LES FOURNISSEURS ET LKS DÉPENSES
11 y en a de payé pour 320 816 fr. 56, — sans compter ce que l'on redoit. Les reports, d'un exercice sur l'autre, des dépenses arriérées sont tels en effet que, pour se rendre compte de l'argent employé par Joséphine à sa toilette, il faut — mettant de côté même les liquidations de dettes, obligatoires tous les deux ans, et dont certaines dépassent le million — il faut prendre les chiffres globaux des six années : et, ainsi l'on trouve que, en six ans, il y a eu de dentelles, chez Yanderbocht, Lesueur, de Rens et Vandessel, 225 906 fr. 18 (cela ne comprend aucune des grandes dentelles payées sur la Cassette de l'Empereur) ; il y a eu d'étoffes de soie, chez Fillion, Le Normand, Vacher et Nourtier, 312 538 fr. 68 ; de modes et grands habits, chez MUe Despeaux, chez Herbault, Leroy, Duplan, Binelli et Bertin 1 096 875 fr. 27 ; de façons et fournitures de couturières, surtout à Mme Germon, 102 811 fr. 46 ; de façons aux ouvrières de la garderobe 61 408 fr. 38; de linge, chez la veuve Commun- Narrey et Mlles Lolive, de Beuvry, 740 386 fr. 37 ; les fleurs artificielles de Laîné, Nattier et Roux Montagnat ont coûté 85 893 fr. 50 ; les crêpes et rubans, de Kreisler Scribe-Brémard et Richard Lenoir, 130 078 fr. 77 ; les fourrures — celles fournies, non par les couturiers, mais par le fourreur, la veuve Toulet, — seulement 43 599 fr. 92 ; les gants et la parfumerie, 57 184 fr. 33 ; la chaussure, bas et souliers, 52 615 fr. 77.
La grande dépense est donc en modes, étoffes 4e soie, confection de robes, robes et grands habits,
dépense qui, à soi seule, atteint en six ans 1 573 653 fr. 79, sans compter les dettes, sans comprendre rien des parures du Sacre ou des grandes cérémonies officielles pour lesquelles l'Empereur a alloué des crédits spéciaux.
Sur ces 1500 000 fr. Leroy, le grand couturier, touche, en cinq ans, exactementlamoitié(766 476 fr. 73): jl n'est donc pas, comme on a cru, l'unique habil leur de Joséphine, s'il est le plus important et le plus célèbre : aussi bien le mérite-t-il, portant à cet art, le plus personnel en quelque sorte qui soit, cette sorte de génie qui, à des époques, se rencontre chez des hommes ayant à un si haut degré l'instinct, le goût, la vocation d'habiller et d'embellir la femme qu'ils y réussissent mieux que la femme même et qu'ils y perdent comme la notion de leur sexe.
Leroy ne surfait point la façon : c'est 18 francs pour une robe, même une robe de cour. — En 1750, cela se payait 12 livres chez les grands (soit 11 francs), l'augmentation est donc médiocre. — Mais où Leroy se rattrape, c'est aux étoffes et aux garnitures par quoi il monte ses robes à 2 000 et 3 000 francs. Ainsi arrive-t-il, pour l'Impératrice, à ce chiffre de 160 000 francs par année ; encore trouve-t-il que c'est peu de chose et ose-t-il s'en plaindre à l'Empereur lui-même. « Un jour, a dit Napoléon, que j'examinais un trousseau de famille fourni par lui, il osa m'entreprendre, moi à qui certes on ne mangeait pas dans la main. Il fit ce que personne en France n'eût oser tenter ; il se mit à me démontrer fort