‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 47 sur 71 · LETTRE DE M. LE TELLIER, SECRETAIRE D’ESTAT, X M. D’ARGENSON · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE TELLIER, SECRETAIRE D’ESTAT, X M. D’ARGENSON

« Monsieur,

«J’ajoute ce mot à la dépesche que le roy vous escrit pour vous dire « que monseigneur le cardinal affectionne particulièrement l’affaire dans lace quelle il a fait agréer à la reyne que vous soyez employé. Vous ne sçauriez

«faire un plus grand plaisir à Son Eminence que de venir le plus diligem- « ment que vous. pourrez par deçà, où je souhaite, ainsy que partout ail- « leurs, de vous tesmoigner que je suis de tout mon cœur, Monsieur, vostre «très-humble et très-affectionné serviteur.

« Le Tellier. »

«AP rès ces lettres veues, ledit sieur d’Argenson partit de Poitiers pour se rendre à la cour avec la diligence qui luy estoit commandée. Il arriva le samedy saint à Paris, et, dès le soir du mesme jour, il vit M. le cardinal Mazarini, qui luy expliqua l’intention de la reyne, et à quel employ Leurs Majestés vouloient l’occuper pour affaires qui leur estoient extresmement à cœur et à Son Éminence, et de beaucoup plus haute importance que celle de ces provinces particulières, où il n’estoit plus nécessaire, veu qu’il y avoit restabli si heureusement le service du roy, et une obéissance si entière partout, qu’il n’y avoit plus démarqués des séditions qui avoient obligé Leurs Majestés de l’envoyer en ces provinces pour les réprimer.

« Sur quoy Son Éminence voulut encore luy faire entendre les plus secrètes intentions de la reyne, et les moyens qu’il avoit à tenir pour les faire bien réussir, tant à son esgard que de ceux auxquels il pourroit estre obligé de donner ses advis, selon les occurrences qui s’offriroient pour le service de Leurs Majestés1.

' On a vu plus haut les instructions secrètes pour Naples. Je joins ici une autre instruction conservée également à la bibliothèque impériale du Louvre, F. 32 5,

t. XV, f° 44- (L'original chiffré se trouve au f° 42 ; le déchiffrement est aux f0’ 44 et 45.) « Le roy a estimé à propos de faire observer à M. le prince Thomas et à M. de

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« M. Le Tellier, secrétaire d’Estat, eut ordre de la reyne et fut chargé par Son Éminence de donner audit sieur d’Argenson les pouvoirs et les instruc-

Brezé que l’armée de Sa Majesté ayant fait sa descente au mont Argentaro, suivant ce qui est projeté par ladite instruction, il sera très utile de conserver les troupes, empescher qu’elles ne se desbandenl et mesme d’attirer des soldats de divers endroits d’Italie, de faire courir le bruit qu’ayant pris pied en ces quartierslà, l’armée passera en d’autres lieux, où les gens de guerre pourront faire beaucoup plus de butin et d’exécution.

« Que si les Espagnols demandent passage au pape pour envoyer du secours par l’Estat ecclésiastique aux lieux qui seront attaqués, les ministres du roy qui sont à Rome auront à représenter vivement à Sa Sainteté le tort que l’on se feroit de rompre la neutralité entre les couronnes en leur accordant cette demande , et offensant le roy par une partialité si manifeste. Que si Sa Sainteté en venoit là, M. le prince Thomas et M. le duc de Brezé, en son absence, seroienl obligés à prendre les résolutions convenables pour se garantir du préjudice qui en pourroit arriver aux armes et aux affaires de Sa Majesté. Et néantmoins l’intention de Sa Majesté n’est pas qu’ils attentent aucune chose contre les Estais de Sa Sainteté, mais bien qu’ils concertent avec MM. les cardinaux d’Esle et Grimaldy ce qui pourra servir à empescher Sa Sainteté de donner passage ny aucune assistance aux ennemis, luy imprimant une forte appréhension des mauvaises suites qui en pourroient arriver à l’Estat ecclésiastique; mais quand bien mesme Sa Sainteté n’y auroit pas d’esgard, M. le prince Thomas de Savoye et

M. le duc de Brezé, en son absence, se contenteront d’en donner advis à Sa Majesté pour attendre ses résolutions sur ce qu’ils auront à faire.

« Dans la bonne volonté que M. le duc de Modène tesmoigne vers cette couronne , Sa Majesté se promet que, quand l’armée aura fait sa descente, M. le prince Thomas et M. le duc de Brezé, en son absence, pourroient avoir recours à luy pour diverses choses qui peuvent estre nécessaires à l’armée, surtout pour recouvrer des chevaux, et que facilement il se portera à leur donner assistance, au moins secrètement; mais il est remis à leur prudence d’user de cet advis comme ils le jugeront plus à propos.

« M. le prince Thomas, et M. le duc de Brezé en son absence, donnera ordre à l’abbé Benlivoglio de prévenir l’esprit du duc de Florence sur l’assistance et le passage que l’Espagnol luy pourroit demander dans ses Estats pour aller secourir les postes qui seront attaqués par l’armée de Sa Majesté, et de luy faire connoislre que , voulant demeurer dans la neutralité, il ne pourroit pas refuser la mesme chose à Sa Majesté, et qu’ainsy il feroit de ses Estats le théâtre de la guerre.

«Et, en effet, si le duc de Florence donne passage aux troupes d’Espagne, il faudra que ledit abbé le luy demande pour la cavalerie que Sa Majesté y enverra , et l’on pourra se servir de cette voye pour en faire aller de Piémont, le marquis Ville ayant offert de conduire deux mille chevaux, sans mesme attendre cette concession du passage, en tel endroit d’Italie que

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tions qui luy estoient nécessaires, et, comme son employ avoit liaison avec les desseins pour lesquels M. le duc de Brezé estoit commandé de se mettre promptement à la mer, ledit sieur d’Argenson fut si pressé de s’aller embarquer avec luy à Toulon, qu’il n’eut le loisir de demeurer à la cour que huit ou neuf jours, si bien qu’il partit de Paris le sixième d’avril, après

avoir pris congé de la reyne, de Son Eminence, de M. le chancelier et de M. Le Tellier, et se rendit à Lyon le dixième du tnesme mois. Le douzième, il s’embarqua sur le Rhône et arriva en Avignon le quatorzième au matin, d’où il partit le mesmejour pour se rendre à Toulon parla ville d’Aix, et arriva le seizième du mesme mois à celle de Toulon. Le dix-septième jusques au vingt-deux furent employés pour achever les embarquemens des troupes, victuailles et autres choses nécessaires pour l’armée navale et pour celle de terre. A quoy M. le duc de Brezé, M. l’archevesque d’Aix1, M. de Cbampigny, intendant de Provence , et MM. Brachet, intendant.de l’armée de terre, dlntreville, intendant delà marine, et le chevalier Garnier, apportèrent toutes les diligences possibles, nonobstant que le temps fust fort mauvais à la mer durant deux ou trois jours.

«Le vingt-troisième au matin, le coup de partance fut tiré, et sur le soir tout le monde s’embarqua sur les navires, galères et barques de l’armée navale, composée de seize galions, dix galères, huit bruslots, deux flustes et soixante et huit barques ou tartanes chargées de vivres et victuailles , et de

Sa Majesté ordonnera, par un certain chemin qui est dans les montagnes, qui va aboutir à la principauté de Massa. Sa Majesté a désiré aussy leur faire sçavoir que le prince de Massa, ayant esté sondé par le duc de Florence sur ce qu’il feroit et comme il se conduiroit en cas que l’armée de France touchast son Estât, a fait response que, ayant en d’autres occasions donné toutes sortes de commodités aux armées de France du temps de M. de Longueville (du temps que le roy d’Espagne n’avoit perdu ny le Portugal, ny la Catalogne , ny tant de places et pays en divers endroits), il estoit résolu, à plus forte

raison, de faire la mesme chose en l’estât auquel se trouvoient les affaires à présent , et d’assister l’armée de Sa Majesté en tout ce qui pourra despendre de luy et de son Estât. Cet avis est bien certain; Sa Majesté estant très bien avertie [du bon vouloir] dudit sieur prince a fait sçavoir ce que dessus par M. le cardinal [ Mazarin ] à M. le cardinal Grimaldy.

« Et il n’est icy fait mention de ces choses qu’en cas que, selon les événemens, ils voyent qu’il soit à propos de s’en prévaloir. »

1 Michel Mazarin, frère du ministre.

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partie de l’infanterie et de la cavalerie de l’armée de terre, composée des régimens de :

« Normandie,

« Navailles,

« Lyonnois ,

« D’Huxeiles ,

« De Saint- Aulnais,

« De Paluau ,

«De Chouppes;

« Des Galères ;

« De dix compagnies du régiment de Provence,

« De la compagnie suisse de Chauvestin ,

« De cent cavaliers embarqués avec leurs chevaux ,

«Du régiment de cavalerie de Créquy, compris cent hommes à pied du mesme régiment.

«MM. les marquis d’Huxelles, de Saint-Aulnais et de Refuges y estoient mestres de camp; MM. de Tilly, Biron et Navailles, mareschaux de bataille; les sieurs de Clerville et le chevalier d’Austrain, ingénieurs; le sieur de Saint-Hilaire, commandant l’artillerie,

« Les seize galions estoient commandés, sçavoir : V Admirai, sur lequel estoit M. le duc deBrezé, parles sieurs du Creuzet et Desforgeltes; le Soleil, par M. de Montigny; la Lune, sur lequel estoit M. le comte Doignon , par M. du Mé; le Saint-Thomas-d’ Atjuin , par M. de Leschasserie; V Admirante, par M. de Salnave; le Saint-Jacgues-de-Danhergue , par M. Gabaret; le Cardinal, par M. de Linières; le Grand- Anglois , par M. Paul; la Vierge, parM. de La Lande; le Sourdis, par M. Garnier; le Triomphe, par M. du Menillet; le Triton, par M. de Lusseraye; le Lion-Couronné , par M. de Gardane; le Saint- Charles, par M. de Friamhault (ou Fréquembault) ; la Magdelaine, par M. d’Almeras, et la Duchesse , par M. de Vieumarché.

« BRUSLOTS.

«Le Saint-Fernand, commandé par le capitaine Jamin; la Marguerite- de- Ponent, par le capitaine Thibault; la Marie, par le capitaine Montenay; la

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Levrette, par le capitaine La Borde; la Lionne, par le capitaine La Palue; les Deux-Aigles , par le capitaine Payault; l’Espérance, par le capitaine Ma riauchau; la Mecque, par le capitaine Sauvaget.

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