UNE FABLE
Un homme est condamné à mort après un crime, un assassinat. — Un an s'écoule entre la condamnation et l'exécution. Jcchappé à l'étranger et grandi dans sa vie. Dans cet intervalle, il devient illustre et vertueux. — Le jour arrive, on l'arrête, on l'exécute. La loi le tue en santé, lui donne la mort en pleine vie, la honte en pleine gloire.
I. Ecrit pendant les répétitions de Chatterton. Arsène Houssaye, qui fut directeur du Théâtre-Français, écrit dans ses Confessions, à propos des répétitions auxquelles assistait le poète : « Pendant des années je l'ai vu tantôt chez moi, tantôt chez lui pour la reprise d'Othello et de Chtitterton. Quel que fût la distribution des rôles, il disait toujours: m Je vais étudier les comédiennes. D II venait au théâtre, mais il s'en allait plus indécis encore. C'était à mourir. Il y mettait tant de bonne grâce qu'il était impossible de ne pas prendre patience. C'est ainsi que, voulant le jouer, je n'ai réussi qu'à perdre agréablen^ent mon temps. »
Donc les juges condamnent un scélérat : mais le bourreau tue un homme régénéré, moral et chrétien.
Les criminalistes de tous les temps ont déclaré que la vengeance n'était pas le but de la loi pénale, qui, dans sa rigueur, ne se propose que de prévenir le retour du mal : tel est V esprit chrétien.
Si tel est l'esprit chrétien sur la terre, pourquoi a-t-il un autre esprit pour le ciel, en fondant les peines éternelles qui ne sont qu'une éternelle vengeance?
Ce matin, j'ai trouvé M. Magistel, jeune médecin, étudiant chez lui un cerveau dans un crâne sur une table. J'ai passé deux heures avec lui à examiner cela.
Les bosses extérieures du crâne sont représentées à l'intérieur par autant de cavités égales, les veines même sont sillonnées intérieurement. — L'énorme quantité de cervelle que nous avons fait notre empire sur les animaux. Le lion, l'éléphant même, n'en ont pas la moitié.
La cervelle, divisée en quatre parties peu distinctes, est un amas de graisse sillonnée de lignes rouges et semblables à une éponge.
Ses cavités sont nombreuses; il les a ouvertes devant moi. Il m'a semblé plus que jamais qu'une seule formation préside à toute chose et que la tête humaine est une boule semblable à la terre. Nos os sont les rochers; nos chairs, le sol gras et humide; nos veines, les fleuves et les mers; nos cheveux, les forêts.
Je n'ai éprouvé aucune horreur à cette vue, mais seulement une vive curiosité et une admiration religieuse pour ce perpétuel miracle de la vie.