‹ Journal d'un poète, recueilli et pub. sur des notes intimes d'Alfred de VignyChapitre 51 sur 51 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Tu demandes pour qui, sous leurs plumes nouvelles,

Ces vers, oiseaux naissants, volaient, chantaient en chœur?

Ce n'est que sur ton sein qu'ils ont ployé leurs ailes,

Jamais ils n'ont souffert un œil profanateur.

Ingrate, pour toi seule ils veulent apparaître.

Ils sont nés d'un soupir, de tes baisers peut-être.

Et, comme ton image, ils dormaient dans mon cœur !

Si tu le veux, pour toi solitaire et dans l'ombre Ils chanteront tout bas, et ton sein agité Couvrira comme un nid leur essaim doux et sombre. Mais n'aimes-ta pas mieux, orgueilleuse beauté. Leur donner l'essor libre et le ciel, leur empire, Suivi*e de tes grands yeux leur passage, et te dire : « Mon nom avec l'amour sous leur aile est caché? ^ »

Décembre 1850.

* J'ai voulu finir sur ces vers d*une suavité si pénétrante , d'une touche de Corrége. Ils ont bien le son de l'Ame d'où ils sont sortis, âme fière et tendre, « douce et sombre, » vrai cœur de poêle, amoureux à la fois de mystère et de gloire. (L. R.)

Fllf

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