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LE THEATRE DANS LE JOURNAL

La passion du monde est de voir. Si les hommes pouvaient tous voir ce que fait chacun, s'ils pouvaient

se construire un théâtre assez vaste pour y voir agir les grandeurs et les célébrités, ils seraient heureux et transportés chaque jour. — C'est pour cela qu'ils ont créé le théâtre ; mais le théâtre ne parle que du passé ou ne s'explique sur les événements présents que par des allusions très détournées. Il a fallu un théâtre de chaque jour où des grands personnages vinssent jouer le matin leur rôle de la veille, ou le soir celui du matin; où les spectateurs fussent vingt, cent, huit cents, mille à la fois ; ■où tous les yeux d'un peuple fussent attentifs à la même scène, au même moment, sans que les spectateurs eussent besoin de quitter leur demeure; ce théâtre a été fait, ce théâtre c'est un journal.

Là viennent jouer tous à la fois les peuples et les rois. Acteurs, observez-vous bien! tous vos gestes sont remarqués et comptés, le monde a tous ses veux ouverts sur vous. L'applaudissement est rare et le murmure fréquent. Hâtez-vous surtout de changer descènes, car en un jour une scène est usée et elle use et dévore votre nom, ou, si ce n'est elle, c'est celle que joue une autre célébrité dans quelque autre coin du globe.

Celui qui fait mouvoir chaque jour à son gré ces personnages vivants, celui qui les présente sur son théâtre, dans le sens et sous le jour qui lui plait, celui qui les grandit ou les rapetisse à son gré, c'est le journaliste! Ce sera toi demain, si tu veux! Vois si tu trouves assez vaste cette occupation^.

Ballanche, dans son Essai sur les institutions sociiles, dit qu'il ne peut y avoir aucune raison d'écrire Ja poésie en vers, depuis que les poèmes ne se chanta t plus.

Il nomme notre poésie une langue triée, à laquel'e on ajoute la rime.

Il se trompe. Tout homme qui dit bien ses vers 1 s chante en quelque sorte.

Le noble et l'ignoble sont les deux noms qui distinguent le mieux, à mes yeux, les deux races d'hommes qui vivent sur terre.

Ce sont réellement deux races qui ne peuvent s'entendre en rien et ne sauraient vivre ensemble.

Les plus effrayés du choléra étaient les plus vieux. — On dirait qu'à force de vivre, ils s'imaginent qu'ils accumulent avec les années des pierres d'un bel édifice, que rien ne peut détruire, et dont il faut avoir bien soirà mesure qu'il vieillit.

^ 3i décembre, minuit.

L'année expire enfin; cette douloureuse année a souf.é sur nous le choléra et les guerres de toute nature

Tout ce qui m'est cher a été préservé. Étranger à toutes les haines, j'ai été heureux dans toutes mes affections. Je n'ai fait de mal à personne, j'ai fait du bien à plusieurs. Puisse ma vie entière s'écouler ainsi!

UHistoire universelle de Bossuet, c'est Dieu faisant une partie d'échecs avec les rois et les peuples.

Clarisse est un ouvrage de stratégie, en quelque sorte. Vingt-quatre volumes employés à décrire le siège d'un cœur et sa prise. C'est digne de Vauban.

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