‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 39 sur 112 · Le ciel est pour ceux qui y pensent · texte numérisé non relu

Le ciel est pour ceux qui y pensent

18. — La piété est une sagesse sublime, qui surpasse toutes les autres, une espèce de génie, qui donne des ailes à l'esprit. Nul n'est sage s'il n'est pieux.

19 — La piété est une espèce de pudeur. Elle nous fait baisser la pensée, comme la pudeur nous fait baisser les yeux, devant tout ce qui est défendu.

^'pensées, maximes et essais = lOo

20. — La piété est au cœur ce que la poésie est à limagination, ce qu'une belle métaphysique est à l'esprit ; elle exerce toute retendue de notre sensibilité. C'est un sentiment par lequel l'âme reçoit une telle modification, qu'elle a par lui sa rondeur absolue et toute la perfection dont sa natm'e est susceptible.

21. — La piété est le seul moyen d'échapper à la sécheresse que le travail de la réflexion porte inévitablement dans les sources de nos sensibilités.

22. — Il faut aux femmes une piété plutôt tendre que raisonnée, et aux hommes une grave plutôt que tendre piété.

23. — ^ La charité est une espèce de piété. Les dégoiits se taisent tellement devant elle, qu'on peut dire que, pour les pieuXj toutes les afflictions ont de Fattrait.

24 — La religion fait au pau\Te même un devoir d'être libéral, noble, généreux, magnifique par la charité.

25. — Dieu n'a pas seulement nus dans l'homme l'amour de soi, mais aussi Faniom" des autres. Le pourquoi de la plupart de nos quahtés, c'est Cju'on est bon, c'est qu'on est homme, c'est qu'on est rou\Tage de Dieu.

26. — Aimer Dieu et se faire aimer de lui, aimer nos semblables et nous faire aimer d'eux : voilà la morale et la rehgion ; dans l'une et dans l'autre, l'amoui' est tout : fin, principe et moyen.

27. — Il faut rendi'e les hommes insatiables de Dieu; c'est une faim dont ils seront malheureusement assez distraits par les pa.><sions et les affaires.

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