‹ Journal d'un poèteChapitre 100 sur 160 · VU M. DE S AL V AND Y · texte numérisé non relu

VU M. DE S AL V AND Y

12 mai 1S46.

Dialogue.

S. — Le roi et moi, nous avons parlé deux heures de suite. Je lui ai rendu compte de toute l'affaire, qu'il ne savait pas.

M. — Puis-je savoir de quelles expressions le roi s'est servi en parlant de moi?

S. — Pleines de considération et d'un intérêt amical pour tout ce qui vous touche. Le premier jour où je le vis pour cela, il m'avait dit qu'il vous donnerait un rendez-vous pour le lendemain, à on^e heures. Je vous avais écrit sur-le-champ.

La lettre allait partir lorsque je reçus un mot de lui ainsi conçu :

« Ne faites pas ma commission auprès de M. de Yignv. »

Je l'ai revu tout exprès. Il m'a dit qu'il avait réfléchi, qu'il craignait de manquer aux anciens usages du corps académique, qui pourrait se croire bravé par lui-même et blâmé ; que l'on penserait qu'il voulait porter atteint e ainsi au droit ancien de l'Académie française de présenter directement des discours au roi.

M. — Mais, en audience particulière, ce serait moi qu'il recevrait comme citoyen, et non l'académicien.

S. — On ne sépare pas. — Il sera bon que vous y alliez plus tard, lorsque vous aurez siégé à l'Académie, après que M. Mole aura cessé d'être directeur.

JOURNAL D'UN POÈTE 2û5

M. — Nos idées se sont rencontrées; car j'ai prévenu plusieurs de ces messieurs que j'irais au mois de juillet m'asseoir dans mon fauteuil, mais jamais tant qu'il sera directeur.

Le roi a dit à M. de Salvandy :

« L'Académie comprend mal à présent l'usage dont il s'agit ici. L'académicien nouvellement élu n'est point présenté au roi par le directeur; mais le directeur et lui présentent leurs deux discours. »

— Mon but est atteint, dis-je à M. de Salvandy. Tout ce que j'ai fait et ce qui me reste à faire sera compris partout, même aux Tuileries.

« Je le répète, mon seul but a été de répondre par une marque publique de mécontentement à un accueil malveillant et public.

« Toute ma conduite a été réservée, mais ferme, et devait l'être. Si c'était à recommencer, je n'agirais pas et ne parlerais pas autrement que je ne l'ai fait d'un bout à l'autre. »

Ayant fini de parler de moi, sujet qui m'ennuie, je lui ai recommandé Brizeux de nouveau pour la croix.

Il m'a dit :

« Je vous laisse le plaisir d'être le premier à lui apprendre qu'il est nommé chevalier delà Légion d'honneur. »

C'était y mettre une délicatesse infinie. Il me dit qu'il s'attache à récompenser surtout les talents sérieux er attachés à l'art vrai et pur, que M. de Laprade et M. de Champagny ont aussi la croix.

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