DE L EDUCATION
1 . — L'idée de l'ordre en toutes choses, c'est-à-dire de l'ordre littéraire, moral, politique et religieux, est la base de toute éducation.
2. — Les enfants n'obéissent aux parents que lorsqu'ils voient les parents obéir à la règle. L'ordre et la règle, une fois établis et reconnus, sont la plus forte des puissances.
3. — Les enfants ont plus besoin de modèles que de critiques.
4. — On peut appliquer à l'enfance ce que M. de Bonald dit qu'il faut faire pour le peuple : peu pour ses plaisirs ; assez pour ses besoins ; et tout pour ses vertus.
5. — L'éducation doit être tendre et sévère, et non pas froide et molle.
6. — Les enfants doivent avoir pour amis leurs camarades, et non pas leurs pères et leurs maîtres. Ceux-ci ne doivent être que leurs guides.
7. — La crainte fixe l'amour, au moins dans les enfants. 11 y a, dans le premier de ces sentiments, quelque chose d'austère qui empêche l'autre de s'évaporer.
8. — Quand on applique la sévérité où il ne faut pas, on ne sait plus l'appliquer où il faut.
9. — Souvenons-nous-en bien, l'éducation ne consiste pas seulement à orner la mémoire et à éclairer l'entendement ; elle doit surtout s'occuper à diriger la volonté.
10. — L'éducation se compose de ce qu'il faut dire et de ce qu'il faut taire, de silences et d'instructions. H y a partout des verenda, nefanda, silenda, tacenda, alto prenienda.
11. — Conservons un peu d'ignorance, pour conserver un peu de modestie et de déférence à autrui : sans ignorance, point d'amabilité. Quelque ignorance doit entrer nécessairement dans le système d'une excellente éducation.
12. — Rien de trop terrestre et de trop matériel ne doit occuper les jeunes filles. Il ne faut entre leurs mains que des matières légères. Comme la nature les dégage, en quelque sorte, de la terre et les forme élancées pour les faire belles, il faut que l'éducation fasse pour leur âme ce que la nature a fait pour leur corps. Tout ce qui exerce pleinement le tact, principalement sur les choses qui ont de la vie, est peu convenable à leur pureté et la détruirait. Elles le sentent si bien par instinct qu'elle regardent beaucoup et touchent peu; elles ne touchent même les choses les plus délicates que de l'extrémité de leurs doigts. Elles ressemblent à l'imagination et ne doivent qu'effleurer comme elle. Ce qu'il y a de moins virginal entre nos sens, en effet, c'est le tact. Aussi remarquez qu'une fille ne touche rien comme une femme, ni une femme chaste en son âme comme celle qui ne l'est pas.