‹ Joséphine, ou le Retour de WagramChapitre 3 sur 9 · SCENE 3 LES MÊMES, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

SCENE 3 LES MÊMES, LA COMTESSE

LA COMTESSE

C'est très bien, messieurs, l'impératrice reconnaîtra votre zèle. Voilà la répétition terminée, tout m'annonce que le spectacle de ce soir sera digne de la circonstance que nous célébrons.

(Les chanteurs et danseurs sortent par le fond à droite.)-(A Marie et à Vincent) Approchez, mes amis.

MARIE

Madame la comtesse, nous nous sommes levés de bon matin, Vincent et moi, pour exécuter vos ordres.

LA COMTESSE

Ayez bien soin surtout d'établir dans la grande allée cette double rangée de lauriers.

VINCENT

Et les grenadiers donc! je crois vraiment que l'empereur aime ceux de la Malmaison autant que ceux de la vieille garde.

LA COMTESSE

Mais l'impératrice ne rentre pas, cela m'inquiète; elle ne devait être sortie que pour, quelques instans, elle est allée chez Pierre, à l'entrée du village.

MARIE

Ah! oui, ce pauvre Pierre qui s'est cassé le bras hier, en plantant un de ces grands ifs qu'on préparé pour 1l' illumination devant la porte du parc.

VINCENT

Oh! dame! c'est que notre bonne maîtresse ne laisse jamais un malheureux sans secours, et ce qui est encore mieux, sans consolations.

MARIE

C'est vrai, madame la comtesse, Vincent à bien raison.

Couplets Jadis au sein de not' village On comptait bien des malheureux; A Malmaison un' fille sage Gémissait loin d'son amoureux; Un jour la clémence divine, Prenant en pitié nos douleurs, Nous donna, pour sécher nos pleurs, Joséphine.

Le vieux Raymond, plié par l'âge, N'avait plus pour quider ses pas Qu'un jeune fils plein de courage La France a réclamé son bras.

Au bon vieillard qui se chagrine Son fils est rendu pour toujours!

Qui console ainsi ses vieux jours Joséphine.

Rose naquit dans l'indigence;

Mais elle avait de jolis yeux.

Un jeune officier d'ordonnance

En devint un jour amoureux:

Il est d'une illustre origine;

Il ne peut fléchir ses parens.

Mais qui sait rapprocher les rangs?

Et Rose est aujourd'hui unie à celui qu'elle aime,

LA COMTESSE

Eh! n'êtes-vous pas sur le point de jouir du même bonrieur? Grace aux bontés de l'impératrice, votre mariage avec Vincent n'est-il pas assuré?

MARIE

Il l'était, madame la comtesse; mais maintenant...

LA COMTESSE

Que voulez-vous dire? expliquez-vous.

VINCENT

Tenez, madame la comtesse, c'est moi qui vais vous dire

ce qui en est..Vous nous croyez ben gais, n'est-ce pas? Eh! bien, n'y a rien d'moins solide que c'te gaîté-

là. Apprenez que la mère de Marie n'veut plus nous unir,

parce que mon père... dame... voyez-vous, mon père... je n'sais pas trop comment vous dire ça... il a la tête un peu vive:... il a quelque fois des querelles avec ma mè-

re, et ça commence à les ennuyer tous les deux; ils voudraient bien ne plus pouvoir se quereller.

LA COMTESSE

Cela est très facile.

VINCENT

Aussi v'là c'qui fait qui parlent de se séparer.

LA COMTESSE

De se séparer!

MARIE

Oui, madame la Comtesse; et voyez-vous, ma mère qui a toujours fait si bon ménage, ne veut pas entendre parler de mariage avec le fils d'un homme qui se sépare de sa femme; aussi, madame la comtesse, vous, nous voyez bien malheureux, bien malheureux.

LA COMTESSE

Silence! voilà l'impératrice.

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