‹ Journal d'un poète (volume 2)Chapitre 24 sur 167 · I. Nom de la femme du poète · texte numérisé non relu

I. Nom de la femme du poète

3i mars au soir.

Ma pauvre mère était douloureusement mieux ce soir. Elle était calme, elle était gaie, ne souffrait pas et s'amusait de la nouvelle du mariage de Marie Bunbury. Elle m'a dit : « Quoique je ne sois pas là tout entière, écris-lui que je prends beaucoup de part à son bonheur. »

Même état. — Ma mère m'a dit : « Je serais bien égoïste de ne pas te laisser prendre mes livres, moi qui ne pourrai plus lire.

»( Il vaudrait mieux pour moi être morte que rester ainsi. » — Pauvre mère, elle me tue avec ces mots-là!

3 avril.

Un vaisseau cargue toutes ses voiles dans l'orage et se laisse aller au vent. Je fais de même dans les chagrins et les grands événements; pour ménager les forces de ma tête, je ne lis ni n'écris, et je ne laisse prendre à la vie sur moi que le moins possible.

Malgré tout ce travail de la volonté, la douleur nous saisit au cœur malgré nous et reste là.

La vie de famille attendrit l'homme. Un mameluck est acheté à l'âge de douze ans en Circassie. Il est élevé en soldat, en centaure. Il y a des esclaves égyptiennes qui jamais ne lui donnent d'enfants en Egypte; il n'a ni père ni fils; il a des compagnons d'armes qu'il ne pleure pas quand ils tombent.

Il est l'homme le plus énergique de la terre.

Quelquefois j'envie cet homme et je regrette mes quatorze ans d'armée.

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