‹ Journal d'un combattant de Février Précédé d'un fragment sur l'auteurChapitre 48 sur 63 · PROTESTATION · texte numérisé non relu

PROTESTATION

*' Citoyens Représentants,

Les élections du 17 S^tembre 1848, ayant eu lieu, dans le département do la Seine, sous l'Etat de Siège, je fais appel à votre justice, et je voil9 demande de casser ces élections.

Digitizeu Ly Cju^-'^aiiL

" Vous exercez» par délégation, la souveraineté. Mais le Téritable, le seul souverain, c'est la nation, V univerêalité des cAoysfM, dont TOUS êtes les représentants, non les maîtres.

" Chaque citoyen, le jour où il délègue sa souverainté, est le seul, le véritable souverain. Si la plus entière liberté ne préside pas à l'acte par lequel il donne mandat ù d'autres ottoyens, le mumdett conféré sous la Tîolenee est nul, et doit être regardé comme non avenu.

" Or, les citoyens électeurs du département de la Seine ontils librement choisi leurs représentants dans les élections du 17 Septembre 1848 ?

" Vous ne pouvez le croire. Paris est en état de siège. Tous les pouvoirs sont réunis dans les mains de l'autorité militaire. La force pèse sur les consciences, et contraint les actes.

" D'une part, des million de citoyens, emiirisonnés sur de

simples dénonriations, sont arbitrairement privés do voter. JiS Loi révolutioTinairo n'a pourtant interdit le droit de suffrage qu'aux condamnés et nullement aux prévenus.

" Des milliers de citoyens, livrés au caprice des commis-' Sions militaires, ont été transportés loin de Paris.

Des centaines de citoyens, distraits de leurs juges naturels, ont été traduits devant les Conseils de guerre, et condanmés à des peines infamantes ; on leur applique une juridiction exceptionnelle, et on leur enlève les garanties de la loi commune.

" Le premier résultat de l'état de siège a donc été de priver arbitrairement et iniquement des loilliers de citoyens de leur droit de sufErage.

'* D'antre part, l'intimidation exercée par le despotisme du sabre, par la crainte des arrestations préventives, et de la juridiction militaire, a éloigné un grand nombre de citoyens de Tume électorale.

" Beaucoup d'autres ont fîii de la capitale. ITn pltts grand nombre, enfin, a fait plier la conscience devant la peur, et la Terreur de 1848 prive des milliers d'électeurs de leur souveraineté î

"Enfin, sous l'empire de T^taide siège, T AjBsemblée Nationale

a voté des loix restrictives du droit de manifester ses opinions par la presse et par la discussion publique. Les clubs, les journaux, ont été frappés par ces Loix. C'est à grand' peine que de hardis citoyens ont pu réunir les électeurs dans des réunions |;iréparatoires. Chacun craignait de se compromettre en participant à leur tentative. Gênés par la loi, intimidés par l'arbitraire de l'état de siège, les orateurs ne peuvent s'exprimer librement sur le compte des candidats. ^ " Les journaux, menacés par l'amende et la prison, sûnt réduits à des réticences inctnimatiblet sree toute libre discussion. ^

JSAK BBYNAITD.

" Enfiii l'impôt du cautionnement brise aux mains des Journalistes la plume qui leur servait à éclairer et avertir leurs partisans. Les riches peuvent seuls élever la voix, violant ainsi le principe d'Egalité îiucrit par la liépublique en tête de la Constitution. " sUmcc au PmtOfê,'* a dit en setaÎMiit, le plus illustre des écrivains !

** Et, comme s'il ne buillsait pas des loix fiscales, des loix •érèrment répressives que vous ares votées, le chef du Pouvoir eicécutif s'est arrogé le droit de suspendre les journaux qui lui déplaisent ; sa volonté, dominant la Loi, a supprimé, sans recours possible, les organes de ses adversaires ; et la presse, déjà garottée par tm loix, a dû courber la tète pour énter l'Ostracisme du Dictateur.

•* En présence de l'Etat de Siège :

liOrsque les Commissions uiilitairos emprisonnât, traiuportênt, et condamnent illégalenent lea citoyens ;

** Losaque l'Etat de Siège exerce sa preeeion sur lea eomadences ;

** Lorsque des lois répressives et fiscales s'opposent à la libre dîacusdoa dans les clubs et dans les journaux, et priv« le pauTie de son droit ;

*• Lorsque la Liberté de la Presse est livrée, coaune Ift liberté individuelle, au bon plaisir de l'autorité militaire ;

" Les citoyens électeurs du département de la Seine, ne peuvent exercer librement leur drâit de auAage, et lee xhoma qui sortiront de l'urne électorale ne peuvent être recOBllua comme l'expression de la souverain té nationale.

*' Je m'abstiens de voter.

" Je proteste contre lea élections, et je tous demande de lea annuler.

«« PHILIPPE FAUBE."

Electeur du département de la Seine,

Paria, 1er arrondissement, section.

— 17 Septembre 1848 —

KOX£ (r).

JEiiN REYNAUD.

Faob 114 : ** Tu juges si je fbs touché de son indul- *• genœ, et charmé de l'idée de voir Jean Re3maud (r) " dont j'apprécie tout le mérite, et dont quelques idées ** me séduisent/'

▲FPXNDICB,

Nous trouvons dans les papiers laissés par Philippe le fragment suivant, qui devait servir de début à une analyse du livre de Jean Heynaud :

TBBBB ET CIEL, par Jiav BurvAUB.

Avec cette épigraphe : Transitariiê qtuere œterna,

" Les dispositions de la France conviennent-elles à un ** développement des études tkéologiques ? n'eût-on sous les " yeux que le spectacle du retour offinourif qu'opèrent en ce ** moment par tant de voies les idées du régime déchu, ce •* serait peut-être assez pour se sentir entraîné à répondre ** affirmativement. C'est en effet sur le terrain qu'il affec- " tienne et avec les armes qui font sa force, que l'esprit du « Moyen-Age peut être combattu avec le plus de succès ; et il V importe que cet esprit soit réprimé, non seulement dans •* l'intérêt de la philosophie et de la liberté, mais dans •* l'intérêt même de la Keiigion, qu'il tend à compromettre

en amassant imprudemment contre elle les éléments d'une " réaction, qui serait plus funeste encooTB que l'épliémtee •* triomphe dont il aurait joui."

*'Ce8 assertions par lesquelles Jean Heynaud ouvre son Hm, paraîtront eztraordinaures et très-contestables à beaucoup de Bourgeois réactionnaires qui, ne voyant dans la Keiigion qu'un moyen de maintenir l'ordre matériel et de discipliner lies masses à leur protit, acceptent, sans les examiner, sans s'en rendre compte, les doctrines préehées au peuple, aux fémmea et aux enfimts, du haut des chaires offici e lles et inscrites au budget.

" Ces assertions heurteront aussi de front l'opinion de beaucoup de Démocrates, et provoqueront leurs rires. A leura yeux, la Religion est l'instrument usé dont le Despotisme s'est servi pour consacrer son oppression, et maintenir 1g peuple dans l'ignorance sur la vie de ce monde en le plongeant dans la siiperstition. Ds déclarent absurde de se préoccuper de la Tie de l'être humain en dehors de son existence actuelle ; ils regardent comme insolubles les questions qui ont, de tout temps, agité l'esprit humain sur la cause première, la Création, l'origùie de l'Humanité, la persistance de l'individualité humaine, indépendamment de ses organes corporels ; la Providence et la juste rémunération des actions de llionûoe I rémunération incomplète ou injuste si bn ne le considère que

dans son existence actuelle et, regardant ces questions

comme insolubles, ils en proclament l'étude inutile, et interdisent à la science de s'en occuper.

" L'hypocrite indifférence de la Bourgeoisie réactionnaire et le dédaiix scienti&que de ses adversaires n'ont que trop souvent

VAPOLÉOV jiBÔMB

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