‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 72 sur 112 · ARTICLE VIII · texte numérisé non relu

ARTICLE VIII

DE LA SAGESSE, DE LA VERTU, DE LA ilORALE, DE LA RÈGLE ET DU DEVOIR

1. — La sagesse est une science par laquelle nous discernons les choses qui sont bonnes à Fânie, et celles qui ne le sont pas. Elle est la science des sciences, car elle en connaît seule la valeur, le juste prix, le véritable usage, les dangers et les utilités.

2. — La sagesse est le repos dans la lumière. Heureux sont les esprits assez élevés pour se jouer dans ses rayons !

3. — Le bon sens s'accommode au monde ; la sagesse tâche d'être conforme au ciel. ♦

4. — n ne faut jamais regretter le temps qui a été nécessaire pour bien faire.

5. — La vertu est la santé de l'âme. EUe fait trouver de la saveur aux moindres feuilles de la vie.

6. — Sa vertu propre et le bonheur d'autrui, voilà la double fin de rhomme sur la terre. Son bonheur, en effet, est sa destination suprême ; mais ce n'est pas ce qu'il doit chercher ; c'est seulement ce quïl peut attendre et obtenir, s'il en est digne.

7. — La nécessité peut rendre innocente une action douteuse ; mais elle ne saurait la rendre louable.

144 == JOUBEllT. — CIIAP. V

8. — On aime plus les qualités ; on estime devantage les vertus.

9. ■ — Peut-être, pour les succès du monde, faut-il des vertus qui fassent aimer, et des défauts qui fassent craindre.

10. — Les gens de bien de toute espèce sont faciles à tromper parce qu'aimant le bien passionnément, ils croient facilement tout ce qui leur en donne l'espérance.

11. — • La vertu sans récompenses ne se plaint pas, ne s'indigne pas, ne s'agite pas ; l'injustice ne produit en elle aucun ressentiment, mais seulement une douce mélancolie.

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