‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 40 sur 104 · JOSÉPHINE EST-ELLE UNE SOUVERAINE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE EST-ELLE UNE SOUVERAINE

élevés, l'Empereur était l'empereur : ils savaient sa supériorité, s'inclinaient devant son génie, le tenaient réellement pour le chef d'Etat et le chef d'armée. Qu'il fût monté au premier rang1, qu'il eût pris le titre d'empereur, qu'il fût qualifié de majesté, rien de mieux : Général, Premier Consul, Empereur, il s'était partout, toujours, imposé comme le premier, mais Joséphine, si elle avait suivi la fortune de son mari, n'avait point, d'elle-même, grandi au point de changer d'essence, de paraître différente de nature à ceux qui l'avaient connue jadis, de leur imposer l'usage des formules d'adoration. On s'explique très bien ce général disant à Eugène quelques jours après l'Empire : « Comment va Madame votre mère ? » C'est ce qui naturellement vient aux lèvres et toute autre phrase exige un effort de pensée et un exercice de mémoire. Elle reste une dame, et, bien qu'elle tienne son rang et qu'elle ne se laisse manquer en rien, constamment, que ce soit à dessein ou par surprise, elle indique qu'elle n'est point née dans le rang qu'elle occupe, qu'elle se souvient d'avoir vécu dans la Société à une place différente ; elle semble reconnaissante des respects qu'on lui témoigne, mais elle ne paraît pas, alors, s'en rendre elle-même entièrement la dupe. Elle n'a point pris la dose d'orgueil qu'il faudrait, n'a point acquis cette superbe qui impose ; elle ne se sent point appelée par la Providence à une mission ; il lui manque ce qui est le principal en son cas : la Foi.

L'eût-elle que, quoique seule entre les reines de France, elle ait ceint la couronne et reçu la triple onction, elle ne serait pourtant jamais une reine, au sens qu'attachaient à ce mot les contemporains ; jamais elle n'approcherait de ce type qui doit rester imposant, inaccessible, presque hiératique : car la fonction dévolue à celle qui sert d'épouse à l'oint du Seigneur, fonction auguste, mystérieuse et sacrée, est de perpétuer la race que Dieu a choisie et, à cette fonction, tout est subordonné dans son existence, jusqu'à sa vie.

La femme qui remplit une telle fonction ne doit pas être soupçonnée, ne doit pas même être approchée ; elle ne doit être ni souriante, ni aimable, moins encore accueillante. Elle ignore s'il y a d'autres êtres. S'il est un monde extérieur, elle n'en sait rien -r elle attend la venue de son unique seigneur et le reste n'est point.

En arrière, occupant une place qui semble nécessaire dans la monarchie, salutaire même à des points de vue — car si la Reine est tentée de la remplir, elle se perd, et la royauté avec elle — une autre femme se rencontre dont la fonction est non seulement de distraire le maître et de lui plaire, mais d'établir une sorte de correspondance entre le Roi et certaines classes de la nation. Elle est là pour répandre les faveurs d'un certain ordre, protéger les artistes, faire une grande dépense de toilette et d'ameublement, donner à la mode son essor et sa règle, être enfin la joie des yeux, le sourire et la faiblesse de la

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