‹ Joseph de MaistreChapitre 25 sur 27 · M. BIOT · texte numérisé non relu

M. BIOT

DISCOURS DE RÉCEPTION .V l'aCADÉ.MIE FRANÇAISE (sÉANCE DU 5 FÉVRIER 1857.)

« Ce but (<les sciences positives), c'est la manifestation (les forces que l'intelligence divine met en œuvre dans le mécanisme de l'univers, et la détermination des lois abstraites qui en règlent les combinaisons. L'existence do ces forces se découvre, je devrais plutôt dire se constate, par l'observation des mouvements qu'elles communiquent à la matière inerte, dépourvue do sentiment et de sponlanéité. Elles se distinguent entre elles, et se mesurent par la direction et la grandeur des vitesses qu'elles lui impriment. Sur ces données, le raisonnement mathématique établit les lois générales qui règlent leurs effets combinés sans que nous ayons aucun besoin, ni aucune possibilité de connaître leurs sièges ni leurs causes. Alors, d'après la diversité des éléments entre lesquels leur concourss'opère, l'esprit voit se produire toute la variété des phénomènes mécaniques, en apparence les plus dissemblables, que la nature nous présente : depuis les révolutions éternelles des astres dans les i)rofondeurs du ciel, jusqu'aux mouvements lents ou convulsifs que les dernières particules de la matière, réduites à une ténuité insaisissable, exécutenl invisiblement dans les opérations de la physique et de la chimie. Forts de ces connaissances et conduits par elles, nous interrogeons, nous questionnons, pour ainsi dire, la nature, en lui faisant subir des épreuves contradictoires, qui la contraignent à nous découvrir les mystères de ses procédés, à nous révéler l'existence et les qualités de ses agents invisibles, à nous montrer leur puissance et leur mode d'action. Enhardis par le succès, nous osons tenter de discerner et de ramener aux mêmes lois abstraites, ce qu'il y a de mécanique dans

cette muUitutle iiilinie d'êtres, en qui Dieu a répandu ce soufile passager que nous appelons la vie : formant chacun comme un monde à part, qui s'entretient par un confinuel miracle de création intérieure, pendant la durée qui lui est assignée. Aidés des instruments construits par notre art pour agrandir le pouvoir de nos sens^ nous étudions la structure intime de ces êtres, les organes divers dont ils sont pourvus, les Ibnctions constantes, variables ou occasionnelles que ces organes accomplissent, les sucs qu'ils sécrètent, les tissus qui les constituent. Puis, appelant à notre secours les épreuves et une expérimentation intelligente, nous appliquons la sagacité de notre esprit à découvrir, à manifester l'usage de ces parties pour concourir à l'ensemble : recherche d'un intérêt inépuisable, où la plus faible pousse d'un végétal vivant, le moindre ani'malcule microscopique nous offre autant de merveilles que le ciel même, et qui par une sorte d'illumination divine, nous laisse apercevoir, adorer la puissance créatrice à travers le voile de ses actes, d'autant plus près que nous faisons plus d'elforts pour les pénétrer. »

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