De Loncuer. mourut à temps, et on doit Le féliciter de n'avoir pas vu toutes les hontes et les horreurs que la République devait amonceler sur son malheureux pays !
L'artiste, comme tous les hommes d'ordre, était dévoué à ses princes, et la marche des affaires devait vivement et trop légitimement l'inquiéter pour l'avenir! Mais là s'arrêta l’action qu'on peut attribuer à la Révolution sur notre artiste ; sa mort doit avec plus de raison, pensons-nous, être attribuée à la chaleur excessive de cette époque de l’année et au tempérament très san-
94 Notice biographique
guin de l'artiste, fort, gros et gras comme l’affirme son maitre J.-G. Wille. L'histoire racontée par l'iconographie lilloise n’a d’ailleurs pas été acceptée sans hésitations, et l’annotateur du journal de Wille, dans la notice qu’il consacre à notre graveur, ne l’a rapportée qu'avec restriclions.
Quelques jours après cette mort subite, l’inventaire de la demeure de l'artiste était dressé, et les planches, terminées ou non, remises à ceux qui les avaient commandées. Nous voyons parmi ces œuvres posthumes : /a Visite à la nourrice d'après TeniErs, terminée depuis par une main inhabile, et qui fut cependant publiée avec le nom de LoxGue, nom qui proteste contre cette œuvre défigurée; puis l’eau-forte d’après le tableau de J. Verner, intitulée : les Pécheurs, terminée par un élève de notre graveur, J.-B. Nicozzer, et tout à son honneur. Puis la suite de cette charmante série, dont l'artiste avait déjà publié un fragment, Les (Quatre Saisons. Malheureusement, la suite de ces petites eslampes, les Quatre Parties du Jour, la Vie Champétre, la Belle Nourrice et la Jolie Fermière ne devaient pas, par un singulier hasard, porter la signature de leurs auteurs. CHarLes Eisen et Josern de Loncurir étaient morts avant leur apparition et ne
Notice biographique 99
purent jouir du légitime succès obtenu par ces charmantes compositions! Enfin nous voyons une estampe importante et qui promettait une nouvelle gloire à son auteur: De Loneveir avait déjà beaucoup travaillé sur une eau-forte de Pauquer d’après un charmant tableau d'Isaac Vax Osrane : le Maitre d'école dont voici le traité autographe que nous possédons.
« Compromis passé entre nous Joseph de LonGueIz et le sieur Prerre LAURENT tous deux exerçant la même profession. « Sommes convenus des conditions ci-dessus ; moi de LONGUEIL « m'engage de graver d'après un dessin fait d'après le tableau « d'Ostade, du cabinet du Roi, représentant wn Maitre d'école, « d'y porter tous mes soins pour y mettre toute la perfection « qu’il sera en mon pouvoir, et rendre la planche terminée au « mois de septembre prochain.
« Et moi PIERRE LAURENT promet remettre en payement la « somme de douze cent livres en trois époques ; la première « aux épreuves de l’eau-forte, aux épreuves, et l’entier et der- « nier payement en recevant la planche; à Paris ce 24 février « 1792, fait double entre nous.
« Approuvé l'écriture ci-dessus : De LoNGuEIL. « PIERRE LAURENT. »
Cette estampe d'une charmante composition, et dont les tailles déjà faites promettaient un nouveau succès à son auteur, fut rendue aussitôt à Pierre Laurent, mais nous ignorons si elle fut confiée à d’autres mains et si elle fut terminée. Parmi ces planches non terminées nous noterons encore plusieurs planches de la galerie du Palais-Royal, des œuvres de Fcorrax, etc. Quelques semaines après la mort de J. de LoxGurr,
30 Notice biographique
les planches et le mobilier étaient dispersés aux enchères et le catalogue’ de cette vente, aujourd’hui très rare, fut rédigé par le plus célèbre expert de l’époque, Regnauld Delalande *; on y lit à la page 8: « L'œuvre de cet artiste
qu'on trouve au cabinet des estampes de la bibliothèque du Roi, est composée de plus de 500 pièces, y compris quelques eaux-fortes, sujets et paysages, nombreuses suites de vignettes très spirituellement gravées d’après le dessin d’Eisex, GraveLor, CociN, MorEau, Le Barmier, Mynis et autres dont plusieurs pour le Wouveau Testament, les Métamorphoses d'Ovide, Roland furieux, les Contes de Boccace, ceux de Lafontaine, édition de 1762, dite des fermiers généraux, où il y a 20 à 30 vignettes de J. de Loxeueiz, la Nouvelle Héloïse, et la Henriade, édition de la veuve Duchesne (cette dernière en 20 vignettes), les œuvres de Raynaz, Dorat, Pezay, MaRMoNTEL, GEssxer, FLoriAN, BLIN DE SaNMore ; plusieurs figures de l'Histoire romaine et des tableaux dela galerie du Palais-Royal, partie des œuvres
1 Notice d’estampes, fonds de planches gravées et autres objets de ce
genre provenant du cabinet de feu M. de LonNGuEiz, graveur du Roi, membre de l’Académie Impériale et Royale de Vienne, dont la vente aura lieu le 31 août 1792, par Regnauld Delalande.
2 Les ventes de tableaux et objets d'art, par Georges Duplessis,
conservateur à la Bibliothèque nationale. Paris, Rapilly, 1874, in-8.
Notice biographique 37
« de Pierre Corneille d'après GraveLor, ete. »
Cette note, on le voit, est bien sobre de détails sur l’œuvre de notre charmant artiste, mais elle énumère rapidement la plus grande partie de ses productions ; elle oublie cependant et involontairement sans doute les grandes pièces que le graveur avait faites presque toutes d’après ses propres dessins, ainsi que ses trois pièces en couleur. Par un singulier hasard elle devance aussi le jugement de la postérité, qui, laissant un peu trop dans l'ombre ces estampes dont plusieurs sont cependant fort remarquables, a gardé surtout le souvenir de ses délicieuses illustrations, et placé J. de Loncuelz au premier rang des célèbres et nombreux graveurs de vignettes du xvur siècle.