‹ Journal d'un poète (volume 2)Chapitre 136 sur 167 · LE R E \' E · texte numérisé non relu

LE R E \' E

TON rcvc, heureux enfant, n'est pas un vain mensonge ; L'imagination n'est pas encore en toi ; Elle tient de la terre, au lieu que ton beau songe N'est qu'un moment d'absence où Dieu t'appelle à soi.

CJ

i74 — FANTAISIES OUBLIÉES

Les anges sont venus près de ta jeune oreille

Et t'ont dit : a Oh ! pourquoi nous as-tu donc laissés

A notre éternité la tienne était pareille,

Tes yeux vers les mortels ne s'étaient point baissés.

« Tu touchais avec nous la harpe parfumée, Et l'or de la cymbale et le cistre argentin ; Tu flottais avec nous dans la sainte fumée Qui tourne autour des feux de l'éternel matin.

(( Tu soutenais 1-e bras de la céleste Vierge Lorsque l'enfant de Dieu l'accablait de son poids. Ou bien tu te mêlais à la flamme d'un cierge Devant l'Agneau sans tache et le livre des Lois.

« Au char d'Emmanuel tes ailes attelées Guidaient la roue ardente et son essieu vivant ; Et, pour nourrir le feu des lampes étoilées, Aux voûtes de cristal on t'envoyait souvent.

« Des tabernacles d'or les secrètes enceintes Etaient, les lieux cachés choisis pour ton repos ; Tu te posais aussi sur les genoux des saintes, Ecoutant leur cantique et leurs pieux propos.

(M ^ ' « Tu seras bien longtemps sans revoir nos merveilles,

fi {■. Ange ami, tes instants seront tous agités.

Tu pleures à présent sitôt que tu t'éveilles...

Depuis vingt jours, pourquoi nous as-tu donc quittés ? «

^ Ainsi, pour t'éloigner d'une vie éphémère.

Les anges t'ont parlé, discours plaintif et doux.

Tu leur as répondu: «Vous n'avez pas de mère !... ))

Et tous ont vu la tienne avec des yeux jaloux.

13 décembre 1822.

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