‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 5 sur 148 · X A VANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X A VANT-PROPOS

A cet endroit, la page a été coupée. Un accent, resté sur le bord de la coupure, indique bien que, au-dessous de ce qui précède, l'abbé Alaidon avait écrit quelque chose. Une moitié de page, du même papier que le cahier, mais en sens inverse, a été collée pour remplacer ce qui avait été enlevé. Ce travail est certainement antérieur à la reliure qui paraît à peu près contemporaine du manuscrit'.

Sur ce morceau ajouté, une main inconnue, incontestablement ancienne aussi et certainement d'une personne âgée", que nous retrouvons plusieurs fois en marge du manuscrit, a ainsi complété le titre :

jmr M. Alaidon ancien

curé de la paroisse de St

Pierre (sic) faubourg St-Mansui

de la ville de Toul.

Le cartonnage a bien le caractère du commencement du xix" siècle.

Un petit carré de papier, collé sur le dos.

1. Les bords du papier ajouté ont été rougis par le relieur en même temps que la tranche du volume.

2. Nous démontrons plus loin (p. 111, note 2) que ces notes furent ajoutées entre les années 1823 et 1837, et un certain temps sans doute après 1823.

A VAyT-PROPOS

porte comme titre, de la main de l'abbé Alaidon,

les lignes suivantes

Promdence

de Dieu

envers

moi.

Le format est rin-i2. Du commencement à la fin du manuscrit, l'écriture est d'une extraordinaire régularité et d'une grande finesse. A ce point de vue matériel, c'est une œuvre de patience curieuse. Les ratures sont excessivement rares et c'est bien, avec la régularité de l'écriture, la preuve que nous avons sous les yeux non pas les notes mêmes prises au jour le jour, mais une rédaction de ces notes.

Toutefois, cette rédaction est contemporaine des événements. C'est entre les années 1799-1801 que l'abbé Alaidon l'écrivit. Il était alors à Eichstâtt, s'y étant installé le 24 mars 1799, pour attendre le terme de l'exil ou mourir sans revoir sa patrie. En effet, à la fin de son récit (voir plus loin, p. 264-263), on lit ces mots :

xn A VAyr-PROPOS

« Je présentai une supplique au |»rincc-évèque [d'Eichstutt] pour obtenir de nouveau une chambre dans son séminaire, qu'il a daigné m'accordcr et où je suis encore à présent.... J'attendrai ici, s'il lui plaît [à Dieu], ou qu'il m'appelle à lui, ou qu'il me permette de retourner à mes fonctions pastorales; n'ayant uniquement à cœur que de faire sa sainte volonté. »

On peut même préciser davantage. A la fin des remarques générales (voir plus loin, p. 276), l'abbé Alaidon conclut : « Voilà à peu près ce que j'ai vu, ce que j'ai éprouvé pendant l espace de linit ans que je fus sorti de France ». Or, il avait quitté la France le 11 septembre de l'année 1792 et s'était décidément fixé à Eichstiitt le 24 mars de l'année 1799. C'est donc en 1799, aussitôt ses courses terminées, qu'il commença la rédaction de son journal, pour en écrire la dernière page en l'année 1800, la huitième de son exil.

J'ai publié le manuscrit intégralement, sans rien retrancher ni changer au texte. Pour en rendre plus facile la lecture, j'ai augmenté le nombre des alinéas, divisé le journal en vingtcinq chapitres et, en tête de chaque chapitre, ajouté un sommaire. Enfin j'ai substitué à l'orthographe du xviii'' siècle, l'orthographe moderne.

Ce n'a pas été un petit travail de dater les événements, l'abbé Alaidon n'y ayant guère pensé. J'ai réussi à rétablir la chronologie et à

A VANT-PROPOS Xlil

mettre une date précise au commencement et à la fin de chaque chapitre.

Avec l'aide de M. l'abbé E. Mangenot, j'ai pu donner quelques renseignements biographiques sur tous les prêtres lorrains que l'abbé Alaidon mentionne dans son journal. Quoi que j'ai eu l'intention, pour éviter de trop longs détails, de borner mes notes à la Lorraine, il m'a paru bon cependant d'utiliser les renseignements sur les monastères de Pologne que je dois à la bienveillante obligeance de Mademoiselle Zamoj^ska, parce qu'ils sont très intéressants et d'une recherche difficile.

Les noms de lieu sont souvent estropiés. Je les ai rétablis, quand je l'ai pu : dans une note si la restitution me laissait quelque doute; dans le texte même lorsqu'elle était certaine.

J'espère que quelques lecteurs s'intéresseront à ce récit simple et vrai. Ils n'y trouveront pas des considérations philosophiques sur la Révolution française ni des aperçus sur son histoire, mais un récit poignant, réel et réaliste, de la vie que menèrent pendant douze ans les prêtres réfugiés en Allemagne par suite des lois dites de déportation; de leur fuite vers des régions de plus en plus lointaines à mesure que progressait la marche triomphante de nos armées; de la lutte pour la vje de chaque jour où ils furent engagés;

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