‹ JoujouxChapitre 109 sur 111 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Oui.

(Un silence.) MAURICE

Mais dites à présent, serez-vous impitoyable ? M'en irai-je comme le mendiant qu'on rejette au chemin sans même l'aumône antique?... Joujou, j'ai si longtemps convoité vos lèvres et le gîte de vos bras... ayez pitié d'un pauvre amoureux.

Maurice !

MAURICE

Les bons livres enseignent qu'il faut se cacher pour faire la charité. Mon amour, vous attendrez que la nuit soit venue.

Mais que dites- vous?

MAURICE

Je dis qu'une fatalité bien heureuse nous dispense ces heures secrètes et libres ! Je dis qu'il serait impie de les consacrer à l'avenir maussade ou au passé douloureux ! Puisque demain il faut reprendre le collier de misère, aujourd'hui aimons-nous un peu, nous l'avons bien gagné.

Vous êtes fou ! Avez-vous oublié mes confidences, mes projets? Hubert attend ma réponse; si j'étais assez lâche pour vous écouter, je me figure son désespoir.

MAURICE

Fa mon désespoir à moi !

Il souffrirait tant !

MAURICE

J'ai tant souffert !

Songez à votre amitié.

MAURICE

Je ne songe qu'à mon amour !

Ou plutôt à votre plaisir... C'est bien d'un homme ce que vous me demandez-là. Vous achèveriez sans remords de briser ma vie pour quelques heures de ■plaisir I

MAURICE

Pour quelques heures de passion !

Page 1