PARTIE connERcmLE
Le Marché du Caoutchouc
Par MM. Hecht frères & C'**.
Para fin. — Les cours ont été extrêmement irréguliers depuis un mois, La hausse que noussignalions dansnotre dernierarticle s'est un moment accentuée et l'on a payé jusqu'à 11,20 pour Fine du Haut Amazone, puis l'on est redescendu à 10, 65 pour caoutchouc du Haut Fleuve et 10, 55 pour Bas Amazone, prix auquel on reste acheteur au moment où nous écrivons. Le marché se ressent naturellement de la fin de l'année, et il y a aussi peu de désir de vendre, de la part des détenteurs, que d'acheter, du côté des consommateurs. Le fait le plus saillant est la cherté relative du caoutchouc du Bas Amazone. Alors qu'en cette saison il vaut généralement 25 à 35 centimes de moins que l'autre, aujourd'hui la différence n'est plus que de 10 centimes, et il est probable que d'ici peu les deux sortes seront au même prix.
Sortes intermédiaires. — Les Sernambys Manaos se sont payés un moment 9 fr. en disponible, puis 8,90 et l'on vendrait audessous pour livraison éloignée. Les Boules du Pérou sont très off"ertes pour février et mars à 8,70; lesSlabs continuent à n'arriver que par très petites quantités.
Les arrivages du Para pour novembre ont été de 2.980 tonnes, contre 2.640 l'année dernière. Les recettes du mois courant étaient au 23 décembre, de 2.700 tonnes. Nous continuons à penser qu'il faut s'attendre, pour l'année entière, à une augmentation variant de 3 % à 5 % sur le chiffre de la récolte précédente.
Les statistiques générales donnent pour les diverses sortes les chiff"res suivants en tonnes, au 3o novembre 1903, comparés à fin novembre 1902 :
1903 1902 Sortes du Para : — —
Stocks à Liverpool 402 1.2 16
» à New-York 64 176
1) au Para ig5 184
En route pour l'Europe i.iio gSo
» » pour New-York 1.000 710
)i « d'Europe à N.-Y.... — 3o
Arrivages à Liverpool....... 1.070 1.006
» à New-York i . 146 1.382
Livraisons à Liverpool 1.154 i.iog
» à New- York i . 1 5o i . 35o
Arrivages au Para 2.980 2.640
Id., dep. le i^rjuil. g.çSo 9.260
Expéditions du Para en Europe. i.55o 1.273
» » à New-York i.58o 1.341 Sortes d'Afrique :
Stocks à Liverpool 5i6 642
» à Londres 274 325
>. à New-York 188 307
Arrivages à Liverpool 520 463
)) à Londres i55 67
» à New-York 728 719
Livraisons à Liverpool 479 5o3
)) à Londres 102 170
)> à New-York ...... 780 870
Stocks de toutes sortes: 3.749 4.390
Sortes d'Afrique et d'Asie. — Les
prix ont continué à baisser, mais il y a peu de stocks, et tout ce qui arrive est vite enlevé, sauf les qualités inférieures, qui sont peu recherchées.
Nous cotons aujourd'hui: Twists du Soudan 8,40 à 8,75; Twists du Lahou 8,20 à 8,3o; Niggers 8,5o à 9,20 ; Madagascar Niggers 2,65 à 6,i5; Madagascar rosé 7,50 à 8,10; Madagascar noir 6,75 à 7,1 5 ; Loanda 7,10; Benguela 7,35; Mozambique prima 9,35 à 9,85 ; Tonkin noir 7,50 à 7,75 ; Tonkin rouge 8, i5 à 8,65; Bornéo prima 6 fr.
No 3o Dir:c. ,r,o3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
à 6,20 suivant la marque; Bornéo secondaire 5 francs à 3, 20 ; Bornéo troisième 4 fr. Grand Bassam Lumps choisis 5,25 à 5,5o ; Assinie 5,25 ; Grand Bassam pressé 7,40 à 7,60 ; Gabon 7 francs : Loango 7,25 à 7,5o. Anvers. — On a vendu le 16 décembre 675 tonnes, et Je 18 décembre 5o tonnes, avec 20 ceniimesde baisse moyenne.
Les arrivages du Haut-Congo français continuent à augmenter.
Caoutchouc cultivé. — Le Parade Ceylan
continuée arriver régulièrement à Londres, et tous les quinze jours on en vend une ou deux tonnes en vente publique. Le dernier prix payé a été francs 12,40.
Les arrivages de Java cultivé (« Plantation Java ») continuent à être faibles. Cette qualité vautnominalement 10 francs le kilo.
Hecht Frères & Cie.
75, rue St-Lazare, Paris.
Paris, 26 décembre igoS.
flCTUnLITÉS
La vérité sur la gutta-percha de fruits de l'Amérique Centrale
[Taberncvinontana Donnel-Smithii\ Lettre de M. H. E. Low.
Nous avions recueilli dans le n" du 2 i décembre 1902 de notre aimable confrère '< Le Petit Colonial », cette information dont la source première n'était point indiquée :
« L'exemple d'un planteur du Nicaragua.
M. Low, devrait encourager nos colons des régions de même climat à se procurer le Tabernœmontana Donncll-Smithii Ross., pour tirer la gutta-percha de ses fruits. Selon lui, un arbre peut fournir 5o à 60 livres de gutta sans qu'il soit besoin d'endommager son écorce. On peut recueillir 800 fruits sur le même arbre. Chaque fruit de la grosseur du poing peut donner de 3o à 5o grammes de gutta, pourvu qu'il ne soit ni vert ni trop mûr. Il faut éviter la fermentation, funeste au latex. La méthode proposée par M. Godefrov-Lebeuf et consistant à découper les fruits en tranches minces que l'on ferait dessécher, occasionnerait trop de frais de transport, d'après M. Low; il conseille de faire avec les fruits une sorte de pulpe comme celle de la pomme de terre préparée pour l'extraction de la fécule; ensuite on extrairait la gutta parle sulfure de carbone. Il y auraitlà,estime-t-il, une source de bénéfices considérables. »
M. Low est notre abonné et l'un de nos collaborateurs les plus intéressants; nos lecteurs n'ont certainement pas oublié la note si substantielle, sur ses essais de cultures nouvelles, parue dans le n" 20 du «J.
Nous nous empressâmes donc de lui communiquer la coupure et de lui demander où l'affaire en était, commercialement parlant.
Le produit guttoïde du T. Donnel-Smithii a été longuement décrit par Preuss dans son Voyage (livre analysé dans le n° 3 du « J . d'A. T. ») et l'arbre a été introduit par lui au Cameroun. Une étude scientifique et technique du produit rapporté par lui d'Amérique a été effectuée à Berlin par les soins du « Kolonial-Wirtschaftliches Komiiee » et publiée dans le '< Tropenpflanzer ».
Nous avons néanmoins désiré connaître par lui-mêmele sentiment actuel de M. Low sur la matière, et bien nous en a pris, car voici ce qu'il nous répond :
(( L'extraction industrielle de gutta-percha des fruits de T. Donnel-Smithii ne se fera pas encore de si tôt. Les arbres sont de taille très élevée et ne se présentent dans la forêt qu'à l'état disséminé; pour ces raisons, la cueillette des fruits est difficile et dispendieuse. La scarification des fruits, qui devra se faire à peu près comme celle des têtes de pavot (pour l'opium) ou des papayes (pour la
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 3o — Dec. 1903
papaïne), ne manquera pas d'être également une opération aussi délicate que fastidieuse. Enfin, le rendement en gomme est minime et cette gomme est d'ailleurs de mauvaise qualité,
« J'en ai envoyé, dans le temps, un petit échantillon à Berlin; il y fut reconnu trop résineux, il restait toujours un peu visqueux. A la suite de cette expertise, j'abandonnai l'affaire, quitte à la reprendre par des procédés nouveaux, si un jour j'ai du temps de reste. »
Sucre de banane.
Impossibilité de la prétendue entreprise de Cuba. Lettre de M. F. d'Herelle.
Dans le n° 24 du « J. d'A. T. », au cours d'un article très étudié : Sucrea et alcool de bananes, M. H . Neuville citait, tout en soulignant son invraisemblance, une information de notre confrère nord-américain « Tea, Coffee and Sugar », d'après laquelle une Compagnie se monterait à Cuba dans le but de produire du « sucre de banane », à raison de i.ooo barils par jour. Plusieurs lecteurs ont tenu à joindre leurs protestations à celle de M. Neuville :
Dans le n" 25 du « J. d'A. T. » M. Alb. Pe- DBOSo indiquait déjà que l'origine de cette information fantaisiste pourrait bien être dansquelque confusion avec les usines de farine de banane, dont il mentionnait deux. Une troisième, des plus importantes, dirigée par un Américain, M. Pennington, s'y est ajoutée depuis ; nous aurons l'occasion d'en reparler. — N. d. l. R.
Dans votre n» 25, je lis une lettre de M. A. Pedroso relative au sucre de banane; je suis entièrement de l'avis de votre collaborateur, la revue américaine a dû faire erreur. Pour moi, il doit s'agir d'une fabrique de farine de banane et non pas d'une sucrerie, car le projet serait tout bonnement insensé.
D'après des essais que j'ai fait dernièrement, la banane mûre contient en moyenne 18,5 % de matières solides, qui contiennent elles-mêmes en moyenne 70 % de sucres.
Donc, 100 kg. de bananes contiennent en chiffre rond i3 kg. de sucres, soit, au maximum, 2 kg. par régime moyen. Il faudrait travailler plus de neuf millions de régimes de bananes par année pour fournir les
i.ooo barils de sucre par jour, indiqués par la revue américaine comme production présumée de la fameuse usine en construction. Comme les Compagnies qui chargent les fruits à Cuba payent environ 25 cents or par régime, la fameuse sucrerie de banane devrait certainement payer au moins le même prix, ce qui ferait que le sucre lui reviendrait à 12 cents '/-i» soit 65 centimes le
kg de glucose !
Car il reste encore à savoir si la banane mûre contient de la saccharose : je me permets d'en douter. Je poursuis d'ailleurs en ce moment une étude sur la banane, et je vous communiquerai les résultats quand je l'aurai terminée. Pour en revenir à la Compagnie en question, si l'on me répond qu'elle pourrait cultiver elle-même les 400 kilomètres carrés de bananeries nécessaires pour son approvisionnement, eh bien, je répondrai à mon tour, qu'elle trouvera alors bien plus avantageux de faire la concurrence aux Compagnies qui exportent actuellement les bananes fraîches, plutôt que de fabriquer un produit qu'elle arriverait, avec beaucoup de peine, à écouler à cinq centimes le kg. !
Reconstitution d'une bananeraie épuisée,
au moyen de cultures intercalaires enrichissantes Lettre de M. J. J. Esmenjaud.
Dans le n° 14 du « J. d'A. T. » nous avons inséré une lettre de M. Esmknjaud rédigée, en quelque sorte, en réponse à l'article de M. Couturier : Fumure du bananier et oij ce planteur exposait son projet de cultiver le cowpea entre les rangs des bananiers. Il y revient aujourd'hui avec de nouveaux arguments.
Nous espérons que son appel sera entendu et qu'il nous arrivera des communications utiles sur la matière. Dès à présent, nous pouvons dire à M. EsME^JA.uD qu'il n'est pas seul, dans l'Amérique Centrale, à concevoir les avantages de la combinaison; il nous souvient avoir lu récemment dans le « Bolletin n de l'Institut Physico-Géographique du Cosia-Rica qu'un planteur de ce pays, dont le nom était cité, cultivait le cowpea comme entrais vert dans sa bananeraie et qu'il s'en trouvait bien. Notre savant collaborateur M. Pittier, le très distingué directeur dudit Institut et auteur de la traduction espagnole du Petit Traité d'Agri-
N"3o— Dkc. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
culture Tropicale de Nicholls, nous obligerait beaucoup s'il pouvait nous faire parvenir des renseignements circonstanciés sur le cas que nous venons de signaler: nous ne retrouvons plus l'information que nous nous rappelons cependant parfaitement avoir découpée dans le « Bolletin » ; elle était d'ailleurs un peu sommaire. — M. Couturier a déjà entretenu les lecteurs du »■ J. d'A. T. » des caractères agricoles du cowpea (v. n^ 5, Cowpea et Velvet bean). — N. d, l. R.
« La banane est, pour cette contrée, l'une des meilleures cultures qu'il y ait, à condition que l'on puisse vendre régulièrement toute la récolte, et utiliser le rebut, c'est-à-dire les fruits qui sont refusés par les vapeurs fruitiers. D'un autre côté la culture est un point capital.
« L'herbe, qui puUulle terriblement dans les bananeraies d'un certain âge, diminue la production, et augmente le nombre des petits régimes, invendables. Or, les vieilles bananeraies offrent d'autre part un trèsgrand avantage : étant plus près de l'embarcadère, il en résulte une économie sur le transport; les fruitssont aussi moinsexposésà s'abîmer, ayant un parcours moins long à effectuer.
« Il s'agirait donc de trouver un moyen de rendre à ces bananeraies épuisées leur fertilité première. Voici ce que je pense faire à ce sujet. Abattre complètement tous les bananiers, les laisser sécher au soleil et les incinérer, aussi parfaitement que possible.
Ensuite, labourer la terre avec une charrue à disque et y planter ou semer quelque légumineuse fixant l'azote de l'air ; de préférence, une plante vivace, et qui puisse servir de fourrage pour le bétail. Après que le champ aura été ainsi en friche pendant une année, j'y replanterai de nouveau des bananiers, à grandes distances (environ 20 pieds d'un plant à l'autre). De cette façon, les nettoyages pourront se taire au moyen des machines, et il y aura, en plus, le fourrage que je pourrai utiliser pour mon bétail,
« Maintenant, la question est de trouver cette plante qui réunisse les conditions requises : i" Fixer l'azote ; 2" Etre assez vigoureuse pour étouffer la végétation spontanée; 3" Etre bonne pour les bestiaux.
« Veuillez soumettre la question aux mar-
chandsde graines en rapport avec le Journal; peut être aussi pourriez-vous obtenir quelque conseil de l'un ou l'autre de vos lecteurs placé dans des conditions analogues aux miennes? ».
J. J. ESMENJAUD,
Vice-consul de Belgique.
Santo-Tomas, Guatemala, i3 août iqoS.
'^^^^^ Le Kapok du Congo Français Question de M. G. Berthelot du Chesnay.
Dans de précédents numéros du « J.d'A. T. », nous avons publié divers renseignements sur le kapok. En particulier, dans le n° 16, un exposé général concernant ce produii:; et dans le n» 23, une note sur le kapok comme matière à rembourrer les appareils de sauvetage.
Cette application nouvelle et très spéciale (brevetée,paraît-il)est liée à la remarquable flottabilité de la bourre de kapok et semble lui assurer un débouché considérable.
Mais une partie seulement des lots offerts sur les marchés internationaux présentent le coefficient de flottabilité très élevé que demande l'industrie des appareils de sauvetage.
Quoi qu'il en soit, à la suite des articles précités, on nous pose quelques questions précises, que la publicité du Journal nous permettra, espérons-le, de résoudre. Citons, en attendant, les derniers cours tels que les donne le « De Indische Mercuur » du 8 décembre (d'après MM, M. et >S: C. W. Breukelman, de Rotterdam) : Au icr déc, on cotait : Egrené prima : 29 à 3o cents. — Egrené, bon et assez bon : 27 à 28 c. — Egrené, irrégulier ( « afwijkend » ) : 24 a 25 c. — Brut, prima : (j à 10 c. — Brut, irrégulier : 8 à 9 c.
Ces prix s'entendent pour le '/.^ kg.
M. Bkrthelot du Chesnay nous éctit en substance :
v( Je voudrais savoir si les industriels qui achètent le kapok le préfèrent égrené ou pas ? Quel prix ils le pavent au producteur dans l'un et l'autre cas, suivant qualités bien entendu ? Enfin, quellequantitéon peut jeter sur le marché avec chance de vendre.
< Ces renseignements me sont nécessaires pour juger s'il y a lieu de tabler sur l'exploitatiottdu fromager (arbre à kapok) dans les devis de mise en valeur de la concession que je suis en train d'organiser sur le littoral Bavili (Congo français).
. L'article sur l'égrenage du kapok que vous me dites avoir en préparation, m'inté-
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 3o — Dec. 1903
ressera énormément, car sauf au « J. d"A. sur des difficultés « d'ordre pratique »,
T. », les documents sur le mode de prépara- puisqu'il est bien précisé que c'est : la cherté
tien du kapok font absolument défaut ; de de main-d'œuvre.
même d'ailleurs que tout ce qui touche au " Tout ceci dit, d'ailleurs, sans que j'at-
commerce de cette bourre. tache à ma rectification une grande impor-
« Vous savez que le kapok n'a jamais été tance; mais, dans ces traités généraux sur les
exploité au Congo français,, tout est donc à plantes coloniales et leur exploitation, les
étudier de ce côté, et je cherche a me ren- occasions d'erreurs réelles sont, hélas, assez
seigner d'une façon précise, auprès des com- nombreuses — étant donné le vague fréquent
missionnaires et des industriels compétents, de nos connaissances — pour qu'il ne vienne
sur les chances de réussite d'un commerce pas encore s'y ajouter des interprétations
de ce produit. erronées. »
« Le fromager du Congo et le Kapok des Veuillez agréer etc.
Iles de la Sonde produisent des bourres absolument identiques, il est facile de s'en convaincre à Paris au Muséum, ou au Jardin Colonial. > Veuillez agréer, etc.
G. Berthelot ])U Chf.snav.
Le Cacao à Samoa.
Rectification de M. Henri Jumelle.
M. H. Jumelle, professeur à la Faculté des Sciences de Marseille, cité par M, Hamel Smith dans l'ariicle Le Cacao à Samoa (« J. d'A. T. », n° 2g), nous écrit pour remettre au point quelques passages de son livre Le Cacaoyer, dont il conteste l'interprétation donnée :
« ... A propos du cacaoyer à Samoa, j'ai écrit dans mon livre : « Sur les avantages de
H. Jumelle.
L'essor de l'Hevea en Asie
O. J. Collet : L'Hevea asiatique. — Suite aux études pour une plantation d'arbres à caoutchouc. In-8°, 84 pp., abondamment illustré. Tiré à part du « Bull, de la Société d'Etudes coloniales ». Falk fils, éditeur, Bruxelles, 1903. Prix : 3 francs.
Cet ouvrage, du plus haut intérêt pour les planteurs, fait suite à une étude similaire publiée l'année dernière et que le « J.d'A. T. » a signalée dans son n" 14 (§ 201, papier bleu). L'auteur, qui a vécu longtemps en Malaisie où il s'est occupé de cultures diverses, a résumé et mis au point la question
« cette culture, les opinions diffèrent. Alors avec une netteté de vues que l'on a déjà pu
« que certains planteurs sont optimistes, « d'autres objectent la cherté de main- « d'œuvre. sur un sol d'origine éruptive qui « interdit l'emploi des animaux ou des ma- « chines. »
« Je n'ai donc fait que citer les opinions contradictoires actuelles, et ce n'est, parcon-
remarquer dans ses études précédentes : Le Tabac à Sumatra, La Gutta-Percha, Le Café de Libéria, L'Etain^ etc.
On a longtemps hésité, en Asie, entre le Castilloa, le Ficus et VHevea (le Manihot étant délaissé depuis des années) ; mais le premier, qui paraît réussir au Mexique et
sé(\nem, pas à mes yeux, msiis auxyeux de dans T Amérique Centrale, n'a pas donné
certains planteurs, (\\xt ce sol volcanique d'aussi bons résultats en Asie ; par contre, il
constituerait une infériorité, j'ai exposé les a été reconnu avec certitude, à Ceylan et
faits, sans ajouter aucun commentaire. Ou dans la Péninsule malaise tout au moins,
plutôt, j'ai dit, au contraire, que « le que l'Hevea peut donner en moins de 10 ans
cacaoyer, dans cette partie del'Océanie.peut un produit rémunérateur Cetarbre, dont les
réussir ». premiers plants ont été importés du Brésil,
« Car il faut remarquer que les objections en passant par Kew, en 1876, a donc été
mêmes de ces planteurs ne portent pas — propagé rapidement sur divers points de
comme le dit à tort M. Hamel Smith — sur Ceylan et des Etats Fédérés malais ; il sem-
une difficulté culturalerésultantdu sol, mais ble être celui auquel s'adresseront désor-
N° 3o— Dec. igo'i JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
mais toutes les préférences, en raison de sa vitalité, de l'excellence de son produit et du grand nombre d'arbres qu'il est possible de mettre à l'hectare. Ce dernier facteur est de la plus haute importance et donne à l'Hevea, en particulier, un avantage marqué sur le Ficus qui donne de bonne heure un produit abondant, mais demande beaucoup plus d'espace pour se développer normalement.
Nous ne pouvons analyser en détail tous les matériaux intéressants que M. Collet met en présence, mais nous résumerons les plus frappantes de ses constatations: En premier lieu, signalons le rendement élevé de l'Hevea en Malaisie, à un âge auquel en Amazonie, sa patrie cependant, il est considéré comme improductif( i). Les évaluations les plus modérées indiquent un rendement annuel de 420 grammes de caoutchouc sec pour les arbres de sept ans, et de i kg. pour ceux de dix ans.
L'auteur examine ensuite les diverses mé= thodes deplantation,récartement nécessaire, le traitement du latex. Après avoir donné des diagrammes de production, des devis (la plupart tirés de Stanley Arden) de plantation et d'exploitation arrive à cette conclusion, qui est aussi la nôtre (v. «J.d'A. T.» 1903, p. 147) que les planteurs asiatiques, pouvant mettre sur le marché un produit de qualitétoutà fait supérieure, à des prix inférieurs à ceuxdu caoutchouc similaire d'Amazonie, finiront par écarter un Jour ou l'autre les produits des exploitations sylvestres de l'Amérique du Sud. Les démonstrations très consciencieuses de M. Collet cadrent parfaitement avec celles de MM. Ledeboer (v. «J.d'A. T.» 1903, 198), D^Yersin(« J.d'A. T. », 1903, p. 173) et Stanley Arden (« J.d'A. T ». n" 29, papier bleu). Il convient de féliciter la « S. d'E. C. » d'avoir facilité la publication d'un travail si utile.
De nombreuses photographies d'un intérêt vraimentexceptionnel, accompagnentles divers chapitres de l'étude de M. CoLLKTqui aura, en vérité beaucoup contribué, par ses
■ (i) Comparez aussi: P. Cibot, L'Hevea au Rioheni, in «J. d'A. T. » 1902, p. 355 et igoS, p. 35, p. 67. Id., sur l'Amazonie, ■< J. d'A. T. » 1903, pp. 1 10. 232. — N. D. L. R.
ouvrages et ses voyages, à l'élan tous les jours grandissant de la culture de l'Hevea en Asie.
P. CiBOT.
Lia canne à sucre à Cuba
Communications sur le systèrhe de Zayas.
ParMM.C.THEYEetA.F.DECASTRO.
Dans le n" 27 du « J. d'A. T. » nous avons publié, d'après l'original espagnol, une relation détaillée de M. Carlos Theye concernant le système de culture à grand espacement appliqué, sur les indications du D' DE Zayas, dans la sucrerie « N. S. del Carmen » 'Cubajappartenant à MM. P. et A. Ferxandez de Castro. A la suite de cet article, il nous est arrivé, tant directement que par le canal de notre excellent collaborateur M. Alberto Pedroso, plusieurs communications intéressantes :
i" Le « Circulo de Hacendados » nous a envoyé deux photographies, de toutebeauté, qui permettent de se rendre compte de la taille monstrueuse qu'atteignent les cannes à « N. S. del Carmen » ; celles qu'on nous fait voir, dépassent du double la tête de l'homme monté à cheval, quise tient devant; elles sont trois fois aussi grandes qu'un autre témoin, à pied, rangé à coté :
2" M. C.Theyeuous écrit d'autre part, à la date du 21 octobre 1903 :
Le nouveau système de culture de la canne recommandé par le D' Zayas, est en train de segénéraliser rapidement dansTiie, au point d'occuper déjà une surface totale de 1 .000 hectares.
Le prix de revient de la caballeria (i3,4 hectares) varie naturellement d'un endroit à l'autre ; il faut considérer comme moyen le chiffre de 8600 (or). Les *40o, de mon rapport représentent le cas particulier de la plantation « Carmen ».
3" Enfin, M. F. ni: Castro nous manifeste ses regrets de ne pouvoir donner dès à présent aux lecteurs du « J. d'A. T. ' les détails demandés sur son coupe-canne ; car il est occupé à faire breveter cette invention, et la loi lui en interdit la divulgation tant que le
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 3o — Dec. iqo3
brevet n'aura pas été accordé; ceci, sous peine de se le voir refuser en cas de transgression. Dès que les formalités auront été terminées, c'est le « Journal d'Agriculture Tropicale » qui aura la primeur d'une communication détaillée, appuyée de figures.
Nous ne pouvons qu'exprimer à M. de Castro notre très sincère reconnaissance de cette bonne promesse.
La prétendue modification du sexe de dattiers par déchirur e des feuilles.
Par M. M. Davaul
Dans le N» de décembre 1902, du >< J. d'A. T. », p. 384, était citée une note de M. Hariot, du Muséum d'Histoire Naturelle, signalant la croyance des indigènes à la possibilité de rendre femelles des dattiers mâles. Un tel résultat aurait été très avantageux, attendu que 80 % des Jeunes dattiers issus de graines sont mâles. Malheureusement il m'a été donné de constater que l'efficacité du procédé préconisé est loin de réunir les suffrages de tous les Arabes.
Je ne crois pas être éloigné de la vérité en disant que dans les oasis du Djérid, sur lesquelles ont porté mes observations, à peine un tiers des indigènes regardent comme possible la transformation d'un dattier mâle en dattier femelle par la déchirure de la nervure médiane de la feuille, et même les convaincus déclarent que les insuccès sont assez fréquents. J'ajoute que les fruits produits par les palmiers ainsi traités restent toujours de qualité inférieure.
C'est surtout parmi les jeunes Khammès que l'on trouve des incrédules. Beaucoup d'ailleurs avouent ignorer complètement cette pratique. Il paraîtrait cependant que dans le Souf elle serait d'application plus courante que dans le Djérid. Toutefois, les Souffis reconnaissent également que le succès est assez faible, et que l'on ne peut jamais compter sur une réussite atteignant 5o % par exemple.
Ils traitent d'après le procédé précité les jeunes palmiers qu'ils trouvent poussant for- .uitement, sans s'inquiéter d'ailleurs, outre
mesure, du résultat éventuel. L'opération est faite sur des plantes de 3 à 10 ans, et en toute saison, toutefoisla fin de l'hiver semble être l'époque à préférer.
Le fait incontesté que les fruits des dattiers ayant subi cette opération, restent de qualité inférieure, ôte à cette pratique beaucoup de sa valeur. Le commerce d'exportation des dattes prenant de plus en plus d'importance, les bonnes variétés se répandent chaque jour davantage et remplacent peu à peu les variétés de second ordre. Ces bonnes variétés doivent être reproduites à l'aide des rejets naissant à la base du stipe, car le noyau du dattier n'offre aucune espèce de sécurité quant à la reproduction de la variété à laquelle appartient l'arbre qui l'a produit. Or, les rejets sont forcément du môme sexe que le pied-mère.
Les indigènes des oasis savent actuellement tout l'intérêt qu'ils ont à ne planter que les variétés à dattes exportables ; en procédant aux divers travaux que comportent les cultures entreprises sous les dattiers, ils ne manquent généralement pas d'enlever les jeunes plants dont l'origine est douteuse, et pour remplacer les dattiers disparus ou pour étendre les plantations, ils n'utilisent que des sujets pris sur des arbres des meilleures variétés.
M. Davaul.
Tunis, 16 décembre iqo3.
Céara et Vanille à Mayotte
Lettre de M. L. Touchais.
La lettre ci-après, est particulièrement iniéressante par le mode de saignée qui y est préconisé.
Pour caractériser le climat, nous ne pouvons qu'indiquer que notre correspondant est établi dans une région très favorable au vanillier ; c'est là, d'ailleurs, sa principale culture, aujourd'hui très compromise par la baisse persistante des prix de la vanille. Il nous a entretenu, dans le n° 20 du « J. d'A. T. «, des procédés qu'il préconise pour la conduite et l'entretien des lianes ; il nous promet pour bientôt une nouvelle note, sur les avantageset inconvénients de la culture du vanillier sur espalier. Il paraît qu'avec la main-d'œuvre plutôt brutale dont on dispose dans le pays. les inconvénients l'emportent. — N. d. l. R.
N» 3o— Dkc. i9o3 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE 383
* nommé comme possédant, de l'avis de plu-
„, , r sieurs colons, la propriété d'écarter ou d'é- « Je viens de saigner des Ceara de 5 ans , T », , ...
,, ,, , , , loigner les moustiques. M. Laveran indique
VOICI, pour 1 un deux, le caoutchoucobtenu ^ ^ ^
que, pour cette plante aussi bien que pour produit pesé aussitôt coagule) : , ,, . . • j
•^ , les autres, 1 assertion a encore besoin de
12 octobre 20 grammes.
confirmation.
iS — 20 —
Pour ma part, elle me parait exacte; ai
» pu constater le phénomène moi même a
Rentré. Ayant reçu, il y a quelques mois,
25 kilos de graines de ricin pour développer
cette culture dans la province, j en ai distri-
iq 5o , . V j-rr» L r j - 1
bue a différents cheis de canton et a plu- Total... 280 grammes, sieurs propriétaires indigènes. Avec ce qui réduits, après séchage à la fumée et au so- restait, j'ai fait planter au chef-lieu même leil, à 172 grammes de caoutchouc sec. 3 parcelles de terrain servant jusqu'alors C'est, il me semble, presque beau, de pâturages, et représentant une superficie 10.000 pieds auraient rapporté 10.000 fr. d'environ 1 hectare 5o. Ces parcelles ne environ. sont séparées les unes des autres que par des
Voici le mode de saignée employé : Les routes, arbres sont d'abord dépouillés de la couche Autour et auprès de ces plantations, à 12 la plus externe de leur écorce, puis la sur- ou i5 mètres, sont 3 maisons habitées par face est imbibée d'un liquide acide, jus de des fonctionnaires de la province, les bâticitron, par exemple. Aussitôt après avoir ments de la prison, les logements des milipiqué l'arbre avec la pointe d'un couteau ciens.
(au besoin, on pourrait construire un appa- Or, il n'y a dans les plantations de ricin
reil ayantplusieurs pointes), le latex s'écoule aucun moustique, mais par contre il y en a
et se coagule très vite, en quelques minutes ; à foison dans toutes les habitations et les
on le ramasse avec la main et on le met en bâtiments cités plus haut et placés en bor-
boule. Le lendemain on recommence. dure de ces champs de ricin. J'ai été dîner,
Ce qu'il y a de bon, c'est que la f sai- ces jours-ci, chez un fonctionnaire habitant
gnée produit presque trois fois autant que un de ces logements voisins des plantations,
la I'^ J'ai arrêté les saignées uniquement et à certains moments, après le diner, nous
parce que je me suis trouvé occupé ailleurs, étions entourés d'un vol de petits mous-
Mon intention première avait été de saigner jiques.
jusqu'à épuisement. L'arbre dont le rende- Donc, il est exact que le ricin éloigne le
ment est donné plus haut, est en plaine, en moustique, mais on arrive à ce résultat
terrain d'alluvions à 3o mètres d'une ri" bizarre, qu'il afflue et pullule aux environs
vière. » immédiats. Il faudrait donc qu'une maison
Mayotte, 22 novembre igoS. fut située au milieu même des ricins pour
LÉON Touchais. être à l'abri, ou bien, que cette plante pût
être cultivée sur des surfaces considérables.
^^^^""^ Cela me semble bien difficile à réaliser et
La vertu culicifuge du Ricin peu pratique.
, y, r. r^ Je ne crois donc pas que ce soit encore là
Lettre de M. P. Quesnel. ,
le bon moyen pour nous protéger contre ces
Monsieur le Directeur, bestioles incommodes et malfaisantes.
Dans votre numéro 27, du 3o septembre ^ ^
' / P. QlMCSNEL,
iQo3, je lis une note de M. le D' Laveran,
L J HT • • . J ir ' At .... Administrateur de Bentre.
membre de 1 Institut, au sujet des Végétaux
Culicifuges. Parmi ces végétaux, le ricin est Bentré (Cochinchine . 1 1 no\ . looi.
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N" 3o — Dec. 1903
L'industrie de l'aloès, à Maurice.
Nous avons lu avec grand intérêt le préambule dont notre confrère de l'île Maurice, « The Planters' and Commercial Gazette», a fait précéder, dans son n" du i5-i6 août igoS, la reproduction de deux articles du «J. d'A. T.», sur les déâbreuses automatiques et sur la gratte de Maurice . Les renseignements de la «P. iS: C. Gazette» sur les conditions économiques de l'exploitation du chanvre de Maurice, confirment et complètent ceux donnés par M. Paul Carié dans le n» 12 du « J. d'A, T. ». Ce qui est dit de la gratte, constitue une première réponse aux questions posées dans le n° 24 du « J. d'A. T. » ; M. Paul Carié nous a promis, d'autre paît, les résultats de l'enquête à laquelle il devait se livrer de son côté. — N.d.l.R.
Voici le texte (français, malgré le nom anglais] de notre confrère :
L'industrie de l'aloès prend chaque jour de l'extension à Maurice.
Après la grande industrie sucrière, c'est incontestablement elle qui prend rang.
On en jugera par les chiftres suivants : en 1898, 1 .494.934 kilos de fibres d'aloès ont été exportés, produisant RS417.1 12; en 1899, l'exportation a été de 2.249.809 kilos, avec une valeur de Rs. 588.671 ; en 1900, il a été exporté 3.405.341 kilos, réalisant Rs.
940.482 ; en 1901, l'exportation s'est élevée à 1 .242.998 kilos, donnant Rs. 339.849.
Les chiffres pour 1902 n'ont pas encore été publiés, mais on estime généralement qu'ils dépasseront 5 millions de kilos, un grand nombre de fabriques qui avaient fermé s'étant remises au travail et de nouvelles ayant été créées.
Comme on le voit par les chiffres ci-des
sus, la progression est rapide, sauf en 1901 où l'exportation a sensiblement baissé, mais ce fait s'explique aisément par l'avilissement des cours sur les marchés européens.
Beaucoup d'usines fermèrent leur porte, pour ne pas travailler à perte, mais celles comme « Plaisance » d'Unionville, par exemple, qui sont actionnées par la force hydraulique, tinrent bon et firent vaillamment face aux mauvais jours, pouvant joindre les deux bouts, n'ayant pas de frais de combustible. Aujourd'hui que les prix se sont bien relevés, ces fabriques font d'excellentes affaires .
Même celles qui sont actionnées par la vapeur réalisent des profits appréciables, la dernière cote étant de Rs. 385 la tonne de fibres.
Mais il coule de source que si l'outillage dont se servent les fabricants était amélioré, leurs bénéfices seraient beaucoup plus grands.
Cet outillage est pour ainsi dire rudimentaire et l'ancienne gratte n'a accompli aucun progrès. Le déchet est considérable, mais l'industriel gagne de l'argent, et il ne se soucie pas de modifier l'état actuel des choses. Nous avons à peine besoin de leur dire que cette quiétude est coupable, car le jour où les prix baisseront sensiblement, ils seront obligés de mettre de nouveau la clef sous la porte de leur usine.
Tandis que s'ils s'appliquaient à perfectionner leur outillage, ils pourraient toujours lutter, même pendant les plus mauvais jours,