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LA FRANCE ET L'ÉGLISE

Il y a des nations privilégiées qui ont une mission dans ce monde. Celle de la France me paraît aussi visible que le soleil. Il y a dans le gouvernement naturel, et dans les idées nationales du peuple français, je ne sais quel élément théocratique et religieux qui se retrouve toujours. Le Français a besoin de la religion plus que tout autre homme; s'il en manque, il n'est pas seulement alïaibli, il est mutilé. Voyez son histoire. Au gouvernement des Druides, qui pouvaient tout, a succédé celui des évoques qui furent constamment, mais bien plus dans l'antiquité que de nos jours, les conseillers du roi en tous ses conseils. Les évêques, c'est Gibbon qui l'observe, ont fait le royaume de France : rien n'est plus vrai. Les évêques ont construit cette monarchie, comme les abeilles construisent une ruche. Les conciles, dans les premiers siècles de la monarchie, étaient de véritables conseils nationaux. Les Druides chrétiens, si je puis m'exprimer ainsi, y jouaient le premier rôle. Les formes avaient changé, mais toujours on retrouve la même nation. Le sang teuton qui s'y mêla par la con-

quête, assez pour donner un nom à la France, disparut presque entièrement à la bataille de Fontenai, et ne laissa que des Gaulois. La preuve s'en trouve dans la langue; car lorsqu'un peuple est un, la langue est une\ et s'il est mêlé de quelque manière, mais surtout par la conquête, chaque nation constituante produit sa portion de la langue nationale, la syntaxe et ce qu'on appelle le génie de la langue appartenant toujours à la iiation dominante; et le nombre des mots donnés par chaque nation est toujours rigoureusement proportionné à la quantité de sang respectivement fourni par les diverses nations constituantes, et fondues daus l'unité nationale. Or, l'élément teutonique est à peine sensible dans la langue française: considérée en masse, elle est celtique et romaine. Il n'y a rien de si grand dans le monde. Cicéron disait : « Flattons-nous tant qu'il nous plaira, nous ne surpasserons ni les Gaulois en valeur, ni les Espagnols en nombre, ni les Grecs en talents, etc.; mais c'est par la religion et la crainte des Dieux, que nous surpassons toutes les nations de l'univers. » [De Ar., resp. c. IX.]

Cet élément romain, naturalisé dans les Gaules, s'accorda fort bien avec le druidisme, que le christianisme dépouilla de ses erreurs et de sa férocité, en laissant subsister une certaine racine qui était bonne; et de tous ces éléments il résulta une nation extraordinaire, destinée à jouer un rôle étonnant parmi les autres, et surtout à se retrouver à la tète du système religieux en Europe.

Le christianisme pénétra de bonne heure les Français, avec une facilité qui ne pouvait être que le résultat d'une affinité particulière. L'Église gallicane n'eut presque pas d'enfance; pour ainsi dire en naissant elle se trouva la première des églises nationales et le plus ferme appui de l'unité.

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Les Français eurent l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été à beaucoup près assez orgueilleux, celu! d'avoir constitué (humainement) l'Église catholique dans le monde, en élevant son auguste Chef au rang indispensablement dû à ses fonctions divines, et sans lequel il n'eût été qu'un patriarche de Constantinople, déplorable jouet des sultans chrétiens et des autocrates musulmans.

Charlemagne, le trisméfjiste moderne, éleva ou fît reconnaître ce Irùne, fait pour ennoblir et consolider tous les autres. Comme il n'y a pas eu de plus grande institution dans l'univers, il n'y en a pas, sans le moindre doute, où la main de la Providence se soit montrée d'une manière plus sensible; mais il est beau d'avoir été choisi par elle, pour être l'instrument éclairé de cette merveille unique.

Lorsque, dans le moyen âge, nous allâmes en Asie, l'épée à la main, pour essayer de briser sur son propre terrain ce redoutable croissant, qui menaçait toutes les libertés de l'Europe, les Français furent encore à la tète de cette immortelle entreprise. Un simple particulier, qui n'a légué à la postérité que son nom de baptême, orné du modeste surnom d^ermite, aidé seulement de sa foi et de son invincible volonté, souleva l'Europe, épouvanta l'Asie, brisa la féodalité, anoblit les serfs, transporta le flambeau des sciences, et changea l'Europe.

Bernard le suivit; Bernard, le prodige de son siècle et Français comme Pierre, homme du monde et cénobite mortifié, orateur, bel esprit, homme d'état, solitaire, qui avait lui-même au dehors plus d'occupations que la plujmrt des hommes nen auront jamais; consulté de toute la terre, chargé d'une infinité de négociations importantes, pacificateur des Etals, appelé aux conciles, portant des jjaroles aux rois, instruisant les évêques , réprimandant les papes ,

gouvernant un ordre entier^ prédicateur et oracle de son temps *.

On ne cesse de nous répéter qu'aucune de ces fameuses entreprise ne réussit. Sans doute aucune croisade ne réussit, les entants même le savent; mais toutes ont réussi, et c'est ce que les hommes même ne veulent pas voir.

Le nom français fît une telle impression en Orient, qu'il y estdemeuré comme synonyme de celui (ï Européen; et le plus grand poète de l'Italie, écrivant dans le xvi^ siècle, ne refuse point d'employer la même expression.

Le sceptre français brilla à Jérusalem et à Constantinople. Que ne pouvait-on pas en attendre? Il eût agrandi l'Europe, repoussé l'Islamisme et suffoqué le schisme; malheureusement il ne sut pas se maintenir.

Magnis famen e.rcidit ausis.

Une grande partie de la gloire littéraire des Français, surtout dans le grand siècle, appartient au clergé. La science s'opposant en général à la propagation des familles et des noms, rien n'est plus conforme à l'ordre qu'une direction cachée de la science vers l'état sacerdotal et par conséquent célibataire.

Aucune nation n'a possédé un plus grand nombre d'établissements ecclésiastiques que la nation française, et nulle souveraineté n'employa, plus avantageusement pour elle, un plus grand nombre de prêtres que la cour de France. Ministres, ambassadeurs, négociateurs, instituteurs, etc., on les trouve partout. De Suger à Fleury, la France n'a qu'à se louer d'eux. On regrette que le plus fort et le plus éblouissant de tous se soit élevé quelquefois jusqu'à l'inexorable

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