‹ Journal d'un poète (volume 2)Chapitre 96 sur 167 · CHEZ M. THIERS · texte numérisé non relu

CHEZ M. THIERS

25 mars au soir.

D'abord avec M. Mignet, puis avec lui, j'explique en détail

I. Au fauteuil d'ETiENNE (Charles-Guillaume), auteur dramatique et journaliste français, né à Chamouilley (Haute-Marne) en 1777, mort à Paris en 1845. Inspecteur des fourrages au camp de Bruges, il écrivit des pièces de circonstance dont l'une, unt Journée au camp de Bruges (1804), lui valut les bonnes grâces de Napoléon. Secré:aire de Maret, il devint ensu.te censeur du <( Journal de l'Kmpire » («Journal des Débats ») e:i 1810, chef de la division littéraire, censeur général de la police des journaux et membre de l'Académie française (181 1). A la chute de l'Empire, il perdit ses fonctions, puis, à la seconde Restauration, il fut rayé delà Légion d'honneur et éliminé de l'Académie, où il rentra en 1829. Il collabora à « la Minerve », au « Constitutionnel », devint, en 1822, député de la Meuse, vota avec les libéraux et reçut en 1839 un siégea la Chambre des pairs. Parmi ses pièces qui eurent le plus de succès on cite : les Maris en bonne fortune (1802) ; une Heure de mariage (1804) ; Hulistan, musique de Dalayrac (1805); Brueys et Palaprat (1807) ; Cendrillon, musique de Nicolo (1810) ; les Deux Gendres (1810), son chef-dœuvre ; l'Intrigante (1813); Joconde et Jeannot et Colin (1814), musique de Nicolo; les Plaideurs sans procès (1821); Aladin (1822), musique de Nicolo ; etc. On lui doit encore des opuscules et une Histoire du Théâtre-Français depuis le commencement de la Révolution (1802).

l'affaire entière de mon refus d'aller aux Tuileries, présenté par M. Mole.

M. ïhiers la comprend très bien, ainsi résumée par moi : « J'ai voulu répondre par une marque publique de mécontentement à un accueil scandaleux, acerbe, fait en public le 29 janvier. »

Après m'avoir été caché soigneusement, le discours de M. Mole me fut escamoté devant la commission, qui y aida en m'interrompant, en couvrant ma voix, en hâtant le rapport des conclusions à l'Académie qui attendait.

28 mars 1846.

J'ai rencontré M. Guiraud au Palais-Royal, en revenant du Musée. Après nous être promenés longtemps sous les arcades, il m'a dit que M. de Barante avait émis l'opinion que je ferais bien d'aller au château porter mon discours, en même temps que M . Vitet, avec M. Mole.

Ceci me prouve combien j'ai jugé sainement en n'allant point aux séances particulières de l'Académie, où de nouvelles conciliations seraient ainsi tentées jusqu'à ce que M. Vitet eût présenté son discours et fait sa visite.

Mon tour passé, il ne sera plus temps d'y revenir.

Les hommes d'aujourd'hui deviennent-ils donc comme ceux du Bas-Empire? — m*** croit sincèrement qu'il suffit d'avoir un moment boudé pour être satisfait, et qu'on peut, après deux ou trois mois, se montrer avec l'homme dont on a le plus à se plaindre et à qui l'on a voulu rendre, par une marque publique de mécontentement et le refus de l'accompagner, ce qu'il avait fait par un accueil hostile et scandaleux .

L'attaque de M. Mole est une offense impardonnable et irréparable.

vu M. DE PONGERVILLE

Dimanche, 5 avril 1846.

J'apprends par lui que l'Académie a nommé chancelier M. Vitet. Deux voix seulement m'ont porté.

Ainsi l'Académie a montré qu'elle soutenait M. Mole et me blâmait, en le nommant directeur.

L'Académie, ou un quart obscur et intimidé de l'Académie, a

agi à l'aveugle et marché à tâtons. Elle n'a pas su que la cause de tout ceci était une vengeance politique dont Mole a été Vexéciiteur.

Mais sans savoii que M*** était venu, le 5 janvier, me proposer un ignoble marché dans lequel je donnerais des éloges à la famille royale en échange de la pairie, et d'une pairie pensionnée. que j'ai refusée avec calme et en faisant semblant de croire que c'était seulement une imagination de M*** et un rêve sans fondement.

Que je n'aie point dit comme je l'avais sur les lèvres : Vade rétro, Satanas ! on doit m'en savoir gré.

Sans savoir ces détails, l'Académie a été témoin de l'accueil public fait par M. Mole et devrait s'en tenir pour offensée. Elle l'était, en effet, le lendemain; mais, les intrigues, les caresses, les intérêts et, au besoin, les calomnies aidant, elle a tourné.

9 mai.

J'apprends que le roi a dit à son second secrétaire, M. Lassagne, devant plusieurs ministres :

« Je suis très mécontent de la manière dont M. Mole a reçu M. de Vigny. Un homme honoré dans le pays ne devait pas être reçu ainsi. — Où est le droit de M. Mole pour se conduire ainsi ? Il n'est pas homme de lettres, il n'a rien lait. Où est son droit? Comment ose-t-il juger des livres, lui qui n'en peut pas faire .-* — Comment reçoit-on ainsi un homme honoré du public et dont j'ai sanctionné l'élection ? »

10 mai.

Il m'eût été facile peut-être de trouver des critiques très dures à prononcer contre la vie et les écrits de M. Etienne. Mais, devant sa fille, son fils et ses petits-fîls affligés, c'eût été à mes yeux une mauvaise action .

Ce respect que j'ai eu pour le mort, d'où vient qu'on ne l'a pas eu pour le vivant?

vu M . DE s .\ L V .\ N D Y

\2 mai 1846.

Dialogue,

S. — Le roi et moi, nous avons parlé deux heures de suite. Je lui ai rendu compte de toute l'affaire, qu'il ne savait pas.

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