‹ Joseph de Longueil, sa vie--son œuveChapitre 2 sur 137 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

oseph de Longueil, graveur, s'est « acquis une répulalion incon- <( lestée à une époque où tous « les graveurs avaient du ta- « lent. Il semble, en parcourant « les collections des charmantes « vignettes du z\m' siècle, que tes artistes de M cette époque produisaient des chers-d'œuvre « sans peine et sans travail.

« Il ne faut pas croire à celte apparente faci- V tité, les artistes de ce temps travaillaient beau- « coup. Après de longues éludes et une pratique

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« soutenue de l'art, après des travaux exécutés a SOUS les yeux du maître et signés par lui, ils « offraient timidement au public leurs premiers « ouvrages signés de leurs noms; le temps passé « à l'atelier était plus considérable alors qu'il ne <i l'est de nos jours, où les artistes nos conlem- « porains passent moins d'heures à l'établi V )>

Nous nous efforcerons de suivre pas à pas J, de LoNGUEiL dans sa carrière si glorieusement parcourue. Peu de documents contemporains nous sont parvenus sur Tartiste, mais les relations de famille et de vive amitié qui nous unissent à ses descendants, et qui nous ont conduit à réunir l'œuvre gravé que nous allons décrire, nous ont amené à connaître des documents authentiques qui nous permettent de réfuter les erreurs commises par les biographes sur ce graveur de haut talent et de repousser les légendes accréditées sur sa mémoire.

Les uns font naître J. de Longueil à Lille, en 1736, et d'autres à Liège, en 1732; mais aucune de ces deux villes ni de ces deux années ne virent la naissance de l'artiste, ainsi que le prouve l'acte authentique suivant, relevé par nous sur les registres de l'état civil de la ville de Givet, département des Ardennes.

1 Notes inlimes sur Joseph de Longueil, recueillies par son petit-fils Honoré de Longueil.

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Pasoimi SiiîfT-HiLAimi « Joseplius fllius Josepln de Longueil et

Bapl. de J. de Longueil « Joanna Goilin conjuguai, baptizatus est

UNotembre 1730. , décima sexta Novembris 1780, suBceptorea

tt fuere Josephus Joneaux, et Anna Derville.»

Portant le même nom qu'une noble famille dont quelques membres occupèrent les plus hautes charges de l'Ëlat, du clergé et de la magistrature, Joseph de Longueil montra qu'il avait tous les sentiments d'un gentilhomme, et se lit dans les arts une réputation qui donna un nouveau genre de célébrité à son nom déjà illustre. On dit que le hasard seul détermina sa vocation. Dès son enfance, il manifesta les plus heureuses dispositions pour le dessin. Remarqué un jour par un grand seigneur pendant qu'il s'amusait à buriner avec un couteau sur un plat d'éfain, de Longueil fut recommandé et présenté au prince-évêque de Liège, qui Ta t lâcha à sa per^ sonne et lui fit donner dans sa ville épiscopale les premières leçons de cet art dont il devait plus tard devenir un des maîtres.

Son passage dans les ateliers des graveurs de cette époque à Lille en Flandre est-il aussi certain que certains biographes lillois l'ont donné à croire? Nous hésitons à nous prononcer à cet égard ; mais tout au moins il n'étudia pas longtemps à Liège ni à Lille, car, à l'âge de quinze ans, nous le voyons arriver à Paris et entrer

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dans le célèbre atelier de Lebas, où il se rencontrait avec les Lemire, les Née, les Masquelier, les Choffard et celle pléiade d'artistes qui ont laissé tant de petits chefs-d'œuvre si recherchés aujourd'hui ! Dans combien de planches sorties de cet atelier pourrions-nous retrouver les traces du burin de notre graveur? Il est impossible de le savoir, aucun renseignement ne nous est parvenu sur celle époque de sa vie.

Il travailla ensuite dans l'atelier d'AuAMET, graveur du Roi, et y noua des relations solides qui plus tard' le conduisirent à épouser la fille d'un des amis assidus de la maison. Puis de LoNGUEiL devint l'élève de Jean-Georges Wille , et, là aussi, il sut par son talent facile et peutêtre plus encore par son caractère aimable qui cadrait si bien avec la bonhomie toute paternelle de son maître, acquérir une affection dont il reçut des preuves constantes.

Nous sommes alors en 1750, si nous nous en rapportons aux notes laissées par Wille ^ dans son journal si intéressant pour qui veut étudier la vie artistique du xvm* siècle. Le 18 juillet 1792, il écrivait : « Ce jour M. de Longueil, graveur prin- « cipalement pour la vignette, fut enterré. Il avait « été mon élève il y a quarante-deux ans environ . »

1 Jowmal et Mémoires de J, G, Wilie publiés par Georges Duplessis. Paris, Renouard, 1857. 2 vol. in-8.

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De LoNGUEiL resta plusieurs années sous ce toit hospitalier, et là se développèrent les heureuses dispositions dont la nature l'avait doué ; puis, a6n de satisfaire sa passion dominante pour les arts, et compléter ses études, il quitta la France et parcourut tour à tour Tltalie, TAllemagne et les Pays-Bas. Partout il reçut un accueil excellent dû autant à ses qualités personnelles qu'aux recommandations d'illustres protecteurs ; partout il se créa des relations sérieuses dont nous verrons plus tard les preuves dans les brevets de membre de plusieurs académies étrangères.

C'est sans doute à cause de ce long séjour hors de France et aussi à ces temps d'étude et d'apprentissage prolongés que nous voyons si tard paraître, revêtues de sa signature, les productions de ce burin fécond qui devait laisser près de 500 pièces authentiquement reconnues! C'est en 1761 que de Longueil signa pour la première fois ses œuvres de son nom. Mais il n'était alors réservé qu'à quelques amis intimes de venir à l'atelier juger ces planches encore chaudes du travail du burin. Ce n'est que l'année suivante, en 1762, dans la publication de l'OviDE donnée par le célèbre éditeur Barbou et dans l'admirable édition des Contes et Nouvelles de M. de Lafontaine, donnée par les fermiers gé-

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néraux, que l'arlisle affronta rapprécialion et la critique du public. Le début fut un triomphe et de LoNGUEiL, dès le premier jour, conquit un rang dont il ne devait pas déchoir.

Résisterons-nous au plaisir presque voluptueux de feuilleter ce livre pour en citer les beautés si multiples?

Ici nous trouvons Choffard et ses enguirlandements pleins d'attraits. Là nous rencontrons ËisEN, toujours inspiré par le charme exquis du conteur, rendre avec un rare talent les situations les plus épineuses et diriger, avec son goût toujours si pur et si délicat, les collaborateurs les plus célèbres : les Aliamet, les Baquoy, les Lemire, les de Longueil !

Notre artiste prit la plus large part à Tillustralion de cet ouvrage, et sur les 80 figures de rédition, 21 sortirent de ses mains, toutes traitées avec une égale justesse, toutes également parachevées dans les moindres détails ! Ouvrons, et nous voilà dès l'abord au milieu des intérieurs les plus séduisants et des hôtelleries les plus coquettes. On court de Joconde au Petil chien qui secoue les pierreries, de la Courtisane amoureuse à Féronde; on estime Le Roi Candaule^ La Chose impossible; on apprécie Le Contrat et on revient au Berceau ! Partout on est charmé, partout on admire; on tend la

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palme à l'auteur, au dessinateur, au graveur, et, dans l'embarras de décider le plus méritant, on ferme le livre et on s'endort doucement en rêvant des trois génies qui ont élevé ce monument littéraire et artistique! Mais^à côté de ces admirables illustrations, il ne faut pas oublier les deux figures de YOvide, qui étaient dignes en tous points de leurs sœurs.

L'artiste avait alors trente et un ans et n'était certainement pas à ses débuts de production artistique. On pourrait sans doute lui attribuer nombre d'illustrations pour lesquelles les artistes de celte époque ont voulu garder une paternité anonyme ; mais n'essayons pas de soulever le voile de l'incognito et n'entrons pas dans la voie si dangereuse des attributions. D'ailleurs l'œuvre signé est assez considérable tel que nous le connaissons, pour nous permettre de juger sûrement les diverses formes du talent de notre charmant artiste.

Ces premières productions, qui éclatèrent ensemble comme un ballon lumineux, établirent aussitôt la renommée du graveur inconnu la veille, et d'ailleurs, il faut bien l'avouer, jamais l'artiste ne fut mieux inspiré. L'éditeur Barbou enchanté lui confia depuis l'exécution de plusieurs autres frontispices, dont quelques-uns marchèrent hardiment sur les traces de leurs

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aînés. Quant à Eisen, nous le verrons devenir l'inséparable de notre artiste. D'un autre côté, son maître Wille, la même année 1762, lui demanda d'interpréter deux de ses dessins. A la date du 30 janvier, Wille avait choisi chez M. Giraud, banquier, quatre petits tableaux, marines de Mettay, pour les faire reproduire par le burin ; le jour même il en confiait deux à M. ZiNGG, artiste suisse, au prix de mille livres, et le lendemain il écrivait : « J'ai fait marché c( pour les deux autres tableaux marines ci-desc( sus nommés avec M. deLoNGUEiL qui doit les « graver pour moi de même grandeur que « celles que fera M. Zingg. M. de Longueil, qui « a été mon élève, me fait ces deux tableaux « pour mille livres. »

Les travaux commencés aussitôt et menés d'abord très rapidement, puisque les eaux-fortes étaient présentées quelques mois après, le 26 mai, à la retouche du maître, furent conduits ensuite bien lentement, et les planches ne furent livrées qu'en 1766! Ce long intervalle est facile à comprendre. La recommandation donnée par Wille, très lié avec toutes les sommités artistiques de son temps, portait ses fruits. Les travaux devinrent plus nombreux chaque jour.

L'artiste était^ déjà célèbre et son nom retentissait au loin parmi les plus illustres.

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A peine fondée (1766), rAcadémie impériale et royale de Vienne en -Autriche, dont Schmutzer, ancien élève de Jean-Georges Wille, était président, appelait J. de Longueil dans son sein avec plusieurs autres artistes français : N. Cochin, Flipart, Prévost, etc. Le 29 janvier 1768, ces graveurs furent nommés membres de cette société artistique étrangère. Mais, guidé par un délicat patriotisme, notre artiste ne voulut pas s'en prévaloir avant d'avoir reçu une marque de distinction dans son propre pays, et ce n'est qu'environ dix ans après, quand de Longueil fut nommé graveur du Roi, que nous le verrons prendre le titre de membre de l'Académie de Vienne.

Les commandes, dès ce moment, se succédèrent avec rapidité, et la prodigieuse facilité de son burin fut mise à contribution par les dessinateurs les plus en réputation de cette époquie. Moreau le jeune, Cochin, Gravelot, Marillier, Le Barbier, Quéverdo, pour n'en citer que quelques-uns, lui demandèrent d'interpréter leurs œuvres. Que d'illustrations ravissantes, que de pages délicieuses sont sorties de ces coUaboralions I L'exactitude scrupuleuse que notre artiste mettait à reproduire tous les caractères des dessins qui lui étaient confiés était devenue proverbiale; le premier aussi, il ter-

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mina la vignette avec un fini précieux et délicat qu'on n'élait pas habitué à voir jusque-là dans ce genre de travail. Par la belle ordonnance des tailles qui donnait un velouté et un charme particuliers aux planches sorties de ses mains (et c'est là un caractère spécial de son talent), il ouvrit à l'art de la vignette une roule nouvelle que ses contemporains ont tous suivie, sans jamais atteindre cependant l'élévation où il s'était placé. Mais une conformité de talent et d'éducation artistique attirait particulièrement J. de LoNGDEiL vers Charles Eisen, incarnalion brillante de ce \v\\\^ siècle élégant, raffiné, voluptueux! Que de fois rencontrons-nous ces deux noms rassemblés au pied de compositions toujours charmantes, toujours gracieuses, souvent légères aussi ! Faut-il nommer ces œuvres de DoRAT, de Pezay, de Baculard d'ARNAUD, ces Métamorphoses d'Ovide, traduites par l'abbé Ba- NiER? Et ces mille autres petits ouvrages tant en prose qu'en vers dont les titres aussi bien que les noms des auteurs seraient à jamais tombés dans un trop légitime oubli, si les illustrations remarquables ne les avaient protégés?

Bel homme, gros, gras, de bon cœur et très honnête en compagnie, dit Wille, J. de Longueil était reçu chez les grands seigneurs qui l'accueillaient comme gentilhomme et était lié intime-

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ment avec toutes les célébrités littéraires et artistiques de cette époque éblouissante. Tantôt c'est QuÉvERDo qui lui demande d'être le parrain de sa ûlle Élienne-Aurélie \ tantôt c'est WiLLE, qui lui porte une affection paternelle dont on retrouve les traces dans les pages de son intéressant journal. Nous y voyons le bonhomme à tout instant inviter son ancien élève à partager sa table dans cette maison du quai des Augustins, « ce collège de la gravure » , selon l'heureuse expression de MM. de Goncourt, dont il avait fait un centre artistique où se coudoyaient les plus célèbres amateurs de la France et de l'étranger, ou le convier à ces joyeuses parties dans les cabarets fleuris des Prés-Sain t-Gervais, de Gentilly et de Charenton, à ces excursions rapides aux environs de Pari?, vers Longjumeau et Marcoussis, toujours pour étudier, mais là pour étudier les grands spectacles de la nature ! Oh! qu'elles étaient joyeuses ces envolées d'artistes courant aux campagnes fleuries du printemps ou aux merveilleux horizons que la nature sur son déclin étale aux derniers mois de Tannée! Quel entrain, quelle débauche d'esprit dans ces voyages en poste j dont l'étude

^ État civil des artistes de la ville de Paris reconstitué sur les papiers échappés à Tincendie de THôtel de ville de Paris. Herluison, Orléans, î«7l, in-S.

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était le but, et le plaisir le prétexte ! Avec quel bonheur on partait! Avec quelle jouissance on regagnait promptement la capitale où la bonne madame Wille, partageant l'affection de son mari pour son ancien élève, accueillait de Lon- GUEiL comme son fils! Celui-ci, comme tous les cœurs bien nés, répondait avec empressement à l'amitié et à l'honorable sollicitude dont il était l'objet : au début de cette carrière artistique qu'il parcourut avec tant de gloire, il dédiait ses deux premières estampes au ménage aimable qui le recevait si paternellement, et il eût pu écrire dans ses dédicaces : Hommage à l'amitié I Mais cette forme délicate ne convenait pas à la reconnaissance respectueuse de l'ancien élève; de LoNGUEiL voulait que le public et les artistes connussent les sentiments qui le rattachaient au professeur et au directeur de ses jeunes années. La première estampe : Naufrage près de Naples^ il l'offre à J.-G. Wille, graveur du Roi, des Académies royales de Paris et de Rouen et de l'Académie électorale de Dresde, et il la signe par son élève et très humble serviteur de Longueil, dédicace dont il fut remercié par le don de trois cents livres que le maître ajoula au prix fixé d'abord.

La seconde, le plus gracieux et le mieux exécuté de ces deux pendants, par une déli-

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catessQ raffinée, il Toffre à la compagne de ce ' ménage patriarcal.

La vue des environs de Naples est dédiée à madame M. L. de Foi^e, femme de M. Wille, graveur du roi, et celle-ci, touchée de l'affection reconnaissante de son ami^ le remerciait à son tour par le don d'un galant nœud d'épée brodé en argent et d'une paire de manchettes en point d'Angleterre. Qu'ils sont heureux les maîtres qui inspirent de telles délicatesses I Qu'ils sont louables aussi les élèves qui savent se souvenir avec joie et sans envie !

D'un caractère noble, généreux, dévoué, mais aussi d'une humeur chatouilleuse et bouillante, J. de I^ongueil se jeta, par suite de sa trop grande générosité, dans des aventures qui tout en restant à son honneur furent pour lui la cause de sérieux désagréments. Wille parait avoir connu plusieurs faits de cette nature dont il parle trop succinctement pour qu'on puisse y attacher quelque importance. Mais il est impossi))le de ne pas relever une anecdote dont le maître parle ouvertement et dont de LoNGUEiL a 'laissé lui-même la mëtition au dos d'une de ses vignettes. Nous voyons en effet au dos de l'en-téle tiré à part des fables de Dorât : Le chemin perdu et 7^etrouvé (en-tête portant une modification dans la coiffure de la femme

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et que nous n'avons vu ainsi que dans le magnifique exemplaire de M. Ëug. PaîUet qui a bien voulu nous communiquer cette curiosité bibliographique) ces mots tracés au crayon rouge : fait dans la prison du Châtelet 1773 le jour des roy. Par quelles circonstances notre graveur avait-il été amené à être nourri aux dépens de Sa Majesté en sa maison du Châtelet ? Les chroniques du temps nous l'ont appris déjà ; mais elles difiërent sur les détails de Taventure et nous pensons qu'il faut laisser aux documents officiels que nous avons trouvés aux archives du royaume (section judiciaire) le soin de rétablir la vérité des faits.

Nous ferons remarquer cependant que le procès-verbal ne rapporte pas l'événement à la date indiquée par la mention citée plus haut, ni à celle donnée par le journal de Wille qui l'indique comme étant arrivé le 2 ou 3 janvier.

« Procès-verbal au sujet de la mort d'Antoine « Bacquelin, tué d'un coup d'épée.

« Monsieur le procureur du ftoy. L'an « mil sept cent soixante treize, jeildi 7 jan- « vier, neuf heures du soir, nous Pierre Charles « Duruisseau, conseiller du Roy, commissaire « enquêteur examinateur au Châtelet de Paris <( nous sommes transportés dans un cabaret

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« servant de cave au sieur Dupont marchand « de vins et tenu par Quinton, garçon mar- « chand de vins où étant, est comparu par dece vant nous dame Madeleine Geneviève Camber « épouse de M*' Alexandre Londric Duparc avocat « aupariementdemeurantàParis, ruedeBièvre, « paroisse Saint-Étienne du Montj laquelle nous « a dit qu'étant dans sa voiture, conduite par le « nommé Antoine Bacquelin son cocher et pas- « sant, heure présente, rue Saint-Severin avec la « dame et demoiselle Galbe qui raccompagnaient, « il s'est trouvé dans la rue un embarras causé « par deux Bacres dont le carosse de la compa- « rante en suivoit un, et l'autre étoit arrêté ; que c< le cocher de la comparante a crié gare mais « qu'un particulier qui passait a tiré l'épée et en c< a donné un coup dans le c<£ur dudit Bacquelin « qui est tombé de son siège; que la comparante « n'a eu que le temps de le faire relever et transc( porter dans le cabaret où nous sommes pour (( lui faire donner des secours s'il étoit tems; « qu'elle a aussi fait arrêter le particulier qu'elle « présume avoir donné le coup (et qui étoit « avec un autre particulier habillé de noir « qui s'est évadé) et nous a fait donner avis « pour être ordonné ce qu'il appartiendra et a « signé : M. G. Gamber.

« Et aussi â comparu Pierre Joseph Gavalier,

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« prévost du sieur Portail professeur d'anatomie « au collège Royal, et chirurgien aide-major des « gardes françaises de la compagnie de Noailles, « demeurant à Paris, rue de la Ferronerie, pa- « roisse des Saints-Innocents, à Thôtel de Gram- « mont, lequel nous a dit qu'ayant été appelé « pour visiter ledit Bacquelin, ij a trouvé le coup « d'épée produit par un carelet vers la partie laté- « ralle externe et se dirigeant du côté gauche de « la poitrine vers la jonction du muscle grand « danelé et qui paroit dans cette position avoir « attaqué quelqu'une des parties du cœur et que « ledit Bacquelin étoit mort lorsque le comparant « a été appelle ; et a signé. Cavalié, chirurgien.

« Nous avons ensuitte fait comparoitre par dea vaut Nous ledit particulier arrêté, et avons « procédé à son interrogatoire de la manière et « ainsi qu'il suit : premièrement, enquis de ses <( nom, prénom, âge, qualité et demeure, a dit, « après serment par lui fait de répondre vérité « sur chacun des faits sur lesquels nous l'interro- « geons, qu'il se nomme Joseph de Longueil, « âgé de quarante- trois ans, graveur en taille u douce, demeurant à Paris, rue du Plâtre Saint- ' « Jacques, paroisse Sain t-Se vérin.

« Enquis s'il ne passoit pas dans la rue Saintce Severin dans le moment que le cocher, dont

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« le corps est présent, a crié garre, et s'il n'a pas c< appréhendé qu'il le blessât;

« A dit que le fait est vray et qu'il avoit si sujet « d'appréhender d'être blessé qu'il en est tombé c< sur le côté droit dont son habit est crotté ainsi (( qu'il nous le fait voir.

« Enquis si ce n'est pas luy qui d'un coup « d'épée qu'il a donné dans le cœur dudit cocher « luy a fait une blessure qui l'a renversé de son « siège, dont il est mort ;

« A dit qu'il n'a point tiré l'épée; que s'il avoit « eu à corriger un cocher insolent et maladroit, il « ne se seroit point servi d'autres armes que du « bâton qu'il portait à la marn ; que le fait est si « vray que lorsqu'il a été arrêté, son épée étoit « encore à son côté dans le fourreau et qu'elle « n'étoit pas teinte de sang.

« Enquis s'il a vu donner le coup d'épée dont « ledit Bacquelin cocher est mort, a dit que non.

« Enquis s'il n'est pas vray qu'il s'est mis en « devoir de sucer la plaie dudit Bacquelin pour « le guérir ;

« A dit que le fait est vray, mais qu'il ne l'a « fait que par un principe d'humanité.

« Enquis s'il connoissoit le particulier habillé « de noir qui avait été arrêté en même temps « que lui, et qui s'est évadé, a dit qu'il ne le « connoissoit en aucune manière.

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c( Ënquis s'il n'a jamais été en prison ni repris « de justice; a dit que non.

« Lecture faite au dit Longueil du présent in* « terrogatoire et de ses réponses ;

c( A dit ses dittes réponses contenir vérité, a persisté et a signé : De Longueil; Duruisseau.

« Ce faity nous avons laissé le cadavre dudit (f Bacquelin en la charge de Charles Langlois, « sergent de la garde de Paris, de poste au marc< ché-neuf pour le faire porter à la basse porte « du Chalelet, vêtu de sa redingote seulement, ses « autres effets ayant été remis au domestique de « la dilte dame Duparc; à l'égard dudit sieur De « Longueil nous l'avons laissé entre les mains « dudit Langlois pour le remettre au premier « officier du guet, sur ce requis, être conduit « et écroué es prisons du grand Chatelet, en « la requête de Monsieur le procureur du Roy, « pour être à droit. Nous luy avons aussi ^ « fait remettre la canne et Tépée dudit sieur

« De Longueil pour être, par ledit officier du « guet, déposées au greffe pour servir à l'in- « struction du procès, ce que de raison; dont « du tout nous avons fait et dressé le présent <( procès verbal pour servir et valoir ce que (( de raison, et a, ledit Langlois, signé avec « nous. [Siyîié) Langlois, Duruisseau. »

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Ce procès-verbal est accompagné des deux lettres suivantes relatives à cette même arrestation :

«A M. LE Commissaire Duruisseau.

Ce 9 janvier i773.

« J'ai vu Monsieur le procès verbal du 7 de ce <( mois déposé aujourd'hui au greffe au sujet de « M. Antoine Bacquelin cocher de M. Duparc « avocat qui a été tué sur son siège d'un coup « d'épée^ dont le nommé Joseph de Longueil « graveur, est soupçonné d'être l'auteur. Vous « prendrez la peine d'en informer aux requestes « de l'ordonnance de Monsieur le lieutenant crice minel.Vous entendrez la déposition de la dame « Duparc, la dame et la demoiselle de Calvé, le « nommé Quinton, garçon marchand de vins, le (( sieur Cavalier, chirurgien, les habitansde la rue « Saint-Séverin et les autres témoins qui vous se- « ront indiqués pour avoir connaissance de cette (( affaire dans laquelle je vous demande la dili- (( gence et l'attention qui vous sont ordinaires.

{Signé) Mereau. »

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A Paris ce 20 janvier 1773.

« J'ai reçu la lellre.que vous avez pris, Monsieur, « la peine de m'écrire par laquelle vous m'infor- « mes du meurtre commis en la personne du « nommé Bacquelin cocher du sieur Du parc a voce cat au parlement, ce cocher étant sur son siège « et conduisant madame Duparc ; que madame « Duparc avoit fait arrêter deux particuliers « qu'elle soupçonnoit de cet assassinat, Tun ha- « bille de noir qui s'est évadé et l'autre nommé « Delon gueil graveur en taille douce qui a dé- « claré n'avoir aucune part à cette mort et que « vous avés cependant envoyé en prison attendu <c quelques circonstances qui paroissent le charte ger. Je vous prie de recevoir mes rem^rcie- « ments de l'attention que vous avés de m'en « instruire ainsi que de la mort de la nommée « Volée âgée de 76 ans qui a été trouvée dans sa « chambre étouffée par la fumée et le feu qui a « pris à ses vêtements.

« Je suis avec considération Monsieur votre « très humble et très obéissant serviteur.

{Signé) De Launay.

« A M. le commissaire Duruisseau. »

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Ajoutons enfin comme pièces décisives les mentions suivantes portées sur un des registres d'écrou de la prison du Grand - Clvâtelet de Paris conservés aux archives de la préfecture de police.

7 jaDvicr 1773. u Josepb LoNGUEiL amené et écroué par moy

Aliby au 9 jaoTier. « sergent susdit en vertu de Tordonnance- du

« sieur DuruiaseaUf commissaire de police pour « y rester comme dessus. »

Au-dessous de cette note nous trouvons immédiatement à la même date et la complétant la mention du dépôt au greffe de la basse geôle du Châtelet du corps d'Antoine Bacquelin, cocher de l'avocat Duparc qui parait assez peu s'être soucié de son malheureux serviteur.

En présence de ces documents il est inutile d'insister. L'artiste était innocent. Il fut arrêté par erreur, pendant que l'homme habillé de noir, l'auteur du meurtre, parvenait à s'échapper.

La détention fut longue cependant, malgré Valiby établi dès le 9 janvier (deux jours après < l'arrestation), ainsi qu'il résulte de la mention portée en marge du registre.

L'affaire suivit sa marche ordinaire avec une lenteur malheureusement ordinaire aussi I On reconnut enfin, au bout d'un mois, que l'artiste n'était réellement coupable que de s'être trouvé par un hasard malheureux sur le lieu

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de ce déplorable accident au moment même oïl il arrivait ! D'ailleurs ses amis sollicitèrent avec ardeur pour la mise en liberté, et nous voyons le bonhomme Wille s'employer activement pour son très brillant élève.

A la date du 15 janvier il écrivait : « J'al- « lais voir monseigneur Tévêque du Mans S « pour lui demander sa protection en faveur de « M. de LoNGUEiL, détenu au grand Châtelet il (( me reçut le plus favorablement du monde, « me promit de grand cœur de s'y employer « avec toute la chaleur dont il serait capable « et je restai près de deux heures avec cet « aimable prélat, qui aime singulièrement les « artistes. »

Aliamet, Lebas *, Guérin, Quéverdo, Cochin, Ëisen, les maîtres, les amis, les collaborateurs, les élèves, joignirent leurs instances pour enlever à la justice leur trop fougueux et très sympathique ami, et le Châtelet ouvrit enfin ses portes devant l'artiste, reconnu innocent.

1 Louis-André de Grimaldi, né au château de Gagnes près Nice, diocèse de Vence, le 17 décembre 1736, abbé de Chaude-Fontaine, (irand vicaire de Rouen, nommé évoque du Mans en avril 1767, sacré le 5 Juillet, transféré à Tévèché-pairie de Noyon le 17 décembre 1777, abbé de Saint- Jean, diocèse d'Amiens, en 1780, mort en émigration.

* Cochin, Lebas^ Paris et Wille signèrent comme amis le contrat de mariage de Joseph de Longuoil et de Marie-Louise Guérin, passé le 14 novembre 1780 devant W* Boursier et Denis de Villières^ notaires à Paris (Études actuelles de M** Meunier et Deschars}.

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Le registre de la prison cité plus haut en porte la 'mention suivante :

30 janTîer 1773. « Joseph de Longaeil mis en liberté, en état

« d'ajournement personnel suivant ordonnance « dont extrait signé Cochin en liasse. »

Le lendemain, Tarliste accourait chez son maître.

« Le !•' février, écrit Wille, M. de Longueil, « mon ancien élève, ayant été relâché la nuit « du dimanche au lundi de la prison, ayant « été accusé d'avoir tué un cocher bourgeois « dans la rue Saint-Séverin, me vint voir, pour « me remercier de quelques démarches que «j'avais faites pour son élargissement; je lui « prêchai morale à foison. »

LoNGUEiL ne devait pas oublier les hautes protections qui lui avaient été données par plusieurs personnages en cette circonstance, et nous le verrons quelques années plus tard dédier à monseigneur de Grimaldi, évéque de Noyon, sa belle estampe : Le Cabaret flamand d'après Van Ostade, pour le remercier de l'appui que lui avait accordé l'évéque du Mans.

Est-ce au même sentiment de reconnaissance que nous devons attribuer la dédicace faite à monseigneur le duc de Chevreuse, gouverneur de Paris, de Testampe : La chasse au faucon et au cormoran?

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A cette époque l'artiste, dans toute la force de son talent, avait sur rétabli une grande quantité d'ouvrages commencés, et il était déjà en arrangement pour graver cette belle estampe : Le Décintrement du pont de Neuilly, d'après les dessins de M. de Saint-Far, qu'il devait livrer un an plus tard, et qui est la plus grande et^peutétre aussi la plus remarquable de son œuvre.

Cependant les sages et prudents conseils de Wille calmèrent fort peu l'humeur bouillante de son élève si on en croit les récits des biographes, tous d'accord sur le caractère chevaleresque de J. de Longueil. « Un jour, raconte « M. Arthur Dinaux *, qui emprunte son récit « au Dictionnaire universel auquel nous laissons « la responsabilité de cette anecdote singulière « mais assez conforme aux habitudes de l'épo- « que, une personne rencontre pour la prec( mière fois l'artiste dans un salon, et, croyant « reconnaître en lui quelqu'un dont elle avait « fort à se plaindre, s'approche, et lui propose « de se rencontrer le lendemain dans le bois de « Boulogne, près du château de Madrid, selon « la mode du temps ; l'artiste accepte le rendez-

1 Iconographie Lilloise, par Arthur Dinaux. Valencîennes, 1850, in-8. (Extrait dos arcbives du nord de la France et du midi de la Belgique.) Dictionnaire vnioerself biographique et historique^ Paris, 1830, 10 vol. in-8. (L'article est dû à la plume do M. Lcnoir.) Cette anecdote a été répétée par presque tous les biographes.

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« vous, s'y rend, se met en garde et reçoit un « coup d'épée pour un fait qu'il ignorait abso- « lument ; l'adversaire s'aperçoit alors de sa mé- « prise, se précipite sur le blessé, l'embrasse (( et s'excuse. Monsieur, lui dit généreusement « de LoNGUEiL, vous m'avez pris pour celui qui «TOUS a offensé, j'ai payé sa dette, pardon- « nez-lui comme je vous pardonne et soyons <( amis. »

En effet, ^oute le narrateur, les deux champions se lièrent étroitement et restèrent unis jusqu'à la mort. Cette intimité a-t-elle existé réellement? on serait bien embarrassé de le dire, mais, comme elle était digne du caractère noble et généreux de notre artiste, on peut le penser sans difficulté.

Ces deux anecdotes, surtout la première, pouvaient certainement nuire beaucoup à l'artiste et briser, au moment d'atteindre le but, une carrière déjà glorieusement parcourue. L'âge de la raison cependant commençait à paraître et le calme des passions devait bientôt laisser l'artiste se consacrer tout entier à son art qu'il avait porté à la perfection. Enfermé dans son atelier Longueil dirige plus activement les élèves qui l'entourent et qui auront plus tard, eux aussi, quelque heure de célébrité : Fessard, Thérèse Martinet , mademoiselle Nicolet , Jean

2i Notice biographique

Mathieu, Jérôme Paris, François-Marie Qdëverdo. Nous trouvons leurs noms à tout instant répétés sur les carnets où l'artiste écrivait ses comptes avec une désinvolture très originale.

Parmi ces collaborateurs Quëverdo semble avoir été le préparateur plus actif du maître. Nous pouvons en effet trouver les traces de son burin dans nombre de planches signées par Longueil, entre autres celles du Président de Harlay conduit à la Bastille, de la Alort du jeune dAilly, à'Enée enlevant son père Anchise^ à* Argus endormi par Mercure^ de la Consultation au temple de Delphes^ A' Orphée descendant aux enfers^ du Sacnfice de Cérès, d'Alphonse, etc., etc.

Nous voyons alors J. de Longueil sortir du genre de vignettiste auquel il s'était jusqu'ici plus particulièrement attaché et aborder les grandes estampes, dont quelques-unes, très renmrquables, ont prouvé que le grand art était également à la portée de son burin.

Nous sommes arrivés, en 1775, à l'époque de la mort de Louis XV. La France saluait alors, pleine d'espoir, un jeune prince dont l'amour pour le peuple, la bonté, la bienfaisance étaient connus de tous, et une jeune reine dont la beauté, la grâce, le charme exquis ajoutaient encore à l'éclat de la couronne. Les poètes, les artistes à l'envi manifestaient sous des formes

Notice biographique 2V

plus ou moins ingénieuses Tallégresse qui éclatait dans le pays. Longueil porta lui aussi au pied du trône l'hommage d'un cœur Cdèle et dévoué à ses princes. Pour ce, il fit appel au concours des plus célèbres artistes. Cochin fit le dessin de deux charmantes allégories ; Augustin de Saint-Aubin les traça sur le cuivre ; Choff'ard, après lui, vint orner l'encadrement des fleurs de lys royales et nicher des colombes amoureuses au milieu des roses et des myrtes. Longueil enfin prit ces ébauches; creusant, fouillant, semant la lumière, distribuant les ombres, il mit chaque partie en valeur, leur donna la vie et offrit à Leurs Majestés deux ' pièces absolument parfaites.

Quelques mois après, Louis XVI oubliant le séjour, immérité d'ailleurs, de l'artiste dans sa maison du Ghâtelet, et ne considérant que son talent incontesté, son mérite et sa probité, lui accorda le plus haut témoignage de sa faveur et de sa protection en lui octroyant, le 16 septembre 1776, le brevet de graveur du Roi.

BaiTVT OB Gkatidr u Âi:^ourâ'bui» seizo septembre mil sept cent

DU Boi u soixante- seize, le Roi étant à Versailles, bien in-

16 Septembre 1776. k formé du talent, du mérite et de la probité du sieur

<« de LoNGUEiL,graveur,a jugé à propos de lui accor- « der un titre qui, en faisant connaître la protection » que Sa Majesté accorde à ceux qui cherchent à « se distinguer dans leur état, puisse en même

22 Notice biographique

u temps rencourageràacquérir de nouveaux degrés « de perfection dans celui de graveur, veut et périt met qu'il puisse en prendre la qualité dans tous <( les actes qu'il passera tant en Jugement que de- (t hors, sans que, pour raison de ce, il puisse être « troublé ni inquiété pour quelque cause et sous « quelque prétexte que ce puisse 6tre;et pourassuu rance de Sa volonté, Sa Majesté m'a commandé u d'expédier au dit sieur de Longceil, le présent (( brevet qu'EUe a signé de Sa main et fait contrece signer par moy, Conseiller Secrétaire d'État et u de Ses Commandements et Finances.

« Signé: Louis.

» Et plus bas : Amelot. »

Ce n'était que le premier des titres que Tarliste devait recevoir ; quelques années après, le 24 août 1779, le prince de Condé ïe nommait son graveur particulier.

Bbitbt db GBiTBCH « Aujourd'hui, vingt-quatrième Jour d'août mil

DU Pbihcb db Cosdb «( Bept cent soixante-dix-neuf, s. a. s. Monseigneur

24 Août 1779. u le Prince de Condé étant à Paris, sur les témoi-

u gnages avantageux qui lui ont été rendus des ta- <( len is et de la capacité du sieur Joseph de Longueil* u graveur, natif de Givet en Haynault, et voulant <( l'attacher à son service, l'a, par ces présentes, « nommé son graveur, lui permettant de prendre u cette qualité dans tous les actes publics, privés « et dans toutes les circonstances qu'il Jugera « à propos, sans néanmoins, pour ce, prétendre aucuns appointements ou gages, pour la raison de la qualité qu'il lui plak de lui -accorder, et sous la réserve qu'il ne sera employé que toutes les fois et quantes bon semblera à S. A. S.; et pour manifester Sa volonté à son égard, S. A. S. m'a ordonné d'expédier ce présent brevet.qu'Elle a signé de Sa main, fait et contre-signe et sur icelui apposé le sceau de ses armes par moi Son Conseiller Commissaire et Administrateur Général de Sa maison. Domaines et Finances.

« Signé : Louis-Joseph de Bourbon.

« par Son Altesse Sérénissime,

<t Michel. »

Notice biographique 2 S

«• Enregistré au bureau d'administration générale « des Maison, Domaines et Finances de S. A. S. u Monseigneur le Prince de Condé, par lo soussiu gné Contrôleur desdits Maison, Domaines et (i Finances.

« RODIN DE MaTNVILLV f »

II ne parait pas que ce brevet, accordé par le prince de Condé, dût beaucoup flatler notre artiste, car nous ne voyons dans son œuvre aucune pièce dédiée au prince en remercîment de l'honneur qu'il en avait reçu ; nous ne trouvons pas également une pièce qui ait pu lui attirer cette faveur; d'ailleurs il n'abusa pas du titre que le prince lui permettait de prendre dans « tous les actes publics et privés, » et nous ne trouvons cette qualité sur aucune planche gravée par lui.

Les académies étrangères voulurent aussi lui décerner leurs brevets ; nous avons vu que dès 1768 la Société des graveurs de Vienne, réunie depuis à l'Académie des beaux-arts, l'avait appelé dans son sein.

A peine fondée (décret souverain du 29 avril 1779), la Société d'émulation pour les sciences et les beaux-arts de Liège nommait associé honoraire notre graveur, qu'elle pouvait presque réclamer comme compatriote, étant né à Givet, ville de la province de Haynault, que les traités de Louis XIV avaient réunie à la France.

24 Notice biographique

BuYiT o'AHoaé «r La Société d'émulation établie à Liège pour les

de « sciences et les beaux-arts, sous la protection

U Soeiéié d'éaiulatioD « de son altesse Celsissime, déclare sToir nommé

de Liège. u et reconnu H. de Loncueil, graveur du Roy, et

30 novembre 1780. a de l'Académie de Vienne en Autriche, en qua-

a lité d'associé honoraire, pour Jouir, en cette <( qualité, des prérogatives attachées à la Société a sous les conditions portées par ses statuts, et « règlements, et sous la promesse de contribuer « de toutes les manières qui seront en son pou- <c voir, au bien de cet établissement et à Tac- « complissement des objets utiles qu'on se pro- « pose et qtt*on pourra se proposer dans la « suite.

« Donné en l'assemblée de la Société, le 80 « novembre 1780.

« Lb Gat, S'*, perp^. »

Ces deux derniers titres venant de sociétés étrangères flattèrent beaucoup Tartiste, qui y voyait en même temps une récompense à son talent et un hommage à son pays, où les arts brillaient alors de tout leur éclat sous l'impulsion de la Reine et des grands seigneurs de la monarchie. La reconnaissance, ce noble sentiment, apanage des natures élevées, était innée chez Joseph de Longueil. Il travaillait alors à deux grandes estampes : la première, Les Modèles^ d'après Lépigié, fut dédiée à Son Excellence M. le baron de Breteuil, ambassadeur de France près l'impératrice-reine de Hongrie, qui n'avait peut-être pas été complètement étranger à la distinction dont l'Académie de Vienne avait honoré l'artiste français; la deuxième : Une Halte flamande d'après Isaac

Notice biographique 25

Van Ostade, fut offerte à Son Altesse Celsissime^ monseigneur le comte de Haensbroech, princeévêque de Liège, protecteur de la Société d'émulation de cette ville.

LoNGUEiL avait acquis enfin cette réputation incontestée, juste prix de l'intelligence, du travail et du talent, quand le mariage vint apporter un changement complet dans son existence, assez accidentée, disent les chroniques. Lié d'amitié avec Louis-Jacques Guérin, procureur en l'élection de Paris, dont il habitait la maison, rue du Plâtre Saint-Séverin, notre artiste vers 1 773 quitta cette demeure, pour se fixer rue de Sève, 167, où il devait bientôt se marier et mourir! Dans cette nouvelle demeure habitait entouré d'une nombreuse famille le frère de son ami, avec lequel dans sa jeunesse il avait étudié l'art du dessin dans l'atelier d'Aliamet, graveur du Roy.

Jacques-Denis Guérin était alors maître charpentier, entrepreneur des bâtiments du Roi et de la ville de Paris. De son mariage avec Marie- Jeanne Roisseau, étaient nés cinq enfants, dont l'aînée était une jeune fille belle et gracieuse, si on en juge par le délicieux portrait qu'a laissé d'elle un des plus excellents artistes de l'époque. Malgré la différence de vingt-neuf années qui la séparait de notre graveur, elle agréa la demande qu'il lui fit de sa main.

Notice biographique

ACTI ss Mabiaob de Joseph de LoROunL

et de

llarie-Louise Goiuw

Paroisse Saint-Sulpice

27 novembre 1780.

« L*an mil sept-cent quatre-vingt, le vingt-sept « novembre, a été célébré le mariage de S' Joseph « de LoNGUEiL, graveur du Roi, de l'Académie (( Royale eit Impériale de Vienne, Agé de cinquante V ans, fils de défunt Joseph de I^ngubil traiteur, « et de Jeanne Coilin consentante, avec Marietf Louise Guérin, Agée de vingt et un ans, fille u de S' Jacques-Denis Guérin, maître charpentt lier, entrepreneur des bAtimens du Roi, et de c Marie-Jeanne Boisseau, présens et consentans ; c les deux parties de cette paroisse. Tépoux depuis u huit ans, réponse de fait et de droit, chez ses a père et mère, depuis sa naissance, rue de Sève ; n trois bans publiés en cette église, sans opposi- ■ tiens ; fiançailles faites hier, présens et témoios « du côté de l'époux : sieur Philippe de Rivry capiu taine aux Invalides, rue et paroisse St-Jacques- « du Haut-Pas ; Gilbert Paris, graveur en taille- « douce, rue de Sève ; du côté de l'épouse, maître « Louis-Jacques Guérin, procureur en l'élection de Q Paris, rue du PlAtre, paroisse St-Séverin, son < oncle paternel, sieur Jean-Jacques Guérin, entre- <i preneur des bâtiments, rue Basse- Porte-St-De- « nis, paroisse St-Laurent, son oncle paternel, qui « tous ont certifié le domicile comme dessus, et la « liberté des parties, et ont signé : De Longueil, « Guérki, Guérin, Boisseau, de Rivry, Paris, « Guérin, Guérin, et Busson, vicaire, b

Quoi de plus touchant que cette union resserrant plus étroitement les liens d'amitié de deux familles? Quoi de plus sympathique que ce mariage formé par une sincère affection brisant la grande disproportion des âges et comblant Tincgalité des fortunes ! Hélas ! cette charmante intimité devait s'évanouir comme un rêve ! Frappée cruellement par la mort de sa mère qui s'éteignait le 11 février 1790, la jeune femme un mois après était enlevée à l'amour d'une famille dont elle faisait le bonheur et l'ornement !

Notice biographique 26*

De cette heureuse union naquirent deux fils et deux filles, et l'artiste jouissait avec ivresse du bonheur parfait de son souriant foyer ; mais la mort veillait impitoyable sur cet intérieur tout de calme et de vertu. J. de Longueil ne put apprécier que quelques années seulement les qualités exquises de sa jeune compagne. Dans tout l'éclat de la vie, la jeune femme était enlevée à l'affection d'un mari tendrement aimé et de ses jeunes enfants ! Elle mourait à Paris, le 7 mars 1790!

L'artiste ne devait pas longtemps survivre à ce déchirement du cœur : « Depuis ce temps, c( dit un biographe S Joseph de Longueil fut ((Sujet à un étouffement spasmodique irrémé- (( diable, rien ne put remplacer dans son âme (( la compagne chérie ; ce fut en vain qu'il cher- « cha à s'étourdir sur sa propre douleur; son (( imagination frappée lui montrait sans cesse (( une ombre adorée qui semblait converser avec (( lui et l'appeler dans sa nouvelle demeure. (( On ne résiste pas longtemps à ces secousses c< violentes du sentiment ; un coup foudroyant (( d'apoplexie mit fin à sa vie le 17 juillet (( 1792. »

Il y a loin de ce simple et véridique récit à la

^ Biographie des hommes célèbres qui bo sont fait remarquer par leurs vertus ou leurs erreurs dans les Ardennes. 2 vol. in-8. Paris, 1830.

27 Notice biographique

version romanesque, assez accréditée cependant, que d'autres biographes ont donnée de la mort de Joseph de Longueil. Le fait raconté par le biographe ardennois est exact, et nous avons pu le contrôler par le procès-verbal dressé au moment même de la mort de l'artiste par Gilbert Lieudon, commissaire de police de la section de la rue Beaubourg, que nous avons trouvé aux archives de la préfecture de police.

Lemardi 17 juillet 1792, l'airtiste faisaitlematin quelques courses dans Paris ; il quittait le sieur Vallier, banquier ; tout à coup Longueil se sent indisposé, descend précipitamment de sa voiture, entre dans un café, demande un verre d'eau et tombe au même instant frappé d'une apoplexie foudroyante. Regnauld , propriétaire du café et Antoine Flamand, orfèvre qui se trouvait là par hasard, se précipitèrent pour donner des soins au malade ; un médecin fut appelé en toute hâte, mais tout fut inutile, le grand artiste avait rendu le dernier soupir !

Laissons d'ailleurs parler l'acte officiel auquel nous empruntons ces tristes détails. Mieux que nous il racontera les derniers moments du célèbre graveur et mettra à néant les histoires que les nouvellistes en quête de renseignements biographiques ont imaginées afin de donner plus d'inlérêt et de piquant à leur récit.

Notice biographique 2T'

Procès-verbal au sujet de la mort subite de Joseph de Longueil.

« Aujourd'huy dix sept juillet dix sept *cent « quatre vingt douze, Tan quatrième de la liberté, « à dix heures du matin, nous Gilbert Lieudon, « commissaire de police de la section de la rue « Beaubourg, sur l'avis à nous donné, nous V sommes transporté rue du Temple, au coin de « celle MicheMe-ComIe, dans la boutique du a sieur Regnaud, limonadier; où estant, avons « trouvé ledit sieur Regnauld, limonadier, dec< meurant en la maison où nous sommes ; lequel « a déclaré : que le particulier dont nous voyons « le cadavre est descendu d'un fiacre dont il « ignore le numéro et qui va revenir, lui disant « qu'il se trouvoit mal ; que peu de minuties « après, il est mcrrt malgré les précautions qui « ont été prises pour le secourir. Lecture à lui « faille de sa déclaration, a persisté et a signé.

« Regnault.

« Est aussi comparu le sieur Antoine Flamand, « orphèvre, demeurant rue Saint-Louis, au Ma- « rais, n" 26 ; lequel nous a déclaré : qu'il étoit « dans le cafTé avec plusieurs autres personnes, « lors de l'arrivée dudit particulier décédé, le- « quel a dit se trouver très incommodé d'un « poids qu'il se sentoit sur l'estomac ; qu'il avoit

28 Notice biographique

« sa veste déboutonnée; qu'on s'est hâté de lui c< donner un verre d'eau, qu'il n'a pu prendre ; « et d'envoyer chercher un chirurgien ; que, peu « de minuties après, il est décédé sans pouvoir « dire son nom ni indiquer son domicile ; qu'on c( lui a oté ses vêtemens et ses bijoux consistant « en une montre d'or du nom de C. R. Clère à c< Paris, n* 1765, avec son cordon de soye grise « garnie d'un œuf, un inédaillon, une clef « émaillée et une autre clef et un cachet d'or « monté d'une cornaline, un jonc à pomme d'or « de couleur et une paire de boucles de jarre- « tières à pierres ; que le cocher, qui l'a ammené, « a été renvoyé rue de Sèves vis à vis les Incura- « blés (où il a dit avoir pris le particulier décédé, « à une petite porte ronde où il y a un Jacquet) « pour y prendre des renseignemens des perce sonnes à l'endroit où il l'a pris ; et que ledit « cocher a promis revenir rendre réponse. Après ^ « lecture à lui faitte de sa déclaration, a dit « qu'elle contenait vérité, y a persisté et a signé.

« Flamant.

« Et aussi a comparu sieur Pierre-Dominique ce Carbury, chirurgien, demeurant rue du Temc< pie, n"" 46 ; lequel a dit: qu'à dix heures un « quart, il s'est transporté à la réquisition du « sieur Renaud, dans le cafTé où nous sommes,

Notice biographique 2S*

« à l'effet de porter secours à un particulier qui « venoit de s'y trouver mal ; mais qu'il l'a trouvé (( mort, ayant la figure noire, la bouche et le nez « remplis d'écume, symptômes d'attaque d'à- « poplexie ; qu'au premier aspect, jugeant que « cette mort subite étoit l'effet d'un coup de « sang, il a ouvert la veine au bras gauche, c( sans en pouvoir tirer du sang; enfin qu'il a ce examiné ledit particulier tant avant notre ar- « rivée qu'en notre présence, qu'il n'a remara que sur toute l'habitude du corps aucune c( plaque ni contusion. Lecture à lui faite de a sa déclaration, l'a dit juste et contenir vec< rite, a persisté et a signé, après avoir requis « taxe que nous lui avons faitte de six livres c( dont il sera payé par qui il appartiendra.

« Carbury.

« Ce fait, ayant fait fouiller ledit particulier « décédé, se sont trouvés dans les poches de sa « veste : l'addresse de M. Vallier, banquier, rue « Geoffroy-l'Asnier, n° 41 , et dans ses goussets « de devant et de côté : quatorze assignats de « cinq livres coupés; deux feuilles de semblables « assignats de dix chacune ; cinq livres quinze « sols, en billets de la maison de secours ; quatre « écus de six livres ; un petit écu ; deux pièces ce de vingt-quatre sols et six de quinze sols ; un

29 Notice biographique

« couteau à manche d'yvoire ; et deux clefs dont « une longue non forée et une moyenne forée ; « plus deux assignats, l'un de trois cents livres « numéroté 25588 lettre D, et Tautrede soixantea dix livres numéroté 4850 lettre C ; enfin, dans c< les poches de son habit de drap verd : une « tabatière en carton avec un médaillon en grâce vure ; un mouchoir des Indes marqué de let- « très: J. L. en rouge; un autre mouchoir de « toille blanche marqué de même, qui sont les « seuls objets que nous ayons trouvés sur lui.*

« Et à rinstant est survenu le sieur Louiil Goi- <i nard, entrepreneur de charpente demeurant « rue de Sèves vis à vis les Incurables, n* 1258; « lequel nous a déclaré : que le deffunt se « nomme Jacques-Denis ^ de Longueuil, graveur « en taille-douce, et demeure même rue, nu- « méro 1257 ; qu'il est veuf, ayant quatre enfans « mineurs; et que lui comparant est son beauce frère ; pourquoi il le réclame, pour le faire c< conduire à son domicile, ainsi que tous les « objets cy-dessus constatés ; et a ajouté : qu'ausc< sitôt l'avis à luy donné de cet accident par le « cocher qui Ta amené dans les lieux où nous « sommes, il s'y est rendu. Lecture à lui faitte

* Il y a ici une erreur de nom très excusable dans un pareil moment. Jacques-Denis étaient les prénoms de M. Guérin (mort à Paris le 18 Juin 1780) beau-père de MM. Goinard et de Longucil.

Notice biographique 29*

« de ses déclarations , et requis sur sa déclara- « tion, a dit être juste, contenir vérité, a persisté « et a signé. Goinard*

« Sur quoy pour être fait droit sur la réquisition « du sieur Goinard, l'avons renvoyé par devant «M. le juge de paix de cette section ou tout « autre auquel notre présent procès-verbal sera « à cet effet communiqué et avons signé.

« LiEDDON.

« Nous, Nicolas-Vincent Leverdier, juge de « paix de la section de la rue Beaubourg, officier H de police du département de Paris, y demeurant a rue Montmorency n*" 4 , sur le vu du procès- « verbal de M. le commissaire de police qui « s'est rendu en notre demeure accompagné du « sieur Goinard, disons : que le cadavre du sieur « Jacques*Denis Longceil sera remis audit sieur « Goinard, pour le déffunt être transporté en sa « maison ; et que les différens objets et argent « monnayé, bijoux ei assignats détaillés au pro* « cès-verbal de M. le commissaire de police ont a été pareillement remis audit sieur Goinard, « ainsy qu'il le reconnoit, pour lesdits objets (( être par ledit sieur reintégrés dans la maison a du déffunt, ou par lui représentés en temps et (c lieu, ainsy que ledit sieur s'y oblige ; et at- « tendu, qu'il ne s'agit ici que d'un référé par

30 Notice biographique

« devant nous, avons restitué à M. le commisce saire sa minutte. Et a signé avec nous le sieur « Goinard.

« Signé : Leverdier, Goinard, Lieudon. »

On revint alors chez le limonadier payer les différents frais nécessités par le triste accident qui venait d'y arriver.

Au chirurgien 6'"

Au limonadier 4 15

Aux commissionnaires 19

Pour le carrosse 8

• Pour le procès-verbal 2 8

Le corps fut ensuite transporté dans sa maison de la rue de Sèves, n^» 1257, et le même jour, à 3 heures de relevée, y furent apposés les scellés dans Tintérét des quatre enfants mineurs (dont Tune, Ëpiphahie-Rose de Longueil a laissé quelques essais de gravure qui dénotent un véritable sentiment artistique) par le sieur Jean-Baptiste-Gaston-Thomas Duperron, à la requête de Louis Goinard.

« Que d'enseignements, écrit son petit-fils, « dans ce froid procès-verbal ! on décrit minu- « tieusement chaque pièce de Tappartement, on « compte tout ce qui s'y trouve, et on y voit la

Notice , biographique 30*

« mesure du mince confortable que s'accordait « alors un grand artiste, dans le plein de sa re* « nommée et après la moisson d'une vie active! »

« A quoi obtempérant, dit le procès*verbal, « nous juge de paix susdit et soussigné, nous « sommes transporté, assisté de notre secré- « taire greffier, en la demeure qu'occupait et « où est décédé ledit sieur Delongueil, scise « rue de Sèves, où étant arrivés et entrés dans « une maison dont les Incurables sont proprié- « taires, montés au premier étage, sommes en- « très dans une pièce de l'appartement servant « de chambre à coucher et avons trouvé mon- « dit sieur Goinard, lequel nous a de nouveau « requis de procéder à l'apposition de nos dits <c scellés 1

c( Et après qu'il nous est apparu d'un cadavre « du sexe masculin que l'on nous a dit être a celui du sieur de Longueil, Nous avons reçu '<< le serment de la demoiselle Anette Lebrun, « cuisinière dudit défunt, par lequel elle a juré « de n'avoir rien pris ni détourné, ni vu ni sçu « qu'il ait été rien pris ni détourné des objets « dépendants de la succession dudit défunt; et (c de suite nous avons procédé, en présence du (c sieur Goinard, à l'apposition de nos scellés a ainsi qu'il. suit

Si Notice biographique

c< Nous avons apposé nos scellés sur deux c< armoires étant à droite et à gauche de la che- <i minée nos dits scellés par deux bandés de toile « attachées par leurs extrémités avec de la cire « rouge portant

« Nous sommes ensuite passés dans un salon « éclairé par deux croisées ayant vue sur ladite « rue de Sève et nous avons décrit les objets en c< évidence ainsi qu'il suit.

« Savoir :

« Dans la cheminée un feu composé d'une <( paire de chenets, avec sa garniture de cuivre « doré d'or moulu.

« Sur la cheminée, une glace en deux mor- « ceaux dans son parquet de bois doré et peint «en gris.

« Dans une armoire étant à côté de ladite cheii minée, nous avons laissé un manchon d'une « peau d'ours gris étant dans son carton^ trois « bouteilles à tabac, un violon.

« Dans l'armoire au^essus, un mauvais man- « chon, un chapeau de femme rose.

« Sur ladite cheminée une pendule à heures M et a sonnerie avec sa garniture de cuivre doré « d'or moulu, son pied d'estal en marbre blanc, (c portant le nom de Jacob à Paris, et étant sous « un verre oval ; une paire de bras de cheminée

Notice biographique Si*

« en cuivre doré d'or moulu ; deux vases de «plâtre représentant en relief différents su- <c jets.

(c Une paire de chandeliers de cuivre argenté ; « treize gravures représentant différents sujets,

(c dans leur cadre de bois doré et sous leur « verre.

« Une consonne avec son dessus de marbre et c( son pied en bois doré ; au-dessus de ladite « consonne une glace en deux morceaux dans « son parquet de bois peint en gris et son cadre <( de bois doré ; deux amours en plâtre sur « leur pied d*estal aussi en plâtre peint en t< rouge.

« Quatre rideaux de toile à carreaux rouges et « blancs avec tringles et anneaux ; quatre petits « rideaux de mousseline rayée avec leurs tringles, <( et anneaux.

« Deux bergères de velours d'Utreckt avec leur <( coussin > six tabourets de velours d'Utreckt « cramoisi ; deux bergères de velours d'Ulreckt « jaune avec leur coussin ; deux fauteuils de ve- « leurs d'Utreckt jaune ; un damier garni de ses « dames en bois ; une chaise foncée de paille ; la « tenture de ladite pièce en papier velouté cra- « moisy •

.......<< Nous sommes ensuite passés

c( dans un cabinet servant de laboratoire, nous

32 Notice biographique

« avons mis et apposé nos scellés sur un bureau te en bois de chêne ayant deux tiroirs^ lesquels c( nous avons fermés avec la clef qui est restée « en nos mains ^ nos dits scellés par une bande « de toile attachée par les extrémités et à trois « autres places dans la longueur avec de la « cire rouge portant l'empreinte de notre ca- « chet.

« Nous avons pareillement apposé nos scelle lés sur un corps de buffet en bois de chêne, a divisé en trois parties par une bande de toile.

« Npus avons ensuite décrit les objets laissés en c< évidence ainsi qu'il suit, savoir : trois pierres c< à repasser les outils, montées sur leur plateau a en bois de chêne; un souvenir en fer-blanc; a quarante gravures sous verre et dans leurs « cadres de bois doré de différentes grandeurs; ^ deux bustes en plâtre représentant des têtes a de femmes ; un buste en plâtre représentant « un évêque ; un fauteuil foncé de paille ; une « chaise foncée de paille; trois petits tableaux a ronds en cire, sous verre et dans leur cadre c< de bois doré; la tenture de la dite pièce est (c en papier collé sur mur ; une paire de chance deliers de cuivre argenté ; un petit paysage « en carton; deux flacons de verre. . . . . *. »

I Ce procès-Terbal fut suivi aufiaitôi de la nomination do François-

Notice biographique . 55*

Après là lecture de ces tristes pages^ que de-vient cette légende de la mort de Joseph de Lon« GUËiL ? Nous tenons cependant à la raconter malgré son inexactitude, pour montrer jusqu'où peut, aller l'imagination des écrivains et comment s'écrit parfois l'histoire I Nous lisons dans la notice consacrée à notre artiste, par Vlconvgraphie lilloise : « On conçoit qu'un ariiste, « gentilhomme et décoré des litres de graveur « du Roi et du prince de Condé, dut, à Tépoque « de la révolution française, attirer l'attention « des hommes qui dirigeaient alors les affaires. « Aussi devint-il une victime anticipée de s

Favel, beau-frère du défunt, comme tuteur des mineurs ; celui-ci procéda en cette qualité aux diverses formalités nécessitées par la mort de Tartiste. La levée des scellés fat U première opération judiciaire, et elle fut accompagnée de la dressée de l'inventaire qui, commencée le 24 Juillet par M* Boursier, nouire h Paris, ne fût clôturée que le 1*' août. Au cours de cette levée des scellés ci de dresséo de rinventaire se produisirent onze oppositions. Quelques-unes sont sans importance; d^autres ont trait plus particulièrement an graveur et à ce tUre nous les relevons. Signalons donc l'opposition de Jean-Baptiste Fournier, libraire, réclamant la planche de la Pt^ocession d'Isis d'après Moreau le jeune ; celle de Louis-François Barrois, libraire, réclamant deux planches Don terminées : le Mariage de Daphnis et la Mort d'Abel d'après les dessins de Lebarbier pour les œuvres de Gessnor, et celle de Jean-Antoine Girauld réclamant au nom de M. de Florian deux planches diaprés les dessins de Flouest pour ses fables. L'estimation de ces planches et des estampes fut faite par MM. Moreau, Bacquoy, Delalande, et celle du mobilier par M. Vincent de Saint-Hilaire, buissier-priseur. La Tente du cabi* net de notre artiste eut lieu le 13 août. Le tuteur en retira les planches des estampes et une partie des estampes en feuilles et les remit plus tard aux héritiers qui les vendirent en 1S25 su poids du enivre; la mode n*y était plus! La vento du mobilier eut lieu le 31 août. Le produit de ces deux ventes monte k 4463 livres 2 sols 6 deniers.

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« exécutions révolutionnaires. Le 2 juillet 1792, c< de LoNGOEiL dînait chez un ami ; la joie et la « franchise avaient présidé au repas ; à peine se a levait-on de table qu'on vint le prévenir que, « pendant son absence, une visite domiciliaire '< venait d'être faite chez lui, qu'on le cherchait « pour Tarréter, et que peut-être bientôt on a allait venir l'enlever du lieu même où il se « trouvait^ On sait quelle était la justice expéa ditive de cette époque, et tout était à craindre « de la part des dénonciateurs du graveur du <i Roi. Une personne présente avait son carrosse « à la porte : elle l'offre généreusement à de Lon- « GûEiL pour fuir au plus vite. Celui-ci s'y préci- « pite, on baisse les stores, la voiture vole, mais, « lorsqu'elle fut arrivée à destination et qu'on ((Ouvrit la portière pour en faire descendre « l'artiste qui s'exilait forcément, on n'y trouva <( plus qu'un cadavre ; la révolution causée « sur de Longueil par une nouvelle alarmante, « apprise sans ménagement à la suite d'un dîner « copieux, l'avait tué. »

Cette narration a-t-elle besoin d'être réfutée? La mort de l'artiste arriva le 17 juillet et non le 2 ; l'exil forcé n'existe pas ; Longueil mourut frappé d'apoplexie foudroyante, dans la rue du Temple ; il y reçut les premiers soins dans un café d'où on le transporta le jour même

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à son domicile de la rue de Sève ; c'est sans doute ce dernier fait qui aura servi à échafauder toute rhistoire. Remarquons aussi qu'à cette époque la République n'était pas proclamée et la liberté individuelle était encore à peu pfès respectée. L'horizon politique s'assombrissait de plus en plus et le régime de la tyrannie, déjà établi de fait, préludait avec violence aux crimes de tout genre dont cet odieux système de gouvernement s'est depuis rendu coupable ; cependant les visites domiciliaires n'étaient pas encore inventées par ce régime de liberté ! et le titre de graveur du Roi, qui quelques mois plus tard eût été un motif plus que sufGsant pour faire tomber la tête d'un homme, n'était pas encore assez séditieux pour attirer la fureur des futurs amis du peuple. De Longueil mourut à temps, et on doit le féliciter de n'avoir pas vu toutes les hontes et les horreurs que la République devait amonceler sur son malheureux pays !

L'artiste, comme tous les hommes d'ordre, était dévoué à ses princes, et la marche des affaires devait vivement et trop légitimement Tinquiéter pour l'avenir! Mais là s'arrêta l'action qu'on peut attribuer à la Révolution sur notre artiste ; sa mort doit avec plus de raison, pensons-nous, être attribuée à la chaleur excessive de cette époque de l'année et au tempérament très san-

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guin de l'artiste, fort, gros et gras comme l'afflrme son maître J.-G. Wille. L'histoire racontée par l'iconographie lilloise n'a d'ailleurs pas été acceptée sans hésitations, et l'annotateur du journal de Wille, dans la notice qu'il consacre à notre graveur, ne l'a rapportée qu'avec restrictions.

Quelques jours après cette mort subite, l'inventaire de la demeure de l'artiste était dressé, et les planches, terminées ou non, remises à ceux qui les avaient commandées. Nous voyons parmi ces œuvres posthumes : la Visite à la nourrice d'après Teniers, terminée depuis par une main inhabile, et qui fut cependant publiée avec le nom de Longueil, nom qui proteste contre cette œuvre défigurée; puis l'eau-forte d'après le tableau de J. Vernet, intitulée : les Pécheurs, terminée par un élève de notre graveur, J.-B. Nicollet, et tout à son honneur. Puis la suite de . cette charmante série, dont l'artiste avait" déjà publié un fragment, les Quatre Saisons. Malheureusement, la suite de ces petites estampes, les Quatre Parties du Jourj la Vie Champêtre, la Belle Nourrice et la Jolie Fermière ne devaient pas, par un singulier hasard, porter la signature de leurs auteurs. Charles ëisen et Joseph de Longueil étaient morts, avant leur apparition et ne

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purent jouir du légitime succès obtenu par ces charmantes compositions! Enfin nous voyons une estampe importante et qui promettait une nouvelle gloire à son auteur. De Longueil avait déjà beaucoup travaillé sur une eau-forte de Pàuquet d'après un charmant tableau d'IsAAc Van Ostade : le Maitre décale dont voici le traité autographe que nous possédons.

« Compromis passé entre nous Joseph de Longueil et le sieur « PiEBRB Laurent tous deux exerçant la même profession.

« Sommes convenus des conditions ci-^lessus; moi de Lonouxil « m'engage de graver d'après un dessin fait d'après le tableau « d*0stade, du cabinet du Roi, représentant un Maître (fécole^ K d'y porter tous mes soins pour y mettre toute la perfection « qu*il sera en mon pouvoir, et rendre la planche terminée au <« mois de septembre prochain.

« Et moi PiBRRE Laurent promet remettre en payement la « somme de douze cent livjres en trois époques; la première « aux épreuves de Feau- forte, aux épreuves, et l'entier et der- « nier payement en recevant la planche; à Paris ce 24 février « 179), fait double entre nous.

« Approuvé récriture ci-dessus : De Longueil.

« Pierre Laurent. »

Cette estampe d'une charmante composition, et dont les tailles déjà faites promettaient un nouveau succès à son auteur, fut rendue aussitôt à Pierre Laurent, mais. nous ignorons si elle fut confiée à d'autres mains et si elle fut terminée. Parmi ces planches non terminées nous noterons encore plusieurs planches de la galerie du Palais-Royal, des œuvres de Florian, etc. Quelques semaines après la mort de J. de Longueil ,

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les planches et le mobilier étaient dispersés aux enchères et le catalogue * de celte vente, aujourd'hui très rare^ fut rédigé par le plus célèbre expert de Tépoque, Regnauld Delalande^; on y lit à la page 8 : « L'œuvre de cet artiste (c qu'on trouve au cabinet des estampes de la « bibliothèque du Roi, est composée de plus de « 500 pièces, y compris quelques eaux-fortes, « sujets et paysages, nombreuses suites de vice guettes très spirituellement gravées d'après « le dessin d'EisEN, Gravelot, Cochin, Moreau, « Le Barbier, Myris et autres dont plusieurs « pour le Nouveau Testament^ les Métamor- « phoses d Ovide ^ Roland furieux, les Contes de « Boccace , ceux de Lafontaine , édition dé « 1762, dite des fermiers généraux, où il y a « 20 à 30 vignettes de J. de Longueil, la Nouvelle ce Héloïse^ et la Henriade, édition de la veuve « Duchesne (celte dernière en 20 vignettes), les « œuvres de Raynal, Dorat, Pezay, Mabmontel, « Gessner^ Florian, Blin de Sainmore ; plusieurs « figures de V Histoire romaine et des tableaux « de la galerie du Palais-Royal, partie des oeuvres

^ Notice d'estampes, fonds de planches grarées et autres objets do ce genre provenant du cabinet de fea M. de Longueil, graveur du Roi, membre de rAcadémie Impériale et Royale de Vienne, dont la vente aura lieu le 31 août 1792» par Regnauld Delalande.

> Les ventes de tableaux et objets d'art, par Georges Doplessis, conservateur à la Bibliothèque nationale. Paris, Rapllly, 1874, in-8.

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« de Pierre Corneille d'après Gravelot, etc. » Cette note, on le voit, est bien sobre de détails sur l'œuvre de notre charmant artiste, mais elle énumère rapidement la plus grande parlie de ses productions ; elle oublie cependant et involontairement sans doute les grandes pièces que le graveur avait faites presque toutes d'après ses propres dessins, ainsi que ses trois pièces en couleur. Par un singulier hasard elle devance aussi le jugement d.e la postérité, qui, laissant un peu trop dans l'ombre ces estampes dont plusieurs sont cependant fort remarquables, a gardé surtout le souvenir de ses délicieuses illustrations, et placé J. de Longdejl au premier rang des célèbres et nombreux graveurs de vignettes du xvni* siècle.

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