‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 44 sur 112 · H2 == JOUBERT. — CHAP. V · texte numérisé non relu

H2 == JOUBERT. — CHAP. V

lions. La modestie sied bien à la dignité ; elle sied à la majostr même. 11 faut porter la défiance de soi jusque dans rex[)ositioii des vérités les plus sacrées et les plus indubitables,

82. — La Bible est aux relioions ce que l'Iliade est à b' poésie.

83. — - n y a dans l'Ecriture beaucoup de, choses qui, sans être d'une clarté parfaite, sont cependant toutes vi'aies. 11 était nécessaire de nous entretenir, par l'obscurité, dans la crainte et dans le mérite de la foi. Il faut insister sur ce qui est clair, et glisser sur ce qui est obscur ; éclaircir ce qui est incertain par ce qui est manifeste ; ce qui est trouble pai" ce qui est serein ; ce qui est nébuleux par ce qui est lucide ; ce qui embai*rasse et contrarie la raison par ce qui la contente. Les jansénistes ont fait tout le contraire : ils insistent sur ce qui est incertain, obscur, affligeant, et glissent sur le reste ; ils éclipsent les vérités lumineuses et consolantes par l'interposition des vérités opaques et terribles. Application : MuJti vocdi, voilà une vérité claire ; Pauci eledi, voilà une vérité obscure. « Nous sommes enfants de colère », voilà une vérité sombre, nébuleuse, effrayante, « Nous sommes tous enfants de Dieu ; il est venu sauver les pécheurs, et non les justes ; il aime tous les hommes et veut les sauver tous ; » voilà des vérités où il y a de la clarté, de la douceur, de la sérénité, de la lumière. Rappelons et confii'mons la règle : 1° il y a beaucoup d'oppositions et même d'apparentes contradictions ■ dans l'Écriture et dans les doctrines de l'Église, dont cependant aucune n'est fausse ; 2° Dieu les y a mises ou p?rniises, pour tenir, par l'embarras et l'incertitude, dans la crainte et le mérite de la foi. Il faut tempérer ce qui effraye la raison par ce qui la rassure, ce qui est austère par ce qui console. Les jansénistes troublent la sérénité et n'illuminent pas le trouble. On ne doit cependant pas les condanmer pour ce qu'ils disent, car cela est vrai, mais pour ce qu'ils taisent, car cela est vraà aussi, et même plus vrai, c'est-àdire d'une vérité plus facile à saisir, et plus complète dans son cercle et dans tous ses points. La théologie, quand ils nous l'exposent, n'a que la moitié de son disque, et leur morale ne regarde Dieu que d'un œil.

84. - — Les jansénistes ont trop d'horrenr de la nature, qui est cependant rœu\Te de Dieu. Dieu avait mis en elle plus d'incorruptibilité qu'ils ne le supposent ; en sorte que Tinfec tion absolue de la masse était impossible. Ils ôtent au bienfait de la création, pour donner au bienfait de la rédemption, au Père pour dortner au Fils.

85. — H n'y a de beau que Dieu : et, après Dieu, ce qu'il y a de plus beau, c'est l'âme ; et après l'âme, la pensée ; et après la pensée, la parole. Or donc, plus une âme est semblable à Dieu, plus une peiLsée est semblable à une âme, et plus une parole est semblable à une pensée plus tout cela est beau.

JOLBERI

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