L. ESTÈVE
Porto-Novo, juin iqo3.
La Ramie à Formose
La valeur des termes: Ramie, Rhea, China-grass. — Culture du Bœhmerianivea.
Débouchés, — Avenir.
D'après J.-W. Davidson.
— Défibration.
Dans le n" 26 du « J . d'A. T. », nous avons dit notre admiration pour le livre du Consul des Etats-Unis à Formose ; c'est à cette source de toute première valeur que nous empruntons les détails ci-après, lis s'ajouteront utilement aux dossiers publiés dans les numéros précédents du Journal.
On remarquera que nous avons mis en tête : Ramie, alors que Davidson voudrait que le nom de China-gkass fût seul employé piur désigner la plante dont il s'ocjupe. C'est que nous savons qu'on n'arrive pas ficilement à changer la terminologie courante, surtout lorsqu'elle a une apparence de raison . D ins la circotistance, nous avons mieux à faire qu'à nous escrimer contre le langage établi.
Les Anglais ont bien voulu fixer la ditférence en appelant le B. nivea : Ciii^a-grass, ci le />. teua-
cissiiua : Ramie. Malheureusement, ils se servent encore d'un troisième terme : Rhea, et ce mot, d'origine anglo-indienne, suffit pour entraîner la confusion. Les uns entendent sous Rhea l'espèce botanique B. nivea; d'autres, la lanière brute non dépelliculée, quelle qu'en soit l'origine spécifique. 11 y a une raison péremptoire pour ne pas accepter le terme Chi,na-(,rass comme appellation d'une espèce botanique : c'est qu'il sert depuis longtemps, dans le commerce international, à désigner un mode de présentation de la fibre de Bœhmerij. Il s'agit de la lanière dépelliculée, et à peine dégommée, qu'il y a lieu d'opposer d'une partà la lanière brute non dépelliculée. telle que l'offrent occasionnellement, et sans grand succès, quelques planteurs d'origine européenne, d'autre pan à la filasse dégommée, destinée directement à
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la filature. Rappelons que l'industrie préfère effectuer elle-même le dégommage, plutôt que d'abandonner celte opération au cultivateur.
Les pays d'Extrême-Orient, fournisseurs actuels des maigres approvisionnements de China-grass que l'on peut se procurer sur le marché international, cultivent l'espèce B. nivea; mais le jour où on apporterait sur le marché de la fibre de B. ionacissima présentée dans le même état, le commerce lui donnerait le même nom deCniNA-GRÀSs, et c'est lui qui aurait raison.
Lorsqu'il s'agit de désigner une espèce botanique, rien ne vaut la terminologie scientifique, latine, sur laquelle tout le monde s'entend et qui exclut la confusion, par définition. On pourrait, d'ailleurs, utilement adopter les noms de Ramie BLANCHE pour B. nivea et Ramie verte pour B. tenacissima; ces termes, familiers aux spécialistes français, rappellent, en effet, un caractère (couleur) des deux espèces, d'une constatation facile et qui ne s'oublie pas. Mais lorsqu'on dira Ramie tout court, qu'il soit entendu qu'on ne préjuge pas de l'espèce et que ce nom pourra s'appliquer indifféremment à l'une et à l'autre. Ce sera le moyen le plus logique et le plus simple ne mettre d'accord le langage écrit et celui de la vie pratique.
Ceci dit, nous laisserons quand même le nom de China-grass dans l'article qui suit, afin de ne pas défigurer un texte qui ne nous appartient pas. N. D. L. R.
Le Bœhmeria 7îivea, China-grass des Anglais et du commerce international, improprement appelé Ramie, — nom qui devrait être réservé au Bœhmeria tenacissima de TAssam, de la presqu'île de Malacca et des archipels adjacents — abonde partout à Formose,du N. au S., tant dans le territoire des sauvages que dans les régions civilisées. La Ramie proprement dite, Bœhmeria tenacissima, n'existe pas à Formose. Je me demande s'ilexisteun autre endroiten Extrême-Orient où cette plante soit à ce point chez elle. En particulier, dans le N. de Formose, il y a de nombreux terrains qui réunissent les conditions les meilleures pour la culture de la ramie, au point de vue du sol, du drainage, de la température, des pluies, etc., etc. Pour donner une idée de la vigueur qu'atteint ici cette plante, je rappellerai qu'il y a des champs entiers où les tiges ont 9 et 10 pieds de haut.
Le China-grass sauvage de Formose est très inférieur à la race cultivée, quoique
l'espèce botanique soit la même; les tiges sont très branchues, et l'écorce est mince et fragile. Les Chinois, aussi bien que les sauvages, en dédaignent l'exploitation.
D'après le botaniste japonais Tashiro, il y aurait une communauté d'origine fort étroite entre les China-grass de Formose, de Botel- Tobago et de certaines îles de l'archipel philippin. Dans ces trois régions, les sauvages ontla même tuniquesans manches, en Chinagrass...
Le China-grass semble pousser à Formose également bien dans les sols sablonneux et dans les sols lourds, pourvu qu'ils soient riches en humus (terreau) ; mais les sols peu profonds, purement argileux, semblent le rebuter. On obtient les récoltes les plus riches sur des terres de coteaux nouvellement déboisés; c'est pourquoi les cultures du territoire des sauvages sont supérieures à celles de la plaine.
Les meilleures fibres viennent de Polisia, Taiko (Twao) et Bioritsu (Maoli); ces localités sont situées dans la préfecture de Taichu. Dans celle de Tainan, de grandes quantités de fibres sont récoltées dans les districts de Hozan et Banshoryo, limitrophes du territoire sauvage; la culture y est, pour une grande part, entre les mains de Chinois. De grandes quantités sont produites également dans la sous-préfecture de Taï-Tong, le long de la côte S.-E., par les Amis et autres tribus sauvages. Les Chinois commencent à cultiver le China-grass dans le district de Gilan. En plus des districts nommés, qui en exportent un peu, de nombreux sauvages et Chinois cultivent le China-grass dans des endroits les plus variés de l'île, pour leurs besoins personnels.
La plante semble se trouver le mieux ici, dans les endroits bien éclairés, un peu abrités contre le vent, bien pourvus d'eau, mais sans être trop humides. Dans le Nord de l'ile, on voit souvent les plantations de China-grass abritées contre le vent par des bosquets de bambous; et si le sol n'est pas assez élevé ni assez draîné naturellement, on établit de longues plates-bandes de I à 2 mètres de haut, un peu arrondies vers la ligne médiane, de façon à assurer le bon
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écoulement des eaux. Elles ont environ et nivellent la surface ; les plantes n'en resix pieds de large et sont séparées par des poussent que mieux après, (i) chemins larges de deux pieds. Si le sol est fertile et que toutes les condi- La multiplication a lieu au moyen de grai- tions soient favorables, les récoltes se mainnes, de tiges, ou de rhizomes. Le dernier tiennent pendant trois ou quatre années, procédé est le plus commun à Formose. Dès que les gens s'aperçoivent que les plants Si on a recours aux graines, on sème d'ha- commencent à dégénérer, ils s'empressent bitude en pépinière, dans quelque terrain de replanter le champ à nouveau et en enriche et bien arrosé, et on ne transplante en tier.
plein champ qu'au bout d'un certain temps. Je n'ai pu me procurer de renseignements Quand on est à court de rhizomes, on em- sûrs quant au rendement moyen ; ayant viploie quelquefois le provignage qui consiste site certains champs sur la rivière Tamsui à incliner vers la terre une tige dont l'extré- je me suis fait dire par le propriétaire qu'il mité est maintenue par un petit tas de terre, récoltait en moyenne, par année et à l'acre La partie enterrée ne tarde pas à s'enraciner ; 10.800 Ibs. de tiges vertes effeuillées et au bout de quelques semaines, elle émet des qu'on pouvait en extraire 980 à 1 100 Ibs. de tiges nouvelles qui peuvent être séparées et lanières vertes. Les beaux plants de la rétransplantées, gion montagneuse rendent probablement da-
Lorsqu'on se sert de rhizomes, ceux-ci sont vantage... divisés en boutures de quatre à cinq pouces. Les ouvriers chinois qu'il m'a été donné chacune portant un ou plusieurs yeux; on de voir dans le Nord de Formose, font les plante en décembre, dans des lignes écar- preuve d'une adresse merveilleuse pour tées d'un pied, la distance entre les boutures l'extraction de la fibre; il est même curieux dans la ligne étant dey à 8 pouces. que leurs procédés, en somme très grossiers, Chaque bouture émet plusieurs tiges, et puissent fournir d'aussi beaux résultats, lorsque les plants ont atteint leur complet Leur outillage consiste en un doigtier qui se développement, le champ se trouve terrible- met au pouce de la main droite et est fait ment encombré ; Je me demande si on n'ob- d'un petit tube de bambou ; en un grattoir, tiendrait pas de résultats meilleurs en espa- qui est manipulé également par la main çânt davantage. droite. Ce dernier est composé d'une lame Avant d'être planté, le sol reçoit une bonne de laiton à tranchant très émoussé, fixée Ionfumure d'engrais humain ; on en fait une gitudinalement dans une poignée arrondie, seconde application lorsque les jeunes tiges L'ouvrier commence par écorcer sa tige; ont atteint 6 k y pouces de haut. C'est à il fend l'écorce d'une extrémité à l'autre, au partir de ce moment qu'on entreprend le moyen d'un couteau bien tranchant, et sans désherbement. entamer le bois; puis il replie la tige de Il est rare qu'on fume à nouveau avant la façon à briser le bois en petits morceaux qui première coupe. Celle-ci a lieu, dans le sortent et tombent par la fente; l'ouvrier y Nord, en avril. Trois autres coupes qui mû- aide à l'occasion par un coup de pouce. Il rissent plus vite que la première, sont prèle- lui reste dans la main une lanière continue vées dans le cours de Tannée en juin, sep- d'écorce, de cinq pieds de long et quelquetembre et décembre. Dans certains districts fois davantage. L'opération se fait avec une moins bien partagés, on ne fait que trois rapidité extrême et prend à peine quelques coupes par an. secondes.
Après chaque coupe, le champ reçoit une Souvent la décortication se fait dans le
fumure d'engrais humain ; on lui restitue champ, et alors les lanières sont portéessous
aussi toutes les feuilles ; les vieux chicots ne quelquehangarinstallédansle voisinage;c'est
tardent pas, alors, à émettre de nouvelles
tiges. Toutefois, certains cultivateurs font (>; Nous serions obligés à l'auteur, de bien vouloir
. nous renseigner d'une façon plus détaillée sur cette
davantage : ils recouvrent de terre les racines pratique, en principe très intéressante. — N. d. l. R .
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là qu'à lieu l'extraction de la fibre propre- ici : en 1887, trois petites machines de Death
ment dite. furent montées à Tarn Sui, sous la surveil-
Pour cela, on commence par faire tremper lance de M. F. AsHTON;les résultats furent
les lanières dans de l'eau pendant quelques décourageants, et l'expérience fut aban-
minutes, afin de les assouplir. Lorsque l'on- donnée.
vrier juge sa lanière à point, il la saisit de la En moyenne, ici, l'ouvrier — et souvent main gauche et la jette sur le tranchant, c'est une femme — prépare de 16 à 1 2 Ibs de très émoussé, nous l'avons dit, du racloir. knières dépelliculées par journée de travail Celui ci est tenuferme dans la paume droite ; chinoise (i 2 heures). J'ai vu de mes yeux un le pouce droit, arméde son doigtier en bam- ouvrier, très habile^ faire 2 Va Ibs delanières bou, s'abaisse en même temps, et il faut que nettes en i heure ; on m'a assuré formellela lanière passe entre la lame et le doigtier. ment qu'il continuait ainsi pendant toute la La partie tendue de la lanière est tirée vio- journée, et qu'il faisait ses 3o Ibs de lanièlemment vers le bas, de façon à former un res nettes, par jour; il paraît d'ailleurs, que angle aigu avec la partie libre; la pression du le cas est loin d'être exceptionnel parmi les doigtier aidant, ceci amène un dépelliculage ouvriers expérimentés. Ces chiffres se rapparfait-, en effet, la pellicule n'a pas la sou- portent aux lanières fraîches; il y aurait plesse des fibres qu'elle recouvre : elle casse, donc lieu de les réduire un peu si on voulait et reste de l'autre côté du râcloir. En même les exprimer en lanières sèches, temps, ce raclage a pour résultat de déba- Dans le mémoire officiel américain de rasser la lanière d'une partie de la pulpe ou M. Dodge (il je lis que les Chinois ne progomme. Selon la qualité de la lanière, l'ou- duisenten moyenneque 2 Ibs de China-grass vrier appuie plus ou moins son doigtier. par jour et par homme. Dansun rapport con- Le nettoyage d'une lanière par ce procédé sulaire anglais, de M. Hosie, la production se fait en plusieurs temps : On passe d'abord d'un ouvrier est indiquée à 8 Ibs par Jourune moitié, puis l'autre; puis on retourne la née de 10 heures. Je ne comprends rien au lanière sens dessus-dessous et on nettoie chiffre de M. Dodge ; quant à M. Hosie, il ainsi son autre face. Il ne reste plus qu'à aura voulu parler de l'opération toute ensuspendre la fibre au soleil, pour la faire tière, depuis la décortication dans le champ, sécher et la blanchir. Le China-grass se pré- jusqu'au dépelliculage et raclage des lanièsente alors sous forme d'étroites lanières res, qui ont lieu habituellement à la maison composées de nombreuses fibres parallèles, du cultivateur.
lâchement réunies entre elles par la gomme. Le China-grass produit par les sauvages de J'ai déjà dit un mot plus haut de la longueur Formose, est employé en grande quantité à des lanières; pour préciser, elle est, en la confection de leurs tissus; leurs vêtemoyenne, de 4 à 7 pieds. J'en possède de ments sont faits presque entièrement avec. 9 pieds, mais ce sont des cas exception- Le tissu du pays, que les traitants de langue nsls. anglaise appellent Savage-cloth, constitue Si je me suis attaché à la description des également un article de commerce; les Chiprocédés de défibration à la main, c'est que nois qui circulent sur les confins du terrije sais l'effort qui se dépense, dans les pays toire sauvage, en achètent de grandes occidentaux, à la recherche d'une bonne quantités.
machinerie susceptible de faire la même n est extrêmement durable et quelquebesogne; Or j'estime que l'inventeur qui fois élégamment ornementé, malgré l'outilréussira le mieux sera précisément celui qui lage naturellement très grossier des tisseaura réalisé, par des moyens automatiques
et en grand, l'imitation la plus complète , ,^ , , ^ , , , ^, ■
, , . , ' ' (i) Consulter le Catalogue des fibres, du même
des procédés chinois. auteur. Ce livre, devenu classique, a été caractérisé
Je n'ai connaissance que d'un seul essai de '^^"^ ^'? "1 précédent du « J. d'A T. » à l'occasion
^ d une étude sur la délibération du Lui de la Nou-
défibreuse de fabrication européenne tenté velle-Zélande. — N. d.l. R.
N° 27 — Sept. i9o3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE 2-3
rands indigènes. Ces derniers y introduisent Soo.oooyens. Ce chiffre n'est pas bien élevé, notamment, pour faire le dessin, des fils de je le reconnais, mais il y a lieu de consilaine et de coton colorés; ils s'en procurent dérer qu'il va en augmentant. En effet, en en effilochant les tissus de provenance étran- 1896, l'exportation du produit qui nous ingère qui tombent entreleurs mains. téresse n'a pas atteint 200.000 yens et il y a
Le China-grass produit par les Chinois 10 ans on en exportait à peine la valeur de
de Formose, est exporté presque totalement quelques dizaines de milliers de yens. Le
en Chine, à l'exception des petites quantités China-grass est très dcmandéau Japon; der-
qui sont gardées pour faire de la ficelle et nièrement il s'y est constitué, à Osaka, une
quelques autres articles de mémegenre. Une Société spéciale pour l'importation et la
partie de la matière première revient dans vente du China-grass de Formose; il parait
la suite à Formose, mais sous forme de tissu, qu'elle est au capital de un million de yens,
appelé GRASs-cLOTH par le commerce anglais; Le Jour prochain où la manufacture de la
ce tissu est très demandé dans l'île. ramieaura vaincu les quelques difficultés
Il est difficile d'établir la valeur exacte de qui s'opposent encore à son complet déve-
l'exportation du China-grass de Formose, loppement le China-grass ne manquera pas
car celte fibre n'est pas spécifiée dans les de prendre, parmi les fibres végétales, la
statistiques de la Douane; toutefois, je cons- situation prépondérante que lui vaudront
tate qu'en 1898 il fut exporté, à destination ses grandes qualités intrinsèques; et je ne
de Chine, 28.685 piculs (3.8i 5.io5 Ibs) de doute pas que Formose ne devienne alors la
fibresdiverses évaluées à 395.91 i yens; or il principale sourcede cette matière première:
est certain. que la majorité de cette exporta- piie réunit toutes les conditions pour cela, tion consiste en China-grass, et je ne crois
pas trop m'avancer en estimant sa part à • iJ après J.-\\ . Davidson.
Une Ferme à Caoutchouc à Ceylan
Exploitation des Heveas à Kepiligalla-Estate. — Coagulation sans agents chimiques ni enfumage. — Un nouvel outil pour la saignée.
D'après M. F. J. Hollowav.
K.epitigalla (district de Matale. Ceylan), est la La proiuciion de ce « caoutchouc Para de
même propriété qu'a visitée M . le D'"Yersin (voyez Ceylan » va en augmenta ni rapiJemeni, beaucoup
« J. d'A, T. », n" 24). Nos lecteurs savent donc plus rapidement que ne le prévoyait M. Hollo-
déjà : 1°) Que dans cène entreprise, dirigée par way au moment où il rédigeait sa notice. D'après
M. Francis J. Holloway, et qui tient la tête une coupure du « Ceylon Observer» hebdoma-
parmi les exploitations d'Hevea de Ceylan, on daire du (<-•'■ aoiJt igoS, communiquée gracieuse-
saigne les arbres au moyen d'un outil nouveau; ment au « J. d'A. T. » par M. Hamel Smith, les
2") qu'on y coagule le latex sans enfumage ni in- estimations officielles les plus récentes donnent,
grédients chimiques d'aucune sorte; 3") enfin, pour C-rjvian, la valeur de presque 12.000 (exacte-
qu'en dépit de ctte simplification, on y obtient ment, i i.63o) acres d'Hevea, tant plantations pro-
des prix supérieurs à ceux du meilleur f^ara. Cela près qu'en mélange avec d'a'itres cultures; le
renverse les idées reçues; nous ne nous rendons total des arbres est évalué à 3 '/.j ou 4 millions,
d'ailleurs pas encore bien compte comment on dont 2à2 '/^ millions de tout jeunes, au-dessous
peut arriver a des résultats iiussi parfaits, avec des de deux ans et même d'un an. Cependant,
moyens aussi simples; toutefois, la dilution con- l'exportation du \"' semestre i<)03 a déià atteint
sidérable du latex nous apparaît comme un fac- 22 *■, tonnes de caoutchouc. On commence à en
teur essentiel ((^.onsuher WAPBut^o, édition anno- rencontrer à Paris, et M. C'BOT a eu l'occasion
tée par Vilbouchevitch ; lire aussi l'étude de d'examiner quelques plaques ; il a pu s'assurer
M. AucHERT dans le dernier Bulletin (juillet-aoïjt) que la qualité de la marchandise n'a point été
du Jardin Colonial. surfaite et que les prix extraordinaires, réalisés à
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 27 — Sept. 1903
Londres, ne sauraient s'expliquer simplement par de Fengouement. Voici, en effet, ce qu'il nous écrit à ce sujet :
« J'ai eu la bonne fortune de pouvoir examiner, dans une des plus importantes fabriques de caoutchouc de Paris, des échantillons de ce caoutchouc d'Hevea en plaques; elles avaient 10 mm. environ d'épaisseur et leur aspect m'a tout à fait séduit. L'élasticité et la nervosité 'talent aussi accentuées que dansle Para 1^ plus fin, et de plus la translucidité des plaques permettait de voir que leproduit était absolument pur. Jene suis nullement surpris que ce caoutchouc soit coté plus haut que le Para fumé.
« J'ai d'ailleurs toujours été d'avis que le latex d'Hevea coagulé spontanément fournit un produit aussi élastique et nerveux que le latex fumé. Si le Sernamby du Brésil se paie moins cher que le Para fumé, c'est que les cellules remplies d'eau qui se trouvent reu' fermées dans le gâteau de coagulum provoquent une fermentation ; elle se manifeste par une odeur nauséabonde, siii' generis^ bien connue des personnes qui manient ces caoutchoucs,
« Cette fermentation décompose peut-être en partie le caoutchouc en lui faisant perdre de sa valeur. En outre, le Sernamby est dépréciéencore par les débris d'écorce et autres impuretés qu'il contient. M. Holloway paraît avoir supprimé ces deux inconvénients par l'emploi de son procédé de séchage en plaques minces et homogènes ; j'estime qu'il a fait faire à l'industrie du caoutchouc un pas considérable. »
Nos lecteurs apprendront certainement avec intérêt quelques nouveaux détails sur les procédés de Kepitigalla ; nous les empruntons à une notice même de M. Holloway, publiée dans le « India Rubber World » de mars igoS. C'est làaussi que nous avons pris les figures, sauf celle de l'outil vu d'en haut ; cette dernière a été dessinée exprès pour le « J. d'A. T. » et n'est qu'une figure d'interprétation. La traduction (libre) du texte a été obligeamment faite, pour le Journal, par M. Cibot. — N. d. l. R.
Fig. 19
La méthode de coagulation et de préparation pour le marché que j'emploie à Kepitigalla, a été choisie à la suite de nombreux
essais, ayant porté sur les diverses méthodes employées dans d'autres parties du globe. Je suis convaincu qu'aucune ne vaut la mienne, et que si, elle était adoptée dans le bassin de l'Amazone, elle amènerait une élévation de prix d'au moins 6 pences, par Ib. de caoutchouc-Para.
L'outil employé pour entailler les arbres, n'est pas davantage semblable à ceux en usage ailleurs ; grâce à son tranchant net et à l'incision absolument sûre, l'arbre n'est que très peu endommagé. Dans la pratique, les deux mains sont employées indifféremment pour manier le manche de bois. Plaçant le sommet de l'angle iî à la naissance de l'entaille, l'outil est tiré vers le bas, en repassant deux ou trois fois dans la même incision, mais en prenant soin de ne pas entamer le bois.
Quoique l'opération paraisse difficile au commencement, une courte pratique suffit pour s'y faire.
Lorsqu'un premier ouvrier a fait deux incisions convergeant en forme de V, un autre place un godet de fer blanc au point inférieur du V. Il faut avoir bien soin que les deux branches du V ne se rejoignent pas complètement, un léger intervalle doit être laissé entre elles. Les incisions doivent être d'environ 4 pouces (11 cm.) de long, avec un écartement d'au moins 3 pouces (8 cm.) dans le haut. Le même écartement de 3 pouces doit être laissé entre chaque paire de W voisins sur le pourtour de l'arbre.
La première série d'entailles doit être faite aussi haut que possible, étant donnée la taille des ouvriers. Chaque jour suivant, une nouvelle série sera faite au-dessous, comme il est indiqué sur la figure.
Environ vingt cercles ou, plus exactement, rangées d'incisions pareilles pourront être faites sur un tronc haut de six pieds à compter du sol. Environ
NO 2; — Sept. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
5 incisions en forme de V pourront être faites autour d'un arbre de. 40 pouces (112 cm.) de circonférence (soit om. 35 de diamètre).
Les godets destinés à recueillir le latex, ont environ deux pouces- de diamètre et autant de profondeur. Le latex s'écoule immédiatement après l'incision, et il suffit que l'aide du « piqueur » enfonce le bord du godet dans récorce;il n'est besoin ni de clous, ni de mastic, ni de cire pour le maintenir en place. Un troisième ouvrier sui^ avec un seau d'eau et met une petite quantité de liquide dans chaque godet pour éviter la coagulation spontanée du latex; cette précaution est spécialement utile les jours oti il fait très chaud.
Tout ceci se fait de très bonne heure le matin ; 3 hommes peuvent placer 400 godets dans leur matinée (demi-Journée).
Le travail commence à 6 heures du matin, et à 1 1 heures tous les godets devront être enlevés et vidés dans un seau commun. Tandis qu'un coolie emporte le seau de latex à la factorerie, les autres nettoient les godets et les replacent une seconde fois au-dessous des mêmes entailles, pour les vider à nouveau de la même façon, à 3 heures aprèsmidi. Cette fois encore, les godets sont nettoyés; puis les coolies grattent lecaoutchouc qui a séché dans les blessures mêmes, ils recueillent ainsi ce produit inférieur qui, dans le commerce, a nom de scrapou de sernamby.
Occupons nous maintenant du traitement du latex récolté.
Le latex arrivant à la factorerie à l'état liquide, mélangé d'eau, ce qui est nécessaire pour la suite, on le filtre, à travers une très fine toile métallique — une passoire à lait par exemple — dans des bassines de fer blanc très peu profondes (55 mm.) et ayant 20 cm de côté; on l'y laisse au repos jusqu'au lendemain matin. Ce laps de temps doit suffir pour que tout le caoutchoucse coagule spontanément et sans l'emploi d'aucune substance chimique. La plaque de. caoutchouc est alors sortie, placée sur une table et on s'occupe à en exprimer l'eau qui reste, d'abord en la pressant doucement avec la main, puis au moyen d'un rouleau de bois, que l'on passe dessus, de côté et d'autre. A
la Hn, on obtient une feuille de caoutchouc d'environ -Vg de pouce (i5 mm.) d'épaisseur ( () que l'on met à sécher à l'air, sur des claies de bambous ou des rayonnages, cannés à la manière d'une chaise, mais d'un tissu moins serré. Le séchage sur les claies dure 4 à 5 jours; il est achevé en suspendant les feuilles de caoutchouc sur des fils de métal, tendus dans une chambre; un homme est occupé spécialement à détacher, au fur et à mesure, toute trace de moisissure qui apparaît, au moyen d'un chiffon.
Il faut environ deux mois pour que le caoutchouc soit convenablement sec et qu'il ne se produise plus de taches blanches (moisissures). Tant que ces taches apparaissent, c'est un signe d'humidité, et il faut continuer la dessiccation.
Quand on a obtenu le degré de siccité voulu, les feuilles de caoutchouc sont prêtes pour l'embarquement. Elles sont mises dans des caisses d'environ 18 pouces ( o m. 5o) de côté, et 8 pouces environ (o m. 22) de haut, ordinairement, chacune de ces caisses tient 5o Ibs (= 22 kg. 6) de caoutchouc.
Le secret des hauts prix réalisés par notre caoutchouc consiste : 1° dans le filtrage du latex, ce qui le débarrasse de toutes impuretés; 2° dans la minceur des feuilles, qui permet à l'acheteur de voir que la marchandise est exempte d'impuretés, de sable, etc..
Le caoutchouc Para d'origine arrive maintenant sur le marché en gros blocs et peut contenir une certaine quantité d'impuretés sans qu'on s'en aperçoive.
Aux ventes de rin 1902, à Londres, le caoutchouc de Kepitigalla a atteint des prix qui sont probablement les plus élevés de tous les caoutchoucs vendus dans le monde à la môme époque ; en effet, j'ai eu la satisfaction de constater une moyenne de 3 sh. II d. par Ib. (10 fr. 85 par kg.). J'estime que le total exporté de Ceylan en 1903 se chiffrera par 10 tonnes environ, dont 2 tonnes représentent la part qu'y contribuera Kepitigalla-Estate.
D'après F. J. Holloway.
(i)Ou même moins. V. plus haut, la lettre de
M. P. CiBOT. — N. DE LA R.
276 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 27— Sept. 1903
Science et Presse agronomique à Java
Aperçu sommaire des stations agronomiques et des revues spéciales de l'Ile.
En envoyant à l'imprimerie, il y a un une création d'initiative privée ou, plus
mois, la note de M. Kobus : Les stations exactement, syndicale.
pour rétude delà canne à sucre à Java^ (\\xe Comme on pu voir dans le n" 26 du
nos lecteurs ont trouvé dans le n" 26, du « J. d'A. T. », les budgets réunis des deux
« J, d'A. T. » nous y avions joint quelques stations de Pasoeroean et de Pekalongan,
commentaires destinés à appuyer et à com- vouées à Tétude de la fabrication de la canne
pléter les indications si gracieusement com- à sucre, représentent plus de 800.000 francs
puisées à notre intention par Téminent par an. Il faut y ajouter les frais de la
directeur de la station agronomique de magnifique revue périodique qui recueille
Pasoeroean. Une fausse manœuvre s'étant les travaux des stations, en même temps quo
produite au cours de la mise en page du ceux de collaborateurs libres: L' « Archief
numéro, nous nous sommes trouvé obligé, voor de Java-Suikerindustrie », également
au dernier moment, de faire sauter notre création syndicale des planteurs, est dirigé
copie et de publier le manuscrit seul de actuellement par M. Dukhoff, qui touche
M. KoBus. Nous en seronsquitte pour appor- de ce fait des appointements d'environ
ter à nos lecteurs en Post-Scriptum les quel- 25.000 francs (nous ne parlons pas des frais
ques considérations et informations primi- de publication proprement dits); il y a là de
tivement rédigées sous forme de préambule; quoi rendre rêveurs les journalistes les plus
nous profiterons de l'occasion pour ajouter cotés de la grande presse parisienne !
quelques développements nouveaux. si on voulait établir le bilan total des
sommes que les planteurs de Java consacrent
* * aux recherches scientifiques et agronomi-
La note de M. Kobus nous est arrivée à ques, on irait loin ; car, en plus des stations
point en nous permettant de nous acquit- spéciales à la canne, il y a celles du tabac,
ter tout de suite de la promesse faite dans cle l'indigo, du cacao, du café, du thé, du
notre n° 25 à l'occasion de l'article: Se- quinquina, etc.; les unes autonomes, les
lection chimique de la canne à sucre [ansi- autres rattachées au Jardin botaniquede Bui-
lyse du livre de M. Kobus, publié sous le tenzorg. Ce dernier est, à lui seul, tout un
même titre, en allemand, en 1901). Nous monde; l'État contribue, d'ailleurs, large-
nous étions engagé à prouver que si les su- ment à son entretien.
criers de Java continuent à faire de bonnes L'organisation de la presse agronomique
affaires, ils le doivent essentiellement à leur de Java n'est pas moins étonnante que celle
puissante organisation scientifique ; nous des établissements de recherche et d'expéri-
nous engagions à nous en expliquer dans mentation. Tout à l'heure, nous avons men-
une note spéciale. tionné 1' « Archief » des sucriers. Ils ne sont
Le mémento de M. Kobus, publiédans no- pas seuls à posséder à Java un périodique
tre n° 26, est d'autant plus intéressant qu'il technique bien fait. Le « Cultuur-Gids »,
a été rédigé par l'un des principaux auteurs de l'Association générale des Planteurs dont
de la prospérité agricole de Java. Nos lec- le siège est à Malang (voyez aux Annonces)
teurs feront bien de noter qu'il touche (re- est devenu, sous la rédaction de M. E. du
présentation comprise) un traitement annuel Bois, un recueil extrêmement intéressant;
de 50.000 francs et qu'il a à sa disposition cette Revue, assez richement dotée pour
7 assistants rémunérés en proportion. La pouvoir payer ses collaborateurs, était, à ses
station qu'il dirige, richement dotée, est débuts, réservée au Café, mais sa transfor-
No.-,- — Sept. iqo3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
mation a suivi celle de TAssociaiion même, rapports généraux des chefs de services,
et aujourd'hui elle s'occupe de toutes les Le « Bericht » n'est malheureusement pas
grandes cultures de l'île. connu à l'Étranger autant que les « Mededee-
Une autre publication corporative men- lingen »; l'Administration le distribue, d'ail-
suelle, quoique plus modeste, mérite encore leurs, avec une certaine parcimonie,
d'être connueaudehors, c'est le« Tijdchrift )) Il y a dix ans, nous étions, semble-t-il,
de la « Nederlandsch-Indische MaatschappiJ seul en France à suivre les travaux et publi-
van Nijverheid en Landbouw » de Batavia, cations des agronomes hollandais de Java,
qui traite également de toutes les grandes Dès cette époque, nous ne manquions pas
cultures, sauf la canne, et en plus, des forêts, une occasion de les faire connaître au
des mines, des industries, etc.. Le dernier public. Nos efforts ne sont pas demeurés
fascicule, qui est sous nos yeux, fait partie sans résultat: on a fini par comprendre que
du 67'' volume. les travaux hollandais, dans ce domaine, pri-
Le « Teysmannia ». également mensuel, maient ceux des autres nations réunies, et se distingue par son caractère scientifique, on se hâte d'en tirer parti. On exagère la science y est d'ailleurs mise rigoureuse- même parfois: exemple, telle revue franmentau service del'agriculture. Cette publi- çaise d'agriculture coloniale, qui a fini par cation est unie par des liens multiples au ressembler à un cahier d'écolier. Jardin de Buitenzorg, tout en jouissant. Au «Journal d'Agriculture Tropicale» semble-t-il, des avantages d'une entreprise nous lisons attentivement ce qui se publie à privée; peut-être, en subit-elle aussi les ris- Java, mais sans oublier que la majeure parques. Nous ne sommes pas bien renseigné tie de notre public a affaire à des conditions sur l'organisation intérieuie de ce confrère, naturelles, économiques et poliiiquts irès avec qui nous avons toujours eu, d'ailleurs, différentes. Quoiqu'il en soit, parmi les réles meilleures relations; cette revue en est, dacteurs parisiensdu •< Journal d'Agriculture si nous ne nous abusons, à sa i3'' année. Tropicale », trois savent, aujourd'hui, le hol-
Entreautres choses, " Teysmannia » est, de landais, sans compter le directeur; plu-
toutes les revues agricoles de Java, celle qui sieurs autres ont pris l'habitude de se faire
s'occupe le plus d'horticulture, des arbres traduire les travaux hollandais qui les inté-
fruitiers, des fleurs, etc. ressent.
La Direction du Jardin de Buitenzorg fait L'énumération des sources scientifiques,
paraître dans le « Teysmannia » des Com- donnée plus haut, peut paraître importante^
munications abrégées (« Korte Mededee- elle est cependant loin d'être complète et il
lingen »), mais ses travaux agronomiques y aurait encore bien des choses à dire si
proprement dits (« Mededeelingen ») pa- on voulait épuiser le sujet ; mais notre temps
raisseni sous forme de fascicules libres (sans est compté aujourd'hui, et nous avons hâte
périodicité régulière), chacun ne contient de conclure : L'île de Java offre le plus mer-
qu'un seul travail et se \tnd séparément, veilleux exemple d'application de la mé-
Cette série jouit, depuis de longues années, thode scientifique à l'industrie agricole, et
d'une célébrité bien méritée ; les personnes c'est cette méthode, à peu près inconnue des
qui s'occupent des questions agronomiques colonies françaises, qui explique la prospé-
tropicales, que ce soit culture, chimie, riié desplanieurs javanais, en dépit de l'He-
zoologie ou toute autre branche, auraient mile'ia, du Sereh et de tant d'autres ennemis
intérêt d'y puiser, ainsi que dans le vo- cryptogames ou insectes, et malgré la baisse
lume annuel (« Bericht ») contenant les des prix du café et du sucre.
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N'^ 27 — Sept. 1903
Le système de culture du D' de Zayas
Analyse du rapport de M. C. Theye, sur la culture de la canne à grand espacement, à la sucrerie Nuestra Senora del Carmen. — L'outil à couper le: cannes, de M. Antonio Fernandez de Castro.
Dans notre n» 21, nous signalions qu'une Commission du « Circulo de Hacendados » (Cercle des Fabricants de Sucre) de la Havane devait se rendre à la Sucrerie « Nuestra Seiiora del Carmen », afin d'examiner une méthode de culture nouvelle de la canne,imaginée par le D'' Francisco de Zayas. La visite a eu lieu depuis et le rapport, dressé par M. Carlos Theye, a été publié dans le no du 3o avril igo3, de la « Revista de Agricultura », organe du Cercle.
M. Alberto Pedroso a eu l'extrême bonté de nous en traduire les principaux passages. — N. de la R.
La sucrerie « Nuestra Senora del Carmen » appartient à M. Pedro Fernandez de Castro ; on sait que le D'' Francisco de Zayas, aidé par M. Antonio Fernandez de Castro, a inaugure' un système de plantation et de culture de la canne, qui rompt complètement avec tous les procédés suivis jusqu'à présent à Cuba. Le système en question est la création parfaitement personnelle de M. DE Zayas dont les premiers essais, dans la sucrerie « Santa Elena », datent de 1886. Le premier exposé détaillé a été publié par M. DE Zayas en février 1903, dans une suite de cinq n°' du Journal de la Havane, « El Nuevo Pais ».
Dès 1886, M. DE ZAYAseut Tidée de planter la canne à onze pieds de distance (== 3 m. 3 5), et dans des terres constamment cultivées en cannes depuis au moins 40 ans, sans fumure, il put récolter i 34.400 arrobas (i), soit 1.545.600 kg. de cannes par caballeria de i3 hectares; cela fait 1 18.892 kg. à l'hectare. La richesse saccharine du jus était de 20 ?/o et la pureté, de 95, 23. Un champ témoin, contigu, planté à six pieds seulement de distance entre les lignes, contenant, par conséquent, 3o.ooo plants de plus, donna approximativement le même nombre d'arrobas de cannes par caballeria ; chaque canne était donc, forcément, beaucoup moins développée. La richesse saccharine de ces cannes fût reconnue, comme on pouvait s'y
attendre, de beaucoup inférieure à celle des cannes plantées à i 1 pieds de distance.
La pratique courante des agriculteurs de Cuba, qui plantent très dru, s'explique par le désir d'éviter les binages ; mais on sacrifie de cette manière le développement des cannes et on nuit à leur richesse saccharine.
Le D"" DE Zayas réfute l'objection qu'on n'a pas manqué de lui faire, à savoir : l'exemple des îles Haiwaï, où on obtient des rendements extraordinairement élevés, et où cependant les cannes sont plantées bout à bout dans des lignes distantes seulement de cinq pieds, soit i m. 52. Les conditions des deux pays ne sont par les mêmes; en particulier, les résultats merveilleux obtenus aux îles Hawaï sont dûs aux copieuses irrigations installées à grand frais dans cette partie des iles où il pleut à peine. Dans la zone pluvieuse de l'archipel où la quantité des dépôts atmosphériques est égale ou même supérieure à celle des régions sucrières de Cuba, et où il n'a pas été entrepris de ces très coûteux travaux d'irrigation, le résultat est bien différent : quoiqu'il s'agisse de terres beaucoup plus riches que celles de Cuba en acide phosphorique et en potasse, elles ne donnent qu'environ 17.692 kg. de cannes à l'hectare, (20.000 arrobas par caballeria), tandis que dans les terres irriguées on obtient 176.933 kg. par hectare, (i)
En Louisiane, on ne dépasse pas la distance de six pieds (i m. 83) de ligne à ligne, mais, fait observer le rapporteur, c'est un pays bien peu propice à la culture de la canne.
Après divers essais, le D"" de Zayas a adopté les distances de 4 varas, soit 3 m. 36 de ligne à ligne, et de 3 varas, soit 2 m. 52 de plant à plant dans les lignes. C'est-à-dire que chaque plant, dispose d'une superficie de 12 varas carrés, soit environ 10 m-. C'est
(i) I arroba == 11 kg. 1/2,
(1) Comparer avec les chillres de M. Vizzavona, reproduits dans le n" 24 du « J. d'A. T. ».
NO 27 — Skpt. igo? JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
dans ces conditions qu'ont été plantés les 40 centimètres (avec 3o cm. en profondeur) -8 hectares examinés par la commission du peuvent en réalité atteindre une longueur
« Circule de Hacendados ».
Ces distances, dit le rapporteur, sont réellement extraordinaires si on les compare avec les plus grandes distances recommandées jusqu'ici; lesquelles ne dépassent pas, pour chaque plant, une superficie de 3 à 4 varas carrés, soit de 2 m-. 52 à 3 m'-. 36.
de 2 m. 25 en ligne droite, comme M. Théve a eu l'occasion d'en observer lui-même dans la Sucrerie « N. S. del Carmen » Une pareille plante couvre de ses racines une superficie de i5 mètres carrés. Il est vrai qu'en principe ce n'est pas dans les cultures les mieux soignées que les racines prennent
Cependant à Cuba, comme partout, on a de ces dimensions démesurées, mais plutôt l'habitude de varier l'espacement des plants dans les terrains pauvres, où la nourriture de canne selon la fertilité du sol, qui déter- estjdifficile à atteindre.
mine la hauteur et le développement qu'on peut espérer di chaque souche; ceci, en vertu d'un principe d'économie agricole qui s'applique à toutes les cultures et à tous les climats :
Dans les terres vierges, provenant de forêts récemment coupées, on plante, à Cuba, à 7 cuartas (:= i m. 47) dans la ligne, par 8 cuartas (= i m. 68) de ligne à ligne; ou bien encore, à 2 varas (= i m. 68) en carré; dans ces cas, on espère plusieurs coupes consécutives. Si la terre est plus pauvre, fatiguée, et ne promet pas à la plante une aussi longue prospérité, on se résigne, comme cela se fait dans la plupart
M. DE Zayas applique largement les instruments agricoles perfectionnés :
La préparation du terrain se fait avec des charrues à disque, de la maison Deer ; deux paires de bœufs et un seul homme, viennent à bout, dans des terres pas trop compactes, d'une caballeria, soit i3 hectares, en 4 semaines, en labourant à 4 pulgadas, soit 10 centimètres. Autrement dit, quatre charrues peuvent mettre en état une caballeria de i3 hectares en une semaine.
Le « second fer » (seconde façon) se fait avec la même charrue, Jusqu'à 8 pulgadas, soit 30 centimètres ; il exige le même espace de temps. Une troisième façon,
des pays producteurs, à ne couper la canne toujours avec le même instrument, approque deux fois au plus, et souvent même une fondit jusqu'à 9 puigadas, soit 22 cm. 5 ; il seule fois; dans ces conditions, on plante à n'exige plus que trois semaines pour une
de très courtes distances : 5 à 6 cuartas (i m. o5 à I m. 2C)] de ligne à ligne et 20 à 40 centimètres dans la ligne.
Le D"" DE Zayas cultive ses terres d'une façon intensive, et soigne les souches: c'est ce qui lui permet de tirer parti de l'espacement si grand qu'il préconise.
On pourrait se demander si en adoptant des distances moindres, quoique plus grandes que celles d'usage courant à Cuba, et en mettant un plus grand nombre de plants à l'hectare. M. de Zayas n'obtiendrait pas des rendements plus forts encore? Le rapporteur nele pense pas.
La distance, dit-il, entre les plants dans une culture, doit être en rapport avec l'extension des racines, afin que les souches ne se nuisent pas mutuellement. Or, les
caballeria (avec une seule charruej.
Après avoir marqué les lignes avec une petite charrue créole, consistant en un morceau de bois pointu, on y passe un cultivateur attelé, qui ameublit la terre jusqu'à 10 puigadas, soit 25 centimètres.
Après avoir encore une fois rompu le soussol au moyen d'une charrue Oliver, attelée de deux paires de bœufs, on repasse une seconde fois avee le cultivateur .
Dans quelques champs, M. de Zayas a employéle fumier d'étable, dans la proportion de 6 à 7 livres par pied de canne, au moment de la plantation. Dans d'autres, il a employé l'engrais chimique de la fabrique Lister, contenant 7 "« de nitrugène ammoniacal, 8 "» d'acide phosphorique assimilable et 5 '.'0 de potasse ; il en fit donner à rai-
racines horizontales de la canne, auxquelles son de 100 grammes par pied de canne, communément on assigne une longueur de Mais ces applications d'engrais n'ont pas
28o JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 27 — Sept. 1903
dépassé la limite de petits essais, dont on reau en fonte, de 3o centimètres de long qui
ne saurait dire encore les résultats. glisse librement sur une arête delà barre
La plantation proprement dite a lieu par qui lui sert deconducteur. En levant cefour-
les procédés usuels. Comme la caballeria ne reau, et en le laissant tomber avec force sur
portera que i5.55o plants (i 196 à Thectare) la partie annulaire de la barre sur laquelle
on voit que le nouveau système réalise une il repose, celle-ci coupe la canne au pied,
forte économie tant en boutures qu'en main d'un seul coup ou en deux coups ( i) — si la
d'oeuvre ; en effet, il suffit de i.5oo arrobas canne est très grosse — sans arrachage, et
(17.250 kg.) de cannes par caballeria, soit avec une grande rapidité. Le premier jour,
i.'326 kg. par hectare, en employant pour sans aucunepratique préalable de la part des
chaque plant, deux boutures de trois yeux, gens qui maniaient l'instrument, nous avons
Les boutures une fois en place, on les cou- pu compter dix, douze et jusqu'àseizecannes
vre à la bêche et on repasse sur le sillon coupées en une minute.
avec le cultivateur. Une petite équipe spéciale a pour occupa-
Lorsque la canne a levé, on passe entre lion de couper le sommet vert des cannes
les lignes un cultivateur à deux lames, tiré récoltéeset démettre les cannes en tas dansla
par des bœufs ou des mulets; on arrache rue que bordent deux sillons voisins ; rappe-
aussi à la main l'herbe qu'on trouve à pro- Ions qu'elle a 4 varas, soit 3 m. 36 de large,
ximité des cannes. En huit Jours, avec une Les sommets et la paille sont entassés dans
paire de mulets, on parcourt ainsi une ca- la rue opposée ; ainsi, alternativement, il y a
balleria, en passant deux fois entre chaque des rues de cannes et des rues de paille et
paire de sillons et en ameublissant à la pro- sommets.
fondeur de 6 pulgadas, soit 1 5 centimètres. En prenant pour base le chiffre minimum, On renouvelle cette opération 8 fois durant c'est-à-dire 10 cannes par minute, et en conle cours de la végétation. Enfin, peu de sidérant que chacune fournit un poids mitemps avant la coupe, on fait tomber la nimum de trois livres, on déduit que les paille, pour .faciliter la maturation. deux hommes, qui ensemble réalisent le tra- Toutes ces opérations demandent, par ca- vail ci-dessus, mettent à bas, en une heure, balleria, une dépense totale de 400 pesos en 1.800 livres, soit 72 arrobas de cannes, ce argent espagnol, soit i.5oo francs par cabal- qui correspond à 36o arrobas ou 540 kg. leria, ou i i 5 francs à l'hectare. par journée de 10 heures.
Le système employé pour couper la canne, Dans un champ de l'ancien système où les
est une des innovations les plus notables cannes ne pèseraient qu'une ou deux livres,
réalisées à « N. S. del Carmen ». l'opération pourrait bien revenir trop cher,
Il s'agit de laisser dans les champs les re- car au lieu de 36o arrobas on n'en abattrait
jetons qui ne sont pas encore arrivés à leur que 240 ou 120 dans le même espace de
complet développement (« hijos »), et de ré- temps.
colter seulement les cannes susceptibles de La largeur des rues facilite considérabledonner un bon rendement industriel. Or, ment l'enlèvement des cannes d'une part, générablement, à Cuba, on coupe avec le des sommets et paille d'autre part. De pemachete (sabre d'abatis) le champ tout tites charreties, tirées par une seule paire de entier, sans distinction ni sélection d'aucune bœufs, n'ayant que i m. 22 de large, avec sorte. des roues de i m. 3o de diamètre, y évoluent L'instrument pour faire la coupe nouvelle avec la plus grande facilité, ne blessant nulmanière, est une invention de M. Antonio lement les tiges des cannes (rejetons) restées Fernandez de Castro, et consiste en une sur le champ. Ces petites charrettes, dont barre de fer de plus d'un mètre de long, ter- ___
minée à l'une de ses extrémités par un cou- (i) Cette description ne permet certainement pas
.„i j r .• V. j 1 . ^ • • ' de se rendre compte de l'outil en question M. Pe-
telas de 5 centimètre de large, très aiguise, .. , ^^,;^^!, r„K, „^„r tA^upr.H'.^n -ivnir
o ' o 1 DROSO a bien voulu ecrirea Cuba pour tacrier u en avoir
et à l'autre extrémité par une espèce de four- une figure. — N. d. l. R.
N° 27 — Sept, igo'i JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
la tare est inférieure de i.ooo livres à celles en terrain sablonneux (« perdigon ») que ses
des grandes charrettes communes du pays, caractères, physiques et chimiques, classent
portent à l'usine, avec une seule paire de comme plutôt inférieur à la généralité des
bœufs, de 170 à 218 arrobas de canne, soit terres de Cuba.
2.507 kg. au maximum. Les grandes char- Ce qui surprend particulièrement le visi-
rettes chargent de 25o à 3oo arrobas. — teur, c'est l'aspect magnifique que présente
Naturellement, dans l'avenir, il y aura pro- le champ après la coupe : c'est comme s'il
fit à établir un système de chemins de fer avait été coupé six mois plus tôt dans le sys-
portatifs. tème de culture habituel. En effet, avec ie
Il est impossible, ainsi conclut le rappor- nouveau procédé, les souches conservent de
teur, de signaler, dès à présent, tous les dix à trente rejetons, beaucoup de parmi
avantages du système DE Zayas ; toutefois, en ceux-ci ayant trois et quatre entre-nœads
voici quelques-uns : et i m. 5o à 2 m. 5o de haut. Cette
Quant au rendement cultural, on n'a pu avance considérable, quant à la végétation,
en juger encore que par un champ de prin- permet de faire profiter les plantes, dès la
temps, qu'on vient de couper : il a donné coupe terminée, de tous les avantages d'une
une production de 60.000 arrobas par cabal- culture immédiate, en passant la bineuse à
leria, soit 53.070 kg. à l'hectare. C'est le deux dents, d'abord dans les rues où étaient
moment de rappeler que le nouveau système les piles de cannes coupées, et ensuite dans
de coupes^de cannes comporte un choix rai- celles où étaient la paille et les sommets,
sonné : on ne coupe que des cannes arrivées qu'on a au préalable transbordé sur la rue
à leur complet développement, en laissant qu'on vient de biner.
sur pied de nombreuses cannes de trois et Le D»" de Zayas se propose de publier pro-
quatre entre-nœuds. La production totale est chainement un nouveau travail, qui sera le
donc vraiment très notable, surtout lorsqu'on complément de celui publié dans le « Nuevo
considère que c'est un champ de printemps, Pais)).Noustiendronsnoslecteursaucourant.