Les métaphysiciens pratiques, ce sont les dévots
8. — Affirmons hardiment qu'il n'y a souvent que des 'expressions figurées qui soient propres à représenter et à faire
concevoir exactement l'état de Pâme, et ce .qui se passe en elle, c'est-à-dire la vérité. Hobbes a beau vouloir qu'on les bannisse de l'argumentation : il faut, ou nous interdire beaucoup d'explications, ou les y admettre. Non seulement notre entendement, mais aussi la nature des choses le demande. Quand l'âme, s'entretenant avec elle-même, se donne le spectacle de ses propres pensées, elle les revêt de figures et se parle par images. Ce langage est vraiment intime. Celui de l'esprit pur, que les malebranchistes ont tant recommandé, dépouille la pensée de sa pâte et de ses couleurs, pour n'en représenter que les plus secs linéaments. C'est l'art du névrologue ou du géomètre. L'âme ne se borne pas là : elle se peint tout et le peint ; l'esprit pur n'est qu'un de ses aides.
9. — On a beau dire, les métaphores ne sont pas moins nécessaires à la métaphysique que les abstractions. Ayez donc recours à l'abstraction, quand la métaphore vous manque, et à la métaphore, quand l'abstraction est en défaut. Saisissez l'évidence, et montrez-la comme vous pourrez : voilà tout l'art et toutes les règles.
10. — Combien de gens se font abstraits pour paraître profonds ! La plupart des termes abstraits sont des ombrés qui cachent des vides.
11. — Tous ces métaphysiciens prétendus n'apprennent rien qu'à ne rien croire en métaphysique ; et tout leur savoir à eux-mêmes se bornait là. 0 métaphysicaille !
12. — L'utilité la plus assurée du syllogisme est d'être une espèce d'escrime, de gymnastique qui délie l'esprit de ceux qu'on y exerce.
13. — Ce choix de mots qui, vous offrant d'abord des images dont vous conviendrez, vous engage insensiblement à en admettre d'autres dont vous ne seriez pas convenu, c'est un raisonnement caché. Il a la force et la puissance d'un raisonnement véritable, et n'en a pas la dureté, l'impérieux, le rebutant.
15G ." JOUBERT. — CIIAP. V
14. — H se fait clans l'esprit une perpétuelle circulation d'insensibles raisonnements.
15. ■ — La justesse de raisonnement a ses règles et sa physionomie. La justesse de conception n'en a pas ; mais elle est bien supérieure à l'autre.
16. — Dès qu'un raisonnement attaque l'instinct et la pratique universels, il peut être difficile à réfuter, mais à coup sûr il est trompeur. Quoiqu'on ne puisse pas parvenir à y répondre, il ne faut pas moins s'obstiner à y résister. L'homme sage s'en affranchit en gardant l'opinion commune.
17. — Examiner le principe par les conséquences est permis par la sainte logique et ordonné par la saine raison.
18. — Tout système est un artifice, une fabrique qui m'intéresse peu ; j'examine quelles richesses naturelles il contient, et ne prends garde qu'au trésor.
19. — Si les systèmes sont des toiles d'araignée, qu'au moins elles soient faites avec des fils de soie.