Le beau ! c'est la beauté vue avec les yeux de l'âme
2. — L'intelligence doit produire des effets semblables à elle, c'est-à-dire des sentiments et des idées, et les arts doivent prétendre aux effets de l'intelligence. Artiste, si tu ne causes que des sensations, que fais-tu avec ton art, qu'une prostituée avec son métier et le bourreau avec le sien ne puissent faire aussi bien que toi? S'il n'y a que du corps dans ton œuvre, et qu'elle ne parle qu'aux sens, tu n'es qu'un ouvrier sans âme et n'as d'habile que les mains.
3. — Il faut bannir des arts tout ce qui est rigoureusement appréciable et pourrait être aisément contrefait ; on ne veut pas y voir trop clairement d'où viennent les impressions. La naïade y doit cacher son urne ; le Nil y doit cacher ses sources.
4. — Un ouvrage de l'art doit être un être, et non une chose arbitraire. Il doit avoir ses proportions, son caractère et sa nature ; un commencement, un milieu, des accessoires et une fin. Il faut qu'on y distingue un tronc, des membres, une statue, une personnalité enfin.
5. — La grâce est le vêtement naturel de la beauté; la force sans grâce, dans les arts, est comme un écorché.
78 === JOUBERÏ. — CHAP. V
6. — Il est une espèce d'hommes que l'amour des arts possède tellement, qu'ils ne regardent plus l'art comme une chose qui est faite pour le monde, mais le monde, les mœurs, les hommes et la société, comme des choses qui sont faites pour l'art. Subordonnant tout, même la morale, à la statuaire, ils regrettent la nudité, la gymnastique, les athlètes, par dévouement aux sculpteurs. C'est qu'ils aiment les arts plus que les mœurs, et les statues plus que leurs propres enfants.
7. — Un crucifiement devrait à la fois représenter la mort d'un homme et la vie d'un Dieu. Le peintre, en y offrant aux yeux un corps destiné à la sépulture, devrait cependant y faire entrevoir le principe et le germe d'une résurrection surnaturelle et prochaine. S'il choisit pour sujet de son tableau le moment des douleurs du supplice, il faut qu'il peigne dans la victime un Dieu qui éprouve comment l'homme souffre. L'impression de la divinité et de la béatitude doit se mêler à tous les caractères de la souffrance et de la mort.
8. — L'esprit humain doit à la religion ce qu'il y a de plus élémentaire et -de plus pur dans les expressions de la nature morale, je veux dire le sentiment de la maternité unie à la virginité : idée inconnue à l'art ancien, qui n'en a point traité où fussent exigées autant de délicatesse et de retenue; idée où l'art moderne, épuisant toutes les beautés, sous les pinceaux de Raphaël, a peut-être surpassé toutes les merveilles précédentes.
9. — La danse doit donner l'idée d'une légèreté et d'une souplesse, pour ainsi dire, incorporelles. Les beaux-arts ont pour mérite unique, et tous doivent avoir pour but, de faire imaginer des âmes par le moyen des corps.
10. — La musique, dans les dangers, élève plus haut les pensées.