‹ JoubertChapitre 35 sur 104 · La Bible est aux religions ce que l'Iliade est à la · texte numérisé non relu

La Bible est aux religions ce que l'Iliade est à la

poésie.

83. — Il y a dans l'Écriture beaucoup de choses qui, sans être d'une clarté parfaite, sont cependant toutes vraies. Il était nécessaire de nous entretenir, par l'obscurité, dans la crainte et dans le mérite de la foi. Il faut insister sur ce qui est clair, et glisser sur ce qui est obscur ; éclaircir ce qui est incertain par ce qui est manifeste ; ce qui est trouble par ce qui est serein ; ce qui est nébuleux par ce qui est lucide ; ce qui embarrasse et contrarie la raison par ce qui la contente. Les jansénistes ont fait tout le contraire : ils insistent sur ce qui est incertain, obscur, affligeant, et glissent sur le reste ; ils éclipsent les vérités lumineuses et consolantes par l'interposition des vérités opaques et terribles. Application : Multi vocati, voilà une vérité claire ; Vauci electi, voilà une vérité obscure. « Nous sommes enfants de colère », voilà une vérité sombre, nébuleuse, effrayante. « Nous sommes tous enfants de Dieu ; il est venu sauver les pécheurs, et non les justes ; il aime tous les hommes et veut les sauver tous ; » voilà des vérités où il y a de la clarté, de la douceur, de la sérénité, de la lumière. Rappelons et confirmons la règle : 1° il y a beaucoup d'oppositions et même d'apparentes contradictions dans l'Écriture et dans les doctrines de l'Église, dont cependant aucune n'est fausse ; 2° Dieu les y a mises ou permises, pour tenir, par l'embarras et l'incertitude, dans la crainte et le mérite de la foi. Il faut tempérer ce qui effraye la raison par ce qui la rassure, ce qui est austère par ce qui console. Les jansénistes troublent la sérénité et n'illuminent pas le trouble. On ne doit cependant pas les condamner pour ce qu'ils disent, car cela est vrai, mais pour ce qu'ils taisent, car cela est vrai aussi, et même plus vrai, c'est-àdire d'une vérité plus facile à saisir, et plus complète dans son cercle et dans tous ses points. La théologie, quand ils nous l'exposent, n'a que la moitié de son disque, et leur morale ne regarde Dieu que d'un œil.

84. — Les jansénistes ont trop d'horreur de la nature, qui est cependant l'œuvre de Dieu. Dieu avait mis en elle plus d'incorruptibilité qu'ils ne le supposent ; en sorte que l'infec tion absolue de la masse était impossible. Us ôtent au bienfait de la création, pour donner au bienfait de la rédemption, au Père pour donner au Fils.

85. — Il n'y a de beau que Dieu ; et, après Dieu, ce qu'il y a de plus beau, c'est l'âme ; et après l'âme, la pensée ; et après la pensée, la parole. Or donc, plus une âme est semblable à Dieu, plus une pensée est semblable à une âme, et plus une parole est semblable à une pensée plus tout cela est beau.

JOUBF.RI

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