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ET LEUR CULTURE

Par O. WARBURG-, Professeur à l'Université de Berlin, Directeur du Tropejipjlan^er

Traduction annotée et mise à jour par J. VILiBOUCHEVITGH In-8^ — 3oo pages, 26 figures. Prix broché : 9 francs

Les abonnés du « Journal d'Agriculture Tropicale » sont priés d'adresser leurs commandes à M. Vilbouchevitch, 10, rue Delambre, accompagnées de mandats de 9 francs, plus le port. Le livre pesa 700 grammes. L'envoi recommandé coûte o fr. 25 en plus.

Troisième Année.

No 25-

3i Juillet igoS

Le Vanillier à Nossi-Bé

Haute qualité — Culture au soleil et à l'ombre. — La vanillerie 'd'Androdoat. — Abris et tuteurs. Inconvénients du bananier. — Racines adventices. — Reconstitution. — Vanilliers en liberté. Stérilité : causes et remèdes, — L'etiet nocif du manguier. — La vanille de saison sèche.

Par M. Paul des Grottes

Nossi-Bé est appelé à devenir un des cen- pendant la sécheresse, c'est-à-dire au moires les plus importants de production de la ment précis où la liane a le plus besoin d'avanille, non au point de vue de la quantité — bri, conçurent l'idée de la plantation au socar rîleest relativement petite et les terrains leil.

appropriés à la culture de la liane y sont J'ai visité une de ces plantations à Andro-

cncore assez clairsemés — mais, au point de doat, chez M. Mersanne ; il y a là une belle

vue de la qualité des produits. vanillerie en plein soleil, et, j'avoue que le

Quelque temps avant mon départ de Paris succès est absolu, car les lianes sont pleines

pour Nossi-Bé, je me fis un devoir d'aller de vigueur, quoique jaunies par le soleil, ce

faire visite à MM. Simon, les grands négo- qui est tout naturel et ne tire pas à consé-

ciants en vanilîe, que tout le monde connaît. quence.

M. Simon me fil les plus grands éloges de ^^-^^ -^ ^^ faudrait pas partir de cette

la vanille de Nossi-Bé et me déclara, qu'à son avis, cette vanille était appelée, dans un avenir très prochain, à occuper, sur le marché mondial, le même rang que celle de Bourbon, que M. Simon classe immédiatement après la vanille du Mexique qui est le prototype de vanille incontesté du monde entier. Mais, pour cela, il y a encore, paraîtil, quelques petits détails qui clochent dans la préparation et surtout dans l'emballage des gousses, que nos amis d'ici, avec un peu plus de soins et de souci de leurs intérêts, arriveront tôt ou tard à rectifier.

A Nossi-Bé, la culture de la vanille se fait gértcralement sous bois. On se sert, comme abri, de VAlbi:(iia Lebbek et, comme tuteur, du Pignon d'Inde.

Cependant, quelques planteurs ayant observé, d'une manière constante, que les

expérience isolée pour conclure à l'universalité de la pratique de cette méthode.

En matière de culture de vanille, il ne saurait y avoir de méthode absolue. Tout dépend de la situation actuelle et les méthodes varient d'un pays à un autre et même d'un terrain à un autre. Aussi, n'est-il pas rare de voir les planteurs les plus expérimentés se tromper d'une manière absolue sur la nature de terrains qu'ils croyaient parfaitement appropriés à la culture de la vanille, de même qued'autres réussir sur des terrains que les praticiens avaient désavoués.

Il faut donc faire la plus large part à la pratique qui est encore, en définitive, le guide le plus sûr.

Pour en revenir à mon sujet, la culture de la vanille, en plein soleil est sujette à des

gousses produites à la lisière des bois, sur conditions .yzne qua non :

des lianes exposées au soleil, étaient plus II faut d'abord que le terrain soit parfai-

longaes, plus corsées et plusparfuméesaprès tement approprié à ce mode de culture,

la préparation, ayant remarqué en outre que qu'ensuite, lesboutures àplanter ne provien-

le « bois noir » ainsi que le pignon d'Inde nent point de lianes 'poussant trop à l'om-

déposc uillaienientièremcnt de leurs feuilles bre, ce qui exposerait à un échec certain,

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qu'en troisième lieu, enfin, le paillage soit nutritifs dont se nourrit aussi le vanillier,

abondant. tels la potasse et la chaux, ce qui établit une

On sait déjà les précautions que prennent concurrence dangereuse pour la liane. D'a-

les planteurs pour ne mettre aux pieds des près la lettre de M. A. Coi turikr, directeur

lianes que de ia paille parfaitement sèche. du bureau d'Etude sur les Engrais, paru

M. Mi'.RSANNr: recommande en outre quel- dans ce Journal, au n° i 3, .on trouve dans les

ques petites pratiques dues à son observation cendres des tiges de bananiers, 55 % de

personnelle;ainsi, il conseille de planter les potasse, soit plus de la moitié, et dans les

boutures non aux pieds mêmes, maisà quel- cendres des cosses de bananiers, 73 % , soit

que distance de leurs tuteurs (3o à 40 cm.), les 3/4.

de manière à les y rattacher, en leur faisant Le mieux serait, à mon avis, d'établir la

faire hamac ; il préconise aussi, de ne jamais bananeraiesur un terrain séparé et d'utiliser

enrouler les lianes sur leurs tuteurs, de ses déchets à former des compots ou des

telle sorte que le revers des feuilles soit cendres pour fumer la vanillerie.

tourné vers le ciel. J'ai dit plus haut que je ne suis pas parti-

II est remarquable, en effet, que le vanil- san de principes absolus pour la culture de

lier présente toujours le dessus de ses feuilles la vanille, aussi, n'éprouvai-je aucune diffi-

au soleil. culte à admettre, cependant, que dans un

Quand, en enroulant la liane sur son tu- cas de force majeure, on puisse se servir du

teur, il arrive que l'envers des feuilles soit bananier comme abri provisoire, jusqu'à ce

présenté au soleil, celles-ci se retournent qu'aient poussé les arbres destinés à cet

d'elles-mêmes petit à petit et finissent par usage,

reprendre leur position naturelle. Le bananier offre, en effet, l'avantage

A l'une des dernières réunions du Comice exceptionnel de pousser très vite, de pouagricole de Nossi-Bé, on discuta la question voir être entièrement élagué à la saison des des arbres abris pour savoir quel est le meil- grandes pluies pour aider à l'évaporaiion du leur. sol et d'avoir le temps de se regarnir ensuite

Quelques membres proposèrent le bana- de toutes ses feuilles pour ombrager la terre

nier. quand arrive la sécheresse. J'avoue encore

J'eus l'occasion d'émettre mon humble avoir vu de très belles lianes abritées par des

avis, qui est que le bananier est la pire des bananiers, mais, en principe, je déconseille

plantes à préconiser comme abri pour la formellement cet abri comme définitif,

vanille, car il offre trois inconvénients d'or- Au Comice agricole de Nossi-Bé, on pro-

dre majeur: posa encore comme arbre-abri, le MoiHnga

D'abord, c'est une plante très peu solide ^fer^^^o^^/^erma, qui offre l'avantage de pousen terre et qui se déracine au moindre vent, ser très vite, par graine ou par bouture, et de en écrasant les lianes sous sa chute. A Bour- tamiser les rayons du soleil et le papayer bon, comme aux Antilles, on connaît le (Carica Papaya). Pour ma part, je me défie « coup de vent banane » ; C'est un vent qui singulièrement de cette dernière plante, à n'est pas assez fort pour déraciner les arbres, voir la prédilection marquée qu'elletémoigne mais qui renverse les bananiers. En second aux vieux murs et débris de construction de lieu,lebananier attiredansla vanillerielesvo- toutes sortes, où elle pousse toujours avecleurs qui ne se font aucun scrupule de venir une superbe végétation, ce qui semblerait enlever les régimes avant le propriétaire, et, dénoter chez elle l'usage de la chaux comme comme il faut abattre l'arbre pour prendre engrais.

son régime(le bananier ne porte qu'une fois). J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les discus-

Yous jugez s'ils prennent des précautions sions de MM. Léon Tocichais et d'Hérelle,

pour éviter d'écraser les lianes qui l'entou- parues dans ce Journal, aux no^ 8 et 12, au

rent. Le bananier, en troisième lieu, puise sujet des tuteurs de la vanille. Ces Messieurs,,

dans le sol, et à un haut degré, des éléments ont dit, chacun, de très bonnes choses à ce

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sujet, mais sans faire avancer d'un pas la question.

Je me permets de dire après euxqu'on doit simplement s'attacher au tuteur qui convient dans le cas particulier où l'on se trouve, sans vouloir établir de règle fixe, que ce

long de son tuteur, pour la planter de nouveau ; c'est la méthode la plus généralement en usage à Nossi-Bé.

La troisième, enfin, qui me semble, a priori, la plus rationnelle, consiste à laisser la liane se débrouiller d'elle-même, en queJ-

soit espalier, fougère ou pignon d'Inde, que sorte, parle moyen de ses racines adven-

selon queles circonstances localesen auront tices.

établi la raison. Cette méthode ne trouve pas beaucoup de

A Nossi-Bé, le Pignon dTnde, comme partisansà Nossi-Bé. Les racinesadventices, tuteur et VAlbi:{'{iaLebbek, comme abri, ont en effet, sont très sujettes aux coups de soles suffrages de tous les planteurs. leil et une liane qui ne vivrait que par elles

Mais, M. Touchais me permettra de ne serait bien exposée à finir par là.

point partager son opinion quand il dit formellement dans son même article : « Le vanillier qui émet des racines adventices est malade ». Car j'ai vu des racines adventices tant sur les lianes les plus vigoureuses et parfaitement saines que sur les malades. Pour bien comprendre ce phénomène, il

Il y a cependant des exceptions à cette observation, car, chez tel grand propriétaire dont j'ai visité la vanillerie, j'ai été bien curieux de constater une très forte proportion de lianes coupées qui, toutes, malgré cela, étaient de fort belle venue.

Ces lianes avaient des cœurs vigoureux et

ne faut pas perdre de vue que la vanille est fo^ts, ce qui est rare en pareil cas, et produisaient abondamment. J'ai pu compter, moimême, sur l'une d'elles, cinq mains portant ensemble trente-cinq gousses de 18 à 20 cm. de longueur. On ne saurait souhaiter davantage. Il est vrai que cette vanillerie bien abritée n'avait pas à craindre les coups de soleil.

Puisque nous sommes sur le chapitre des particularités de culture, je veux vous mentionner encore le mode de cet autre grand propriétaire qui, partant de ce principe que la vanille demande à être touchée le moins possible pendant sa croissance, abandonne ses lianes au gré de leurs caprices et lesiaisse grimper jusqu'au faite des arbres en ayant soin de les relever quand elles sont à terre (on a remarqué que les lianes qui touchen au sol nu sont sujettes aux coups de soleil

Seulement un mois avant l'époque de la floraison, et pour faciliter la fécondation des fleurs, il fait passer son atelier dans la vanillerie, et chaque homme, au moyen d'un long bâton terminé par une fourche, détache.

une Orchidée, c'est-à-dire une plante dont la vie, en principe, est aérienne et chez qui, à rencontre des autres plantes qui croissent en raison directe du développement de leurs racines, les rameaux poussent d'abord et les racines viennent ensuite. Aussi, quand la liane pousse avec trop de vigueur et que les racines de pied sont impuissantes à lui fournir son contingent de sève, envoie-t-elle ses racines adventices puiser dans le sol le complément de nourriture dont elle a besoin. De même, quand la liane est « coupée », c'est-à-dire qu'elle a pourri au ras du sol, ce qui arrive généralement par excès d'humidité, elle envoie encore ses racines adventices puiser dans la terre la nourriture que lui refusent ses racines de pied.

On le voit, les racines adventices jouent, dans l'économie du vanillier, le rôle de compensateurs en ce sens qu'elles régularisent la circulation de la sève dans la liane.

On remédie à la coupure de la liane de trois manières :

La première, préconisée par M. Touchais,

, . , ^ sans troD de précautions, la liane du tronc

est le provignage ou marcottage; c est une ^'^''^ uup uc pi^^auLiw ,

II . " .• le lona duquel elle a grimpé, pour la rameexcellente pratique. ^^ '"-"'p «^^4^^, 5 j. , ^ ^ ^

T . • • II 1 . ner et l'enrouler sur son tuteur primitif.

La seconde consiste, si elle n est pas encore iici ci 1 cmuuiL.i ou f

« canelée », c'est-à-dire flétrie, à ramener la Voilà qui va faire bondir les amateurs de

liane vers la terre, en la faisant descendre le théorie; mais ce mode de culture réussit à

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 25 — Juillet 1903

souhait dans le cas particulier où se trouve neste aux vanilliers. Mais l'ombre, et non la

ce propriétaire, et cela lui suffit. sève, comme certains le croient; car, autant

A la même réunion du Comice agricole, la liane pousse vigoureusement sur des

on voulut aussi établir une moyenne de manguiers isolés et bien élagués, autant elle

lianes ne rapportant pas et je fus étonné est chétive et maladive sous l'ombrage épais

d'entendre les praticiens de ce Comice en de cette Anacardiacée plantée en forêt, porter le chiffre au taux énorme de 75 % . Enfin, quand la sécheresse s'accentue et se

Il y aurait donc, à Nossi-Bé, au dire de prolonge d'une façon anormale, la fructifi-

ces Messieurs du Comice, 75 % des lianes cation est chétive et les gousses sont courtes,

qui ne fructifieraient pas. J'ignore si cette mais, aussi, le parfum en est plus fin et plus

moyenne est aussi forte dans les autres pays développé, après la préparation, producteurs. Puisse le commerce renoncer enfin à sa

Cette catégorie est formée, en général, de vieille et inexplicable routine qui le fait

lianes épuisées par excès de fructification à s'attacher avant tout aux formes extérieures

la récolte précédente, aussi de lianes ma- et à la manière de se présenter des gousses,

lades, de nouvellement provignées ou replan- au lieu de rechercher d'abord leur richesse

tées, et d'autres trop vieilles. en vanilline.

On considère encore, à Nossi-Bé, et avec Paul des Grottes.

raison, l'ombre des manguiers comme fu- Nossi-Bé, i5 avril igoS.

La culture de l'Hevea en Malaisie

Extension. — Procédés d'exploitation. — Rendement en caoutchouc. — Prix. — Frais.

Par M. P. H. Ledeboer

Nous sommes très hieureux d'enregistrer celle nouvelle collaboration. M. Ledeboer est arrivé à la pratique par la science: Docteur ès-sciences et ancien préparateur de la Faculté de Paris, il a été le premier à extraire industriellement par la voie mécanique la gutta-percha des feuilles (i) et était encore dernièrement à la tête d'une vaste usine montée ad hoc dans la région de Singapore. Il a dirigé précédemment d'autres usines, plus petites, dans l'archipel de la Sonde. M. le consul deJouFFROY d'Abbans nous a entretenu longuement de cette affaire, dans l'une de ces conférences publiques du jeudi qui font l'attrait du Jardin Colonial de Nogent-sur-Marne : Tout irait bien si l'on disposait des quantités voulues de feuilles. Nous nous proposons de reproduire, un jour prochain, le chapitre en question ; JVl. Ledeboer voudra alors peut-être, le compléter avec l'autorité toute particulière qui lui revient dans la circonstance.

La note que l'on va lire prouve que le souci de son usine de gutta-percha ne l'empêche pas de suivre attentivement les autres intérêts agricoles et industriels du pays.

Parmi ceux-ci, la culture du caoutchouc est en passe de prendre la première place; l'excellent

(i) V. notre article sur cette question, dans le n» 6 du « J. d'A. T. » — N. DE LA R.

« Agricultural Bulletin « de Singapore ne s'occupe, pour ainsi dire, plus d'autre chose. Nous avons donné, pour notre part, dans de précédents n"^ du « J. d'A. T. », de nombreux détails sur l'Hevea et les autres caoutchoutiers dans la Presqu'île de Malacca, d'après Curtis et Schlechter; nous y renvoyons les lecteurs que l'article de M. Ledeboer inciterait à rechercher une documentation complète ; ils y trouveront, entre autres, des indications sur les cultures intercalaires destinées à compenser, dans la mesure du possible, les frais d'entretien des Heveas jusqu'à leur maturité économique. — N. de la R.

L'arbre à caoutchouc du Brésil [Hevea hrasiliensis^ produisant le caoutchouc de première qualité, le Para-rubber) a été introduit à Ceylan et à Singapore en 1876. Les arbres provenaient d'un envoi de 70.000 graines, récoltées dans les siringals de Rio- Sapajos, expédiées au Jardin Botanique de Kew (près Londres) et de là à Ceylan et en Malaisie. Environ 2.000 arbustes ont pu être plantés à Ceylan et plusieurs centaines à Singapore et à Penang. Ces graines avaient

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été récoltées sur les plateaux entre les rivières Tapajos et Madeira, à la latitude sud de 3". Les Heveas y atteignent une circonférence de 10 à i2 pieds. Contrairement à ce que l'on a souvent prétendu, ces arbres y poussent dans des terrains plutôt secs.

Les Heveas plantés en Malaisie y prospèrent d'une manière extraordinaire ; au bout de 4 ans ils ont une circonférence de 2 1/2 pieds ; dans telle plantation que je connais, faite dansun terrain sablonneux, la moyenne est de 2 pieds. Au bout de 10 ans, les arbres atteignent une hauteur de 65 à yS pieds, avec une circonférence de4 '/g à 5 V2 pieds.

Il est curieux de constater qu'au début, ces arbres ont attiré très peu l'attention des planteurs, soit qu'à l'époque la culture du café donnait des bénéfices considérables, soit qu'on croyait que les arbres ne produiraient que peu de latex. Il paraît que pour soigner les arbres on avait fait venir des Dajaks, qui ont l'habitude de récolter la gutta-percha dans les forêts de Bornéo. Ces Dajaks ayant traité les Heveas, qu'ils ne connaissaient pas, comme ils traitent les arbres à gutta, ont prétendu que dans les Heveas il n'y avait pas de lait. On sait, en effet, que si l'on incise un Hevea pour la première fois, on n'obtient souvent que très peu de latex; ordinairementce n'estqu'après des incisions répétées plusieurs jours de suite que le latex commence à bien couler (i). Il se peut aussi que la culture des autres arbres à caoutchouc, comme le Ficus elastica (qui est indi-

Une visite au Jardin Botanique de Singapore donne de suite l'impression que les Heveas y prospèrent d'une manière remarquable : On y trouve quelques arbres isolés, puis une petite plantation d'environ 1.400 Heveas, plantés malheureusement trop près les uns des autres, puisque toute la plantation n'occupe pas beaucoup plus d'un hectare et demi.

La question qui occupe le plus le planteur c'est de savoir combien les arbres peuvent produire de caoutchouc par an et quelle est la valeur de ce caoutchouc. On possède à cet égard des données positives par un récent rapport de Mr. Stanley Arden, « Superintendant des Cultures d'essai des Etats Fédérés Malais », adressé le 27 septembre 1902, au Résident Général de ces Etats.

A Singapore, les expériences conduites au Jardin Botanique sous la direction de M. H. N. RiDLEY, directeur de ce Jardin et par M. A. D. Machado, son assistant, sont publiques et tous les visiteurs ont pu y voir recueillir le caoutchouc à l'état de latex, et la coagulation de ce latex à l'aide d'un peu d'acide acétique (i). Les galettes ainsi obtenues sont comprimées sous une presse, pour extrairereau,et ultérieurement fumées, pour assurer leur conservation.

La coagulation exige à peu près une heure. L'addition de l'acide acétiquen'estpas indispensable, mais alors la coagulation se fait plus lentement.

Au lieu de faire des incisions en forme

gène de la Malaisie et dont la plus ancienne d'arête de poisson, ou même en forme de

plantation remonte à i856) ou le Manihot Gla-{iovii du Ceara, etc., n'ayant pas donné de bons résultats (2), on n'a pas attaché une importance suffisante à la culture des Heveas.

Devant les résultats positifs obtenus, cette indifférence a changé: plus de i.5oo.ooo

V. on s'est arrêté à de simples incisions en biais à l'aide d'un ciseau de menuisier, et on recueille le latex dans de petits godets en fer blanc qu'on fixe au-dessous de l'incision par une petite entaille dans l'écorce de l'arbre, évitant ainsi l'usage de clous ou de fils de fer : de cette façon tout le latex coule dans

Heveas ont été plantés dans la Péninsule le godet sans produire des quantités appré- Malaise, occupantune superficie totale d'en- ciables de déchets (2).

viron 5.000 hectares.

(i) Le phénomène de 1' a accoutumance » a été fréquemment exposé dans les n°' précédents du « J. d'A. T. « — N. D. L. R.

(2) Plusieurs Ficus elastica ont donné, depuis, d'excellents résultats, dans cette même région de Malacca. — N. d. l. R.

(i) M. BoNNECHAux, dc passage à Singapore, vient de prouver à la direction du Jardin Botanique la supériorité du procédé de saignée brésilien, au moyen de la hachette (v. « Agricultural Bulletin of the Straits-Settlements »). — N. d. l. R.

(2) C'est l'agent préconisé par Parkin (v. Warburg, Annotations de Vilbouchevitch). — N. d. l. R.

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- Voici, d'après M. Arden, la production moyenne des Heveas plantés en Malaisie, évaluée en livres anglaises de 450 grammes: A 5 ans, \/i livre; à 6 ans, ^j^', à 7 ans, ^/g; à 8 ans, i Ib. à 9 ans, i ^l^', à 10 ans, 2 Ibs. à 1 1 ou I 2 ans, 2 Vo- Un arbre exceptionnel, de 1 1 ans, a même fourni 5 livres 6 onces (près de 2 k. 5oogr.) de caoutchouc sec (i). Quant à la valeur de ce caoutchouc, M. Arden ayant demandé une évaluation officielle et ayant envoyé des échantillons à cet effet, il lui a été répondu que ces échantillons avaient été évalués par MM. Hecht, Levis & Kahn, 36 Fenchurch Street, London E. C. (2)

(i) La définition « sec » manque de précision; il serait utile d'indiquer chaque fois la teneur en eau, en chiffres précis (v. Cibot). — N. d. l. R.

(2) La maison anglaise de nos collaborateurs, MM. Hecht frères & Cie. — N. d. l. R.

au 19 décembre 1902, date où la valeur du « Prima Para Rubber » était de 3 sh. 6 d. par livre, au prix de 4 sh. 4 d. pour le caoutchouc coagulé sans l'intervention d'aucun acide ; ce qui fait i i fr. 00 le kilogr. Nous avons vu nous même un lot de caoutchouc pour lequel on a payé à L;ondres 4 sh. 2 d. par livre ; ce n'était pas une estimation, mais une vente réelle.

M. Ardev évalue à So.oo'o fr. les frais d'établissement en Malaisied'une plantation de 5o.ooo Heveas occupant une superficie de 200 hectares, terrain et tout compris. Il compte une dépense additionnelle de 80.000 francs pour entretien de la plantation jusqu'à la tin de la 5*" année, époque à laquelle elle commence à rapporter du caoutchouc.

P. H. Ledeboer.

Singapore, 10 mai 1903.

Une nouvelle importation du Tonkin : La fleur de Thé

Par M. H. Neuville

Les personnes qui sont au courant des coûtâmes indo-chinoises, savent que les Annamites emploient couramment la fleur de thé, au même titre que la feuille. Ils en préparent une infusion très douce, d'un arôme agréable, bien qu'assez peu développé, et qui est surtout remarquable par l'absence des propriétés agitantes qui restreignent parfois l'emploi de l'infusion de feuilles de thé.

Les visiteurs de l'Exposition de 1900 se souviennent, du reste, que cette infusion de fleurs de thé était préparée et servie à la mode indigène par les Annamites du village indo-chinois, et beaucoup d'entre eux ont pu constater ainsi, sans quitter la Métropole, les qualités spéciales de cette infusion.

Tout dernièrement enfin, M. Bois, de retour d'Indo-Chine, signalait à ses auditeurs du Muséum l'importance que pouvait avoir le commerce de ces fleurs de thé.

Ce n'a donc pas été sans un vif intérêt que nous avons vu s'établir à Paris, dès le début de la présente année, la consommation de l'infusion de fleurs de thé. Celles-ci ne sont

actuellement vendues, dans cette ville, que par une seule maison, à laquelles sont envoyées par un colon Tonkinois, qui les recueille dans sa propre plantation et aussi dans d'autres régions de la colonie réputées pour la finesse de ce produit. Il y a tout lieu d'espérer que son emploi en France se généralisera, surtout chez les nombreuses personnes qu'une sensibilité particulière du système nerveux et, par contre-coup, du système circulatoire, obligent à s'abstenir de rinfusionordinaire préparée avec lesfeuilles. Nous savons, en effet, depuis les belles recherches de van Romburgh et Lohmann (3) que la fleur de thé ne renferme qu'une très faible proportion de théine, qui, pratiquement, peut être considérée comme négligeable ; les graines n'en renfermeraient même pas du tout. Or, il n'y a pas de doute que ce soit cetalcaloïde, plus que l'huile essentielle,

(3) V. à ce sujet petite note du n" 23 du « J. d'A. T. », p. i59: Les recherches hollandaises sur la culture et la fabrication du thé. — N. d. l. R.

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qui donne au thé les propriétés excitantes que certains consommateurs doivent éviter.

Les fleurs vendues à Paris sont de deux qualités: l'une dite verte, l'autre dite noire; leur prix diffère de o fr. 5o par livre, mais il paraît fort difficilede trouver entre ces deux qualités, quelque différence notable; ce sont des fleurs cueillies quelques Jours (2 ou 3, peut-être) avant leur épanouissement. Les enveloppes florales leur forment une sorte de coque assez dure ; en brisant celle-ci on voit à l'intérieur une masse pulvérulente brun foncé, formée par les étamines desséchées. Selon toute apparence, ces fleurs ne subissent qu'une préparation rudimentaire, ne devant même consister qu'en une simple dessiccation. Leur infusion est très douce, trop douce peut-être pour certains consommateurs ; nous pensons qu'une préparation rationnelle pourrait vraisemblablement en renforcer l'arôme.

La manière de préparer l'infusion est ici un peu spéciale. On recommande de mettre les fleurs à l'eau troide dans la quantité d'eau mesurée pour le nombre de tasses à obtenir,

de faire bouillir le tout en laissant l'ébuUition se prolonger pendant 10 bonnes minutes, puis de verser dans la théière.

Une cuillère à café suffit pour une tasse. Pour être bonne, l'infusion doit être d'une couleur brun foncé ; mais assez souvent, même en suivant les instructions ci-dessus, cette couleur reste plus claire ; remarquons que, dans une même qualité, toutes lesfleurs ne paraissent pas être au même point de maturité et de dessiccation. Ces différences doivent assurément retentir sur l'infusion.

Noussommes heureux de pouvoir signaler cette nouvelle importation de nos possessions d'Indo-Chine. Une fois de plus, nous voyons que l'expérience des Orientaux a devancé les recherches occidentales. Les précieuses propriétés qu'ils reconnaissent aux diverses parties de l'arbre à thé, sont confirmées par les découvertes récentes, et celles de la fleur sont appelées à nous rendre des services dignes d'être signalés, et d'être largement mis à profit.

H. Neuville.

La destruction des termitières par le gaz sulfureux

D'après M. le D"" Loir.

Nous avons indiqué, dans de précédents n°» du « J. d'A. T. » (n"^ i, n° 23), des moyens de protéger certaines plantes (cannes, arbres) contre les termites. Nous avons été bien aise de rencontrer auxComptes-Rendus dei'Académiedes Sciences (n°2i, du 25 mai igo3), la communication suivante, concernant la destruction même de ces terribles insectes ; elle émane de M. le D"" Lom, le bien connu bactériologiste, professeurd'hygiène à l'Ecole supérieure d'Agriculture coloniale de Nogent-sur-Marne. Les deux clichés proviennent d'un travail publié dans 1' « Agric. prat. des Pays chauds », organe de cette Ecole. Dans celui qui représente la termitière devant la cheminée, on reconnaîtra, à droite, la figure sympathique du docteur. — N. u. l. R.

« Pendant ma mission à Bulawayo, où j'installais un Institut Pasteur, le gouvernement de la Rhodésie m'a demandé d'étudier les moyens de destruction des termites.

« Les termitières ont 4 mètres à 5 mètres de haut. Ces monticules sont creusés d'une grande galerie qui se continue sous la terre par une série de tunnels plus petits, mais qui ont souvent plusieurs décimètres de diamètre, et descendent à plus de i mètre de profondeur jusqu'à la cellule de la reine chargée de pondre les œufs. Les armées de termites sortent de ces nids pour opérer leur œuvre de destruction. On compte qu'il faut planter cinquante arbres, dans le parc de Bulawayo, pour en avoir un. En quelques heures, on voit disparaître la chair des cadavres des animaux abandonnés sur le sol. Les livres, les papiers, les habits, les souliers sont dévorés, le bois des charpentes est rongé, si bien que la solidité des habitations est compromise ; à Bulawayo, les dégâts sont estimés à plus de 250.000 fr. par an. On

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paye une prime de 5 fr. par reine détruite.

II n'y a qu'une reine par termitière;lapullullation est donc retardée; mais la reine est bientôt remplacée.

« On s'est servi de la dynamite, du sulfure de carbone. Aprèsavoir examinéla disposition intérieure des termitières, j'ai eu l'idée de faire circuler dans ces galeries le gaz sulfureux, dont on se sert aujourd'huipour détruire les rats et la vermine à bord des bateaux.

« Ce gaz sulfureux sortant de l'appareil Clayton, a ses propriétés exaltées. La température monte a plus de 800° dans l'appareil, les vapeurs sulfureuses sont oxygénées, il se forme de l'anhydride sulfurique et peut-êtrebienaussi des corps plus oxygénés de la même série; l'action de ces composés est plus toxique que celle del'acide sulfureux ordinaire.

FiG. 14. — Vue extérieure d'un appareil Cia) ton.

FiG. i5. — Termitière sortant d'une cheminée. A été construite en 8 jours.

« Le gouvernement de la Rhodésie, sur ma demande, à fait venir un appareil Clayton. On place un des tuyaux dans l'ouverture de la termitière. Ce tuyau, par le ventilateur, lance le gaz sulfureux ; on pratique un trou à quelques mètres plus loin, afin de placer lesecond tuyau d'aspiration dans les prolongements de la termitière.

L'air des galeries est aspiré, il passe dans le tour où brûle le soufre, se charge des vapeurs asphyxiantes et est lancé dans la termitière qui, en moins d'une heure, est inondée de gaz.

« Les expériences sont, en ce moment, continuées par mon préparateur M. A. Pease; elles donnent de très bonsrésultats.

Une des premières a été faite dans la maison où, dès mon arrivée, J'ai installé l'Institut Pasteur : l'un des tuyaux a été mis

N° 25— Juillet igoB JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

sous le plancherde la vérandah, l'autre dans « D'autres expériences ont été faites, dans

une des pièces de la maison. Après l'opéra- d'autres maisons et dans le parc en plein air.

don, en soulevant le plancher, on trouva un Les fourmilières se remplissent facilement

large tunnel en terre, où les termites empor- de gaz, qui tue tous les insectes, les œufs et

talent leur butin ; là se trouvait la colonie, les larves. C'est un procédé peu coûteux, qui

tout y étaitmort. pourrarendredesservicesdansnoscolonies.»

La sélection chimique de la Canne à Java

Résultats des recherches de M. Kobus.

J. D. Kobus : Die chemische Selektion des Zuckej'rohj'S. Extrait des «Annales du Jardin botanique de Buitenzorg », 2^ série, vol. III. In 8°. 66 pp., 16 diagrammes. Librairie E. J. Brill, à Leide. 1901.

Ce livre, que nous avons eu le plaisir de recevoir de la main même de l'auteur, lors de son passage à Paris au printemps de cette année, mérite plus qu'une courtenotice bibliographique.

On sait le merveilleux essor de la culture •de la betterave à sucre dans la zone tempérée, par suite de l'application de la méthode de sélection chimique. Il était naturel de ■chercher dans la même voie l'amélioration de la canne. Nous avons exposé, dans notre n° I (juillet 1901), les conditions générales de la lutte économique qui se poursuit entre les deux plantes à sucre. Nous y avons expliqué pourquoi, à notre avis, la victoire devait un jour rester à la plante tropicale, pourvu qu'on sache la faire profiter, au même titre que sa rivale, des ressources de la science agronomique et des derniers perfectionnements de la chimie industrielle. En fait, on n'en est pas encore là.

Certains agronomes, se basant sur des considérations biologiques, ont nié que la méthode de sélection qui a créé les races modernes de betteraves, puisse s'appliquer utilement à la canne ; ainsi, M. P. Boname. l'éminent savant qui dirige la station agronomique de l'île Maurice. M. Kobus, directeur de la station de Pasoeroean, Java-Est, a prouvé le contraire par des faits. Voici en quels termes ses résultats sont appréciés dans le « Tropenpflanzer » de Berlin, par M. W. Busse, un naturaliste dont les tra-

vaux et les voyages ont été l'objet de plusieurs notes dans des numéros précédents de notre Journal :

« Depuis une série d'années on travaille à Java à l'amélioration de la canne sous le rapport de la richesse saccharine, tant par la sélection sexuelle que par la sélection asexuée.

« La sélection sexuelle a débuté par la recherche de variétés nouvelles résistant à la terrible maladie du sereh ; mais bientôt on commença à éliminer aussi les plantes pauvres en sucre. Une collection magnifique de 5oo variétés de cannes, de toutes origines et de tous pays, fut réunie à cet effet à Java. Après les premiers essais, on n'en retenait que 12, pour les expériences en grand; en effet, la plupart des autres avaient succombé à la maladie, et le restant était trop pauvre en sucre.

« Malgré les bons soins, les variétés réfractaires au sereh ne donnèrent pas, d'une manière générale, en grande culture, de récoltes satisfaisantes. Elles fournissaient beaucoup moins de sucre à l'hectare que la canne Cheribon, cultivée à Java jusque-là, à peu près à l'exclusion de toute autre. Et les planteurs préféraient, en fin décompte, faire venir tous les ans à grands frais des plants Cheribon indemnes, élevés dans la montagne, plutôt que de s'engager dans la culture des variétés réfractaires au sereh.

« C'est dans ces conditions que M. Kobus entreprit la sélection asexuelle, sur analyse chimique, espérant rehausser par cette méthode la richesse saccharine des variétés réfractaires.

« Le volume expose les résultats, absolu-

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 25 —Juillet 1903

ment remarquables, de quatre années de travail ; travail dont on jugera l'envergure, quand on songera qu'il a nécessité de 3o.ooo à 40.000 analyses chimiques. Les conclusions de M. Kobus intéressent le monde tropical tout entier. Les voici résumées aussi brièvement que possible :

« Il a été constaté, en premier lieu, que les tiges d'une souche peuvent différer considérablement entre elles, au point de vue de la richesse saccharine, même lorsqu'elles sont d'âge identique; d'où il résulte que la sélection ne saurait être basée sur l'analyse d'une canne isolée, mais qu'elle

travail dans une seule direction ; il faut absolument qu'il ait en vue, tout le temps, et la richesse et le poids ; car bien que les cannes lourdes soient en général plus riches, on ne réussit point à rehausser la richesse d'une race en basant sa sélection sur le seul choix des boutures lourdes ; d'autant plus que « les « cannes lourdes et pauvres paraissent exer- « cer sur la descendance, au point de vue de « la richesse saccharine, une influence bien « plus néfaste que les cannes pauvres et « légères; en effet, la pauvreté de ces der- « nières n'est souvent qu'accidentelle. » « Le travail de sélection se trouve accéléré

suppose l'examen de l'ensemble des cannes par cette constatation, que les différences ca-

de chaque souche.

« Il importe aussi de prendre, comme point de départ du travail de sélection, des souches dont les différentes tiges soient d'une richesse aussi uniforme que possible.

« Il se trouve d'ailleurs que la richesse saccharine varie plus ou moins d'un individu à l'autre, selon la race étudiée : Les variations sont les plus fortes dans les races à grosses cannes, qui sont en cultures depuis de longues années; elles sont beaucoup plus limitées chez les races nouvelles, obtenues de graines depuis peu.

M. KoBus a mis en évidence ce fait extrêmementimportant pour la pratique, à savoir, que les cannes les plus lourdes sont aussi celles dont la richesse centésimale en sucre est la plus grande; en second lieu, que les cannes lourdes produisent une descendance également à cannes lourdes. Chez toutes les variétés de cannes, les individus à haute richesse saccharine étaient plus lourds que les individus pauvres. De là une méthode de sélection simplifiée, par la détermination du poids absolu des plants et de leur richesse saccharine; la seconde opération ne saurait être remplacée, malheureusement, par la détermination de la densité du jus.

« La descendance des cannes riches étant

ractéristiques dans la richesse saccharine se manifestent dès Tàge de 5 ou 6 mois.

« D'autre part, l'entreprise tout entière risque de se trouver complètement faussée, si on n'a pas apporté le soin nécessaire au choix des terrains; car des différences insignifiantes dans la composition du sol, suffisent pour amener des différences notables dans la richesse des cannes. On réduira les risques de ce fait en réduisant la superficie des parcelles.

« Chose curieuse et inattendue, la richesse saccharine favorise la résistance contre le sereh : la descendance des cannes riches offre une immunité bien plus grande, à l'égard de cette terrible maladie, que celle des cannes pauvres. Cette conclusion a été confirmée, au cours de la 3*^ année d'étude, par plus de 12.000 observations individuelles.

« La méthode de sélection élaborée par M. KoRus et dont nous venons d'exposer les grandes lignes, est tellement simple, que les boutures sélectionnées reviennent à peine à 5 % plus cher que celles qu'on se procure ordinairement dans le commerce. Cette différence est minime, et ne saurait entrer en compte, eu égard aux bénéfices de la sélection. »

Nous pouvons ajouter à ce lumineux

à la fois riche en sucre et lourde, on se trouve exposé de M. Busse, que la méthode éla-

armé de deux facteurs concomittants, et qui tous les deux tendent à augmenter le rendement en sucre à l'hectare.

« De toutes façons, il est interdit au sélectionneur de s'abandonner à poursuivre son

borée à la station de Pasoeroean a reçu le meilleur accueil de la part des praticiens : nous tenons de M. Kobus qu'un de ses assistants a été embauché par certaine grande sucrerie dei'île, pour organiser et diriger la

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plantation de la superficie totale de l'entreprise en question, selon les procédés de Pasoeroean.

Nous nous en voudrions de terminer ce trop rapide exposé sans rappeler queles succès de la sucrerie à Java (comparez « J. d'A. T. » n" 19, Les ?'endements de la canne à sucre à Java et aux iles Hawaï) ne sont pas seulement dûs aux talents et à l'énergie du brillant état-major de savants qui travaillent dans cet île, mais encore, et essentiellement, à l'intelligente générosité des planteurs qui soutiennent ces mêmes savants, leurs labo-

ratoires et leurs journaux. Nous nous proposons de donner un jour le détail des dépenses qu'ils s'imposent de ce fait; nous voyons d'ici la stupéfaction de nos lecteurs lorsqu'ils apprendront de quelles sommes énormes il s'agit.

Nous présenterons aussi, dès que nous disposerons de quelquesloisirs, l'état d'avancement des travaux de sélection de la canne poursuivis, par des moyens différents, à Maurice, en Louisiane, aux Hawaï et, tout particulièrement, dans les Antilles britanniques (Barbados, Trinidad) et à Demerara.

Résultats de sa culture dans les différentes colonies. — Incertitude persistante. — Les expériences de sélection de M. Proudlock.

Nos lecteurs savent combien il est encore difficile de se faire une idée de la valeur économique du caoutchoutier de Céara ou Maniçoba, Af^7r//20? G/a;[^/oy//; nous en avons parlé longuement dans l'édition française des Plantes à caoutchouc de Warburg; nous y sommes revenus à bien des reprises dans ce Journal (i).

Dans la plupart des colonies françaises, l'engouement irraisonné, dùà la belle végétation de l'arbre et à la conservation facile des graines, a fait place au plus parfait découragement, après constatation du taux infime du rendement.

Nous en sommes toujours à nous demander comment les choses se passent dans la patrie du maniçoba, au Céara (Brésil); mais il est si difficile de se procurer des renseignements sérieux sur ce pays !

Nous avons vu encore, tout récemment, le Céara recommandé aux Sociétés belges, pour leurs plantations au Congo ; mais il ne s'agit là que de s'acquitter, avec le moins de débours possible, d'une obligation imposée

(i) » J. d'A. T. » igoi,Y>- 95 (Est Africain Allemand), p. i5() (Birmanie), p. 160 (Queensland), p. 191 (Sénégal); igos p. 7 (Mozambique) p. 41, (Birmanie), p. i58 (Mozambique), p. 209 (Sumatra), p. 24g (Abyssinie), p. 341 (Mozambique); igo3, p. 6 (Abyssinie). — Voyez aussi igoi, p. 94 et 1902,

par l'État. C'est comme les cultures faites un peupartoutau Brésil, dans le but de toucher des primes offertes par les divers gouvernements locaux de la Fédération. On abandonne la plantation dès que l'inspecteur de l'Etat s'est déclaré satisfait et dès que la prime a été versée.

Une société d'origine Nord-américaine a entrepris la culture du maniçoba dans une région relativement sèche du Nicaragua ; le fait est à noter, vu que, jusqu'ici, on n'avait planté que du Castilloa, en Amérique Centrale; mais il ne contient aucune indication ferme d'utilité générale.

Nous attachons beaucoup plus d'importance à l'initiative de M. Proldlock, le très actif directeur du Jardin botanique d'Ootacamund, dans le Sud de l'Inde-Britannique, qui s'est attaché k sélectionner le Céara, en instituant une enquête permanente dans toute sa région : Dès qu'on lui signale, dans quelque jardin de sa région, un Céara exceptionnel, riche en latex, il s'en procure des graines et des boutures, et il le multiplie. Il a établi ainsi trois plantations d'essai avec des matériaux d'origine parfaitement connue; il a même déjà, dans son dernier rapport annuel, publié quelques résultats de saignée de ses arbres (2"^ génération) ; malheureusement, nous n'avons pas compris grand chose

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 25 — Juillet 190?

aux tableaux du Rapport, rédigés dans ce style sommaire dont les Anglais sont coutumiers et qui est intelligible pour les seuls initiés, tels les voisins, au courant des menues péripéties de Taffaire. Cependant, M. Proudlock, dont le zèle d'expérimentateur nous inspire la plus vive admiration, voudra peut-être, un jour, nous exposer son entreprise d'une façon méthodique, comme il convient de le faire pour un public étranger non averti. Nous lui en serions profondément reconnaissant.

Dans l'année 1901 du « J. d'A. T. ». p. 95, nous avons donné quelques détails sur la station gouvernementale de Liwale, dans l'Est Africain Allemand, dont le Céara constituait, dès cette époque, une spécialité (on devait en planter jusqu'à concurrence de 3oo hectares) sans qu'on ait pu encore se prononcer sur le rendement. Dernièrement, la presse spéciale publiait les résultats d'une vaste expérience de saignée de Céaras, faite dans une propriété privée de cette même

colonie, notamment à Lewa, plantation de la « Deutsch-Ostafrikanische Plantagengesellschaft « :

Le nombre total de caoutchoutiers de Céara y atteint 25o.ooo. Quatre mille de ces arbres âgés de 5 ans, ayant été soumis à la saignée, il en fut tiré une moyenne de ^/,, livre de latex par arbre ; la coagulation fit perdre environ 3o % de ce poids, et le rendement global en caoutchouc fût de 700 livres, pour les 4.000 arbres (i). Ce compterendu a le défaut, comme la généralité des documentsde cetordre, de ne pas spécifier le degré de siccité du caoutchouc pesé. En outre, il aurait été utile de donner quelques renseignements sur les conditions d'exécution delà saignée.

(i) Au moment de rédiger cette note, nous ne retrouvons pas le document original allemand, et c'est dans une revue de langue anglaise que nous puisons ces chiffres; nous ne saurions dire s'il s'agit de livres anglaises ou de demi-kilos. La différence n'est pas assez grande pour modifier l'impression générale bui se dégage de l'expérience. — N. d. l. R.

Le café au Tonkin

Réponses de MM. L. Gilbert, P. L. Lafeuille et Ch. Remery au « Journal d'Agriculture Tropicale».

Le dossier Le café au Tonkin (Opinions de MM. L. Gilbert, P. L. Lafeuille, L. Roux, etc.) publié dans notre n" 19, a amené un échange de vues des plus intéressants, dans la presse locale de l'Indo-Chine; nous nous félicitons d'avoir provoqué cette polémique où chacun des adversaires cite des faits précis et des arguments basés sur des observations nombreuses et personnelles.

M. Lafeuille, de Phu-Nho-Quan, défend son opinion première, optimiste, dans le Bulletin de mars 1903 du « Syndicat des Planteurs du Tonkin et de l'Annam » dont il est Président.

M. L. Gilbert, de Ba-Trieu, dans r « Indo-Chinois )* du 25 avril 1903, M. Ch. Remery, de Tuyen Quang, dans la « Revue Indo-Chinoise » du 4 mai 1903, cherche à prouver au contraire, que le café réussit au Tonkin seulement dans des sites et condi-

tions exceptionnels. C'est, nous le répétons, avec une vive satisfaction que nous reproduisons ci-après les principaux arguments mis en avant par ces trois colons.

M. Lafeuille cite un certain nombre de plantations réussies: de MM. Guillaume et Borel dans la Plaine aux Sangliers, de M. Ernest Borel à Cocinghia, de M M. Roux et ScHALLER, de M. Moutte à Chi-Né, de la Société agricole de Yen-Lay (MM. Bernard et Chauveau, directeurs); il ajoute qu'il pourrait en nommer encore bien d'autres. « Dans notre région seule », dit-il, « nous avons eu pour la campagne 1902-1903 une récolte de café d'environ 100.000 kilogr. La plupart de nos plantations sont jeunes et pas encore en plein rapport. La .Société agricole de Yen-Lay compte pour cette année sur un rendement de 5o.ooo kilog. »

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Les échecs qu'on a eu à enregistrer ailleurs, seraient dus à diverses circonstances locales et particulières :

« Beaucoup d'entre nous ont planté du café, les uns dans des terrains trop sablonneux, les autres dans des terrains pas assez profonds ou pas assez perméables, d'autres enfin ont voulu faire trop grand, et leurs moyens restreints ne leur ont pas permis d'entretenir convenablement leurs plantations. »

« De là des insuccès, de là le discrédit Jeté sur la culture du café dans notre colonie. »

Et, plus loin :

« Certes nous ne voulons pas comparer ici la culture du café avec celle du thé. Nous savons tous, en effet, que le thé est acclimaté dans le pays depuis fort longtemps, que les Annamites le cultivent depuis un temps immémorial et que cet arbuste est moins exigeant que le caféier, mais nous tenons à dire encore une fois en terminant que si la culture du caféier n'a pas donné les mêmes résultats probants que celle du thé, c'est surtout parce que beaucoup de plantations de café ont été faites dans de mauvaises conditions de terrains et souvent aussi pas assez bien entretenues. »

M. Gilbert commence par faire remarquer que, de l'avis même de M . Lafeuille, toutes les régions du Tonkin n'ont pas un climat favorable au caféier. Seulement, M. Lafeuille estime que les climats défavorables y sont l'exception ; M. Gilbert, au contraire, pense plutôt qu'ils y sont la règle et s'efforce de le démontrer par une laborieuse comparaison de la climatologie du Tonkin avec celle de Manille (Philippines) et de Campinas (Brésil).

L'un et l'autre tombent d'accord, d'ailleurs, pour reconnaître le caractère très favorable du climat de Phu-Nho-Quan, région ouest établi M. Lafeuille. Cependant, dans cette région même, M. Gilbert conteste que l'état des plantations Guillaume frères et BoREL puisse être considéré comme satisfaisant. Il cite de nombreuses plantations abandonnées dans la région de Hung-Hoa où il est établi lui même : celles de MM. Dl»-

cHEMiN à Phu Doan, Barbotin à Don Vang, MoRicE, Bigot, Verdier, Cavelty aux environs de Hung-Hoa, celle du Dé kieu à Cat Tru et enfin la sienne à Ba T xieu. Plus haut sur la Rivière Noire, à Ch >-Bo, celle de M. Legrand.

Il attribue l'insuccèsau clim ntrop humide et à la température trop inconstante.

M. Remery, dont les premières petites plantations de café remontent à 188g et qui a possédé 12.000 caféiers dès 1898, a vu ses arbres s'abattre par terre en 1897, à la suite d'un orage, minés par les borers. Il en incrimine deux :

« Une larve rouge qui suit le canal médullaire, et la jaune qui sillonne l'aubier. Toutes deux scient le café de la même façon. Leur développement s'accomplit de haut en bas; aussi, une fois dans les racines, les larves sont énormes. L'insecte parfait de la première est une mouche, corsetée d'or ;rinsecte de la seconde est un coléoptère (charançon) corset vert pointillé de noir. »

M. Remery craint que toutes les plantations n'y passent, les unes après les autres.

« J'ai visité, dit-il, l'année dernière les plantations de Keso et de Chiné. Celles delà « Cressonnière» créées en 1892? Perdues complètement ! Celles des « 99 collines » créées une ou deux années plus tard... perdues encore !

« J'ai eu un cri d'enthousiasme... vite éteint dans la plaine aux « Sangliers ». Quelques sujets étaient déjà atteints, il doit y en avoir le double cette année. Je donne encore quatre années de vie à cette plantation, très Jeune d'ailleurs, car sa situation est exceptionnelle; dans le fond d'un cirque boisé, formé par des montagnes calcaires, où se trouve une couche d'humus comme on en voit rarement.

«... J'ai vu aussi les plantationsde MM. de S... et B... Egalement Jeunes, elles décèlent déjà la présence du borer qui fera là, vu l'exposition et le sol, de furieuses coupes sombres.

« Je n'hésite donc pas à formuler à nouveau : Les grosses plantations subiront fatalement des échecs. Trop heureux si les plan-

JOURNAL D'AGRICUTURE TROPICALE N» 25 —Juillet 1903

teurs pensent récupérer leur capital initial ne perdant ainsi que leur temps et leurs peines.

« Mais il est possible de cultiver au Tonkin le caféier en culture de tour de case : au maximum 10 à 12.000 plants, sous la condition qu'on les surveillera régulièrement, entretenant sur la plantation une équipe de coolies dressés à la taille des « gourmands « et à la recherche des larves. C'est que les gourmands déplaçant la sève de son cours premier, toute la partie ainsi privée s'atfaiblissant, devient immédiatement le chantier

d'une invasion de borer. Equipe bien habile et intelligente, n'hésitant pas sur le sacrifice à faire quand il s'agit d'un bel arbre, miné à sa base.

En manière de conclusion M. Remery déconseille les grandes plantations mais préconise les petites cultures qui seraient faites parles indigènes, par exemple, au tour de leurs habitations.

Telle est aussi, et pour les mêmes raisons, l'opinion formulée récemment par un correspondant anonyme de la « Dépêche Coloniale ».

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