DE LA VERITE, DE L ILLUSION ET DE L ERREUR
1 . — Nos moments de lumière sont des moments de bonheur ; quand il fait clair dans notre esprit, il y fait beau.
2. — Cherchons nos lumières dans nos sentiments. Il y a là une chaleur qui contient beaucoup de clarté.
3. — Ce qui est vrai à la lampe n'est pas toujours vrai au soleil.
4. — « La vérité, dit-on, est toujours utile à la société. » H serait donc toujours permis de publier ce que l'on croit la vérité? C'est ce que prétendaient les sophistes, et ce que prétendent encore quelques philosophes. Us font consister la vérité à ne rien dire qu'ils ne puissent prouver. Us l'aiment et la considèrent comme une prérogative, une dignité, une sorte d'affranchissement personnel. Persuadés que tous leurs sentiments sont la vertu même, et toutes leurs pensées la vérité, ils se croient magistrats nés, législateurs par nature, et, comme tels, non seulement autorisés, mais obligés à répandre leurs opinions. Oui, la vérité de Dieu est toujours utile à la société, parce qu'elle est toujours vérité ; mais la vérité de l'homme n'est souvent qu'erreur, parce que l'esprit de l'homme est faillible. Tout honnête homme, s'il a des opinions nouvelles, ne doit se permettre de publier que celles qui, éprouvées par l'avis des esprits
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bien faits, sont évidemment innocentes et évidemment utiles par elles-mêmes. L'utilité surtout peut fixer son indécision, car elle est un des caractères de la vérité ; elle en est le corps, comme la clarté en est l'ombre.
5. — Le soin de bien dire la vérité et d'apprivoiser l'attention est un devoir, une fonction du sage et une marque de sa bonté.
6. — Eclaircir une vérité, la rendre plus intelligible, la montrer sous un jour plus beau et qui attire l'attention, lui donner enfin un lustre nouveau, c'est là répandre la lumière.
7. — Une goutte de lumière vaut mieux à donner ou à recevoir qu'un océan d'obscurités.