‹ JoubertChapitre 13 sur 104 · SOLLICITUDE · texte numérisé non relu

SOLLICITUDE

A Madame de Beaumont, au Mont-Dore.

Villeneuve-sur- Yonne, 23 août L803.

Quand vous ne recevez pas de nos lettres, c'est tout au plus pour vous un petit plaisir de moins dans le monde ; mais quand nous ne recevons pas des vôtres, nous souffrons un insupportable tourment. Ne fût-ce qu'en sa qualité de croyance du mal et

d'opposé de l'espérance, la crainte est toujours en moi un sentiment contre nature. Jugez donc en quel état violent me réduisaient les peurs de toute espèce qui m'agitaient depuis huit jours, et dont vous étiez le sujet. J'avais tardé h m1 effrayer ; mais, lorsque le temps que j'avais naturellement prescrit à mon attente eut expiré, quand ces courriers, qui passent trois fois la semaine, se furent succédé sans rien apporter de vos eaux, lorsque enfin le terrible Non qu'on répondait toujours à la question : Y a-t-il des lettres de Mme de Beaumont ? m'eut échauffé les oreilles par son obstination et son uniformité, une espèce de tremblement s'empara de mon âme, et je désolai toute la maison de mes désolations. Enfin, enfin, une lettre que j'ai reçue hier de Mn e de Vintimille m'a appris que vous lui aviez écrit du Mont-Dore ; que vous vous y ennuyiez mortellement, ce qui est toujours signe de vie, et que les eaux vous assoupissaient, ce qui vous repose d'autant. Je ne reverrai jamais son écriture sans un vif plaisir, non seulement à cause d'elle, mais encore à cause de vous, et pour l'extrême soulagement qu'elle m'a apporté dans cette circonstance. Maintenant, que vos lettres arrivent quand il plaira à la poste, me voilà aguerri. Il n'y aura perte que de plaisir, et après les agitations dont je suis sorti, tout me paraît repos et bonheur...

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