‹ Journal d'un poèteChapitre 96 sur 160 · MORT DE SOUMET · texte numérisé non relu

MORT DE SOUMET

3o mars 1845.

Après onze mois de martyre, il a succombé à des douleurs inouïes. Il sentait son état désespéré et nous déchirait le cœur par ses prédictions.

« Alfred, qu'on a de peine à mourir! » me disait-il sans cesse ; — et un jour surtout : « Vous venez prendre la mesure de mon cercueil, » ajouta-t-il.

Je résolus en moi-même de ne pas me présenter pour le remplacer s'il mourait le premier, et le priai si gravement de ne jamais me parler de l'Académie, qu'il n'en fut plus question depuis entre nous.

Sa sensibilité nerveuse était extrême. Il s'exagérait tout, et pour cela semblait exagéré; mais il ne l'était pas, c'était sa nature d'être affecté, à force d'être ému par des riens

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