‹ Journal d'un bourgeois de Nancy, Nancy sauvée; préf. de L. MirmanChapitre 18 sur 32 · JOFFRE · texte numérisé non relu

JOFFRE

On a peine à en croire ses yeux. On lit, on relit encore, et on demande à chacun : « Avez-vous lu? » pour entendre des paroles qui confirment la joie générale.

On s'amuse beaucoup aussi de la phrase du communiqué assurant que « quelques pièces à longue portée ont essayé dé bombarder Nancy ». Essayé! Je crois bien que c'est plus qu'un essai.

Ce détail drôle disparaît dans la magnifique harmonie des nouvelles, auxquelles s'ajoute celle de la délivrance de Lunéville. Les cœurs vibrent d'enthousiasme, et d'eux monte vers nos soldats une continuelle action de grâces. On se serre les mains, on embrasse les amis comme si on les retrouvait après une longue et cruelle séparation.

Et je saisis au passage cette phrase qui m'émeut profondément :

— La France est ressuscitée !

Nancy, i3 septembre I9i4-

Le beau dimanche! Après tant de soucis et d'angoisses, je ne sais comment exprimer ma joie prodigieuse. Non, vraiment, je ne sais plus rien, plus rien qu'être heureux.

Excuse-moi. Plus tard, sans doute, quand tous ces événements seront dans un passé lointain, ils m'apparaîtront en leur magnifique ensemble.

Je suis heureux, comme tous les Français, je suis heureux, et je me répète ces mots sans parvenir à découvrir ni à fixer tous les détails de mon bonheur.

Il ne manque rien à ce bonheur ineffable. Il est même relevé par une aventure plaisante.

Pour avoir publié l'ordre du jour du général Joffre, alors qu'on avait, paraît-il, demandé d'en ajourner la publication, le journal est suspendu pour trois jours. Note que chacun, à Nancy, en avait une copie

SOUS les yeux, et que, comme je te l'ai dit, on l'avait affiché partout, dans toutes les communes du département et qu'on en distribuait dans les tramways des exemplaires dactylographiés.

Je ne veux même pas essayer de comprendre ce mystère. J'aime mieux en goûter la saveur imprévue.

Gela me permettra, sans être distrait par la hâte de la besogne quotidienne, de me répéter pendant trois jours :

« La France est victorieuse.

« Nancy est sauvée. »

Et je vais tout à l'heure me crier à moimême, pour entendre encore ces mots merveilleux :

« La France est victorieuse.

« Nancy est sauvée. »

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