‹ Journal d'un philosopheChapitre 37 sur 46 · LORIQUET A REBOURS · texte numérisé non relu

LORIQUET A REBOURS

On parle aujourd'hui, en des livres, en des conférences, d'écrire une histoire de France destinée à nos écoles primaires, qui serait composée « au point de vue des intérêts populaires ». De bonne foi, qu'est-ce que cela veut dire ?

Serait-ce qu'on n'y parlera que du peuple, du pauvre peuple, dont on aurait séparé comme mauvais grain les gens d'épée et les gens d'église, ou même les marchands et les bourgeois? Singulière histoire, où il ne serait parlé ni d'un Colbert, ni d'un Richelieu, ni d'un Duguesclin, ni de nos vieilles communes ! Singulier peuple, où l'on ne compterait plus les hommes qui ont fait de nous un peuple !

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Serait-ce qu'on a hâte de retirer de l'étude de l'histoire des conclusions pratiques? Eh! sans doute, les sciences sociales aboutissent à une application, qui est la politique. Mais ce n'est point là, il me paraît, chose d'école primaire, et nous ne sommes pas si jaloux des petits Benoitons boursiers de la comédie pour nous vouloir fabriquer des petits Jacques Bonhommes diplomates !

Prétendrait-on, plus modestement, à bénéficier des leçons morales qui naissent du spectacle de l'histoire ? On aura raison, pourvu que ces leçons entrent dans le tissu même de l'enseignement moral. Mais, de grâce, qu'on ne brouille pas tout cela ensemble, la morale, l'histoire et la politique !

Ou enfin voudrait-on mettre en plus haut relief le grand fait de l'accession graduelle des couches profondes du peuple à la vie publique? Alors il ne faudra pas oublier que les. événements sociaux obéissent à des lois et ne sont pas le produit tout arbitraire de volontés personnelles. Il faudra se garder de juger le passé au point de vue de

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l'idéal du présent et d'apprendre la haine et l'injustice dans cette belle étude de l'histoire qui nous doit au contraire conduire à former, sur les hommes et sur les choses, des jugements plus équitables !

L'histoire demeurera malgré vous une science, messieurs les faiseurs de traités et les conférenciers, c'est-à-dire une étude sur des faits, indifférente à la cuisine des partis, et le nom de baptême un peu burlesque d'« histoire démocratique» ne changera rien au sexe de l'enfant.

Vous est-il jamais venu à la pensée d'écrire un traité de chimie démocratique ? Offusqués pourtant de toute grandeur humaine, vous ressemblez à un forestier qui dévouerait les chênes de la forêt à l'abattage pour avoir donné de l'ombre aux mousses. Vous avez la bouche pleine du gros mot de science^ où vous n'entendez rien, vous embarrassez le chemin de nouveaux sophismes et vous travaillez, sans le vouloir , à former des âmes petites et de médiocres citoyens. Allons donc ! Laissons dans l'histoire ce qui s'y trouve, ne faisons pas ' du Loriquet à rebours !

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