‹ Journal d'un poète (volume 2)Chapitre 127 sur 167 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Étant né gentilhomme, j'ai fait l'oraison funèbre de la noblesse, la noblesse écrasée

Entre les rois ingrats et les bourgeois jaloux.

Étant poète, j'ai montré l'ombrage qu'a du poète tout plaideur d'affaires publiques et le vulgaire des salons et du peuple.

Officier, j'ai peint ce que j'ai vu : le gUidiatettr, sacrifié aux fantaisies politiques du peuple ou du souverain.

J'ai dit ce que je sais et ce que j'ai souffert.

s A T A N PREMIER CHANT

L'enfer. — Ce sera l'enfer de la pensée. Les âmes immortelles se souviennent dans la solitude et la nuit. Elles n'ont pas la distraction et la joie d'agir. Le souvenir de la vie, le regret de n'avoir pas saisi et fixé la jouissance qu'ils aimaient, la douleur de ne pouvoir comprendre l'éternité, problème auquel ils sont attachés, étaient le supplice des âmes damnées et des anges déchus. La pensée éternelle est un feu dévorant ; elle roule, elle vole, et son aile en vain parcourt l'univers; elle ne quitte pas l'àme qu'elle travaille, qu'elle laboure comme un champ trop fécond. En vain l'âme se débat contre elle; la lutte redouble la douleur. La pensée la poursuit, la dompte et la fait pousser de longs soupirs.

Page 1