PREMIÈRE PARTIE DU VOÎAGE
La ligne de route , dans la première partie du voyage, s'appuie essentiellement surTimbo. Ce lieu est très-digne d'attention sous le rapport de la géographie physique, autant que sous le point de vue des relations des Européens avec l'Afrique. Les Anglais l'ont toujours considéré comme une position importante pour le commerce ; mais il ne mérite pas moins d'être étudié comme le point culminant de cette partie du continent. Il est heureux que plusieurs voyageurs
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aient fait des efforts pour déterminer sa situation géographique. Le major Laing lui a assigné définitivement la latitude de 10° 2 5' N. et la longitude de 1 1° blx O. de Paris ; il reste à connaître sa hauteur absolue au-dessus de la mer. Je ne pouvais établir la route de M. Caillié sur une meilleure base ; et c'est aussi ce que j'ai fait, au moyen d'une direction que le voyageur a connue, étant au village de Dité. Là, les liabitans lui ont dit que Timbo était à deux journées dans une certaine direction, sur laquelle il a ensuite appliqué la boussole , et il a reconnu cette direction pour être le S. E. ijk S. Or, ainsi que nous le verrons ( et c'est une remarque générale dans Tintérieur de l'Afrique ), les habitans ne se trompent pour ainsi dire jamais sur la direction des lieux-, leur exactitude sous ce rapport est surprenante; c'est l'effet d'une habitude et d'un tact particuliers.
Secondairement, j'ai assujetti la ligne de route à la position de la ville de Labé, que fon connaît assez bien, mais avec moins de certitude que Timbo. Or, étant près de Téléouel, le voyageur apprit que Labé restait au N. E. ijlx E. à deux journées. Une autre confirmation résulte de la position de Cambaya, par rapport à Timbo, qui, d'après les indigènes, reste à fO. S. 0. à deux journées de ce bourg. Ainsi voilà cinq points bien liés entre eux , savoir , Téléouel , Labé, Dité, Timbo et Cambaya , formant un en-
semble dont Timbo est le point d'appui*. D'après la nature de ces données, je n'ai pas hésité à y assujettir la route depuis Kakondy ; et il en résulte que l'heure de marche a été d'un peu plus de trois milles anglais ; ce qui , pour le commencement du voyage , n'a rien de surprenant.
Quoi qu'il en soit, la construction de la route n'a subi , sur la carte itinéraire , aucune réduction ni modification, et je me suis borné à dessiner, aussi exactement que l'échelle l'a permis, tous les angles de cette ligne , les rivières qu'on a traversées ou aperçues , les différentes élévations du sol , avec l'estime qu'en a faite le voyageur; enfin, tous les accidens du terrain , qu'il a notés avec attention.
A trente-deux milles de Kakondy, est une belle rivière du nom de Tankilita, qui a beaucoup de rapport avec le nom de Tingalinta , écrit sur plusieurs cartes à la même distance ^ ; mot qui se prononce peut-être Tenkalita : c'est le même que le Rio-Nunez , selon les habitans ; ce ruisseau , qui coule au nord , ne serait , dans ce cas , que l'origine ou le principal affluent du Rio-Nunez.
( 1 ) Les deux journées de distance en pays de montagne sont évaluées nécessairement chacune à moins de dix-huit milles géographiques.
(2) Voyez entre autres la Sénègamhie , pour servir à la nouvelle Histoire générale des voyages de M. IValckenaer etc. y par M. Dufour, 1828.
D'autres ruisseaux ou rivières , tels que le Bangala , le Doulinca et le Kakiriman , large rivière voisine des hautes montagnes d'Antégué , coulent au contraire vers le sud. Le sol est granitique dans cet espace et au-delà : les montagnes sont très-hautes et escarpées ou à pic; des chaînes, toujours plus élevées, se succèdent; il. y a de ces montagnes qui ont deux mille pieds. Tout ce pays, voisin du Fouta-Dhialon , est comme hérissé d'obstacles et très-difficile à franchir ; et cependant des hommes et des femmes , chargés pesamment sur la tête , le traversent avec facilité. Une de ces montagnes, le Touma, fait la limite entre i'Irnanké et le Fouta ; au-delà est le Cocoulo, large rivière très -rapide,» dont le lit s'écoule sur des cataractes. On arrive ainsi au Bâfing, le bras principal du Sénégal : il paraît que sa source est à i'O. de Timbo, et qu'il prend son cours à l'O. et au N. ( et non pas à l'E. ) ; du moins c'est ce qui me semble résulter du nouvel itinéraire. D'ailleurs le cours au N. E. du Tankisso , qui appartient au bassin du Dhiolibâ, confirme cette opinion ^
Ensuite on descend dans* de vastes plaines trèsfertiles, qu'arrose le Tankisso, large rivière s'écoulant sur un lit escarpé, avec le Bandiégué et d'autres
(1) Dans le travail très-estimable de M. Dufour sur la Sénégambie, il me semble que Tauteur s'est astreint trop scrujîuleusement aux détails de la route de M. Mollien , précieuse d'ailleurs pour l'ensemble.
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moins considérables , jusqu'à ce qu'on arrive au grand fleuve de cette partie de l'Afrique , le Dhiolihâ,
En sortant du Soulimana\ le fleuve se dirige au N., ainsi que je l'ai dit plus haut d'après le major Laing ; mais ensuite il se porte à l'E. Ce coude est précisément donné par une distance du nouvel itinéraire. On y voit que îe fleuve passe à une journée au S. de Saraya. Cette direction concorde parfaitement avec la carte du voyage de Laing au Soulimana, ce qui confirmerait au besoin la position de Saraya et le tracé que j'ai fait de la route. On sait que la hauteur absolue de sa source au-dessus de la mer, est, selon le major Laing, d'environ seize cents pieds, ou cent trente de plus que la source de la Rokelle.
C'est à Couroussa , dans le petit pays d'Amana , que le voyageur fa traversé. Il avait déjà, encore si près de sa source , une largeur de neuf cents pieds , et une vitesse médiocre de deux milles et demi. L'Yendan, large rivière, s'y jette à peu de distance de ce point, et il reçoit plus loin le Milo , venant de la ville de Kan-kan , et le Sarano, qui arrose les riches plaines du Ouassoulo. 4în continuant de laisser le Dhiolihâ à sa gauche, et de s'avancer vers l'E., le vovaqeur arrive à Timé.
(i) Les Mandingues placent le Couranco là où le major Laing place le Soulimana, c'est-à-dire quils prolongent le Couranco au ,N 0. , vers les sources du Dhiolihâ. Voyez plus bas.
La détermination du point de Timé résulte de deux données : Tune , que la marche a été la même dans tout le' trajet, depuis Kakondy; la caravane était de Ja même force; et si le pays est moins montagneux, les voyageurs étaient plus fatigués , ce qui établit une compensation : l'autre condition est fournie par la hauteur méridienne du soleil, observée deux fois à Timé, au moyen de la longueur de l'ombre. Quelque imparfaite que soit cette observation, il est permis d'y avoir égard, quand elle coïncide avec les données de l'itinéraire ; je reviendrai bientôt sur ce point.
,Xn terminant l'examen de cette première partie de l'itinéraire , je ferai quelques remarques sur la situation du pays, qui paraît être le lieu du partage des eaux dans cette partie du continent africain. La première grande ligne de partage est celle qui sépare les eaux de la Sénégambie de celles du Soudan. Les montagnes qui la forment , autant qu'on peut les connaître , ont leur nœud à Timbo, et leur distinction est nettement tranchée. Les unes versent au N., les autres à l'E. , et il est remarquable que les divisions de pays ou d'états correspondent aux régions physiques. Ainsi le pays appelé Foata-Dhialon , Timbo et ses montagnes sont forigine du Rio-Grande, de la Gambie, de la Falémé, du Sénégal, etc. Le Soulimana et ses montagnes sont la source du Dhiolibâ,
d'un côté, et celles de la Rokelle et du Mungo, de l'autre. *
Du revers des montagnes du Fouta-£)hialon sortent des afïlaens duDhiolibâ, tels que le Tanldsso ( car ce ne peut être un bras du Sénégal , comme on l'a dit à M. Gaillié ) : le lieu d'où il sort n'est pas éloigné de Timbo, et du vrai point de partage entre les bassins du N. et de TE. Ainsi, nous avons une connaissance approximative du relief du pays , laquelle présente un ensemble satisfaisant, où tout paraît s'enchaîner d'une manière naturelle. Les observations de M. Gaillié y auront contribué pour beaucoup.
Outre la ligne de partage dont je viens de parler, il y en a une autre qui sépare les eaux de la Sénégambie de celles du Timannie ; elle résulte de l'examen attentif des marches de M. Gaillié. Il a traversé en effet deux rivières notables : l'une, le Kakiriman, qui a soixante-dix à quatre-vingts pas de large ; l'autre , le Gocoulo, qiii en a quarante- cinq; toutes deux trèsrapides. Il les a vues versant à sa droite, c'est-à-dire au S., dans le bassin du Timannie*. Au-delà, c'està-dire après Popoco, toutes les rivières qu'il a franchies versaient à gauche et vers le N., dans la Sénégambie. Ainsi, entre la route de M. Mollien et celle
(1) Toutefois les ruisseaux les plus rapprochés de Kakondy versent au N. dans le Rio-Nunez; mais leur cours est très-petit; peut-être aussi quelques-uns des suivans coulent-ils vers le Rio-Grande.
de M. Caillié , il doit y avoir une crête très-élevée ^ dirigée à-peu-près du N. 0. au S. E. et passant près de l'intersection des deux routes.
Les noms des pays traversés par M. Caillié dans la première partie de son voyage, mériteraient un examen particulier. D'après la description circonstanciée du Bàléya, il me paraît que le major Lainq a placé sur sa carte un village de Beilia là où il aurait dû* indiquer et où est en elFet le pays de Baléya. Le Firia des cartes est le même que le Fryia ou le Firya de M. Caillié ; le Sangaran est à-peu-près où on l'a placé dans les cartes récentes, mais sur les deux rives du fleuve. Quant auCouranco, si l'on a bien informé M. Caillié , il se prolonge beaucoup au N. 0., tandis que ]e major Laing le restreint à l'intervalle des rivières de la Rokelle et de la Camaranca dans le S. Ce pays toucherait, à ce qu'il paraît, au Baléya et au Soulimana. C'est dans le Kissi qu'est la source proprement dite du Dhiolibâ, au midi de Couranco, selon M. Caillié ( ou du Soulimana, selon le major Laing). Ainsi toute la dissidence des deux voyageurs se réduit à la prolongation du pays de Couranco; mais les limites de ces petits royaumes sont-elles bien déterminées, et les indigènes sont-ils eux-mêmes bien d'accord sur des frontières que la violence déplace à chaque moment? On voit sur plusieurs cartes les noms de Sangala et de Couronia non
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loin de Goiiranco et Sangara. Je pense qu'il y a ici double emploi, comme il y en a tant d'autres exemples en géographie, soit par la diversité des orthographes , soit par la négligence des transcriptions. Couronia ne vient-il pas de Couronca ( Couranco ) ? Sangala , par la fréquente mutation de l'r en l, ne vient- il pas de Sangara? Le Ouasselon, ou bien Ouassoulo, doit être beaucoup rapproché de l'Otcéan: cela résulte incontestablement des marches de M. Cailhé ; et déjà, cet exemple fait pressentir ce qui a lieu par rapport au cours du Dhiolibâ et à tous les pays qu'il traverse. Ce fleuve ayant aussi été supposé trop à l'E. de trois à quatre degrés , il en est résulté qu'il a fallu alonger toutes les distances pour couvrir l'espace entre lui et Timbo, et les constructeurs de cartes ont, pour ainsi parler , délayé dans cet espace les noms de pays et de lieux, écarté l'une de fautre toutes les positions, puis transformé des hameaux en villes et des villes en royaumes. Ils ont trop néghgé de remarquer l'habitude commune à presque tous les voyageurs, savoir, de prolonger les distances par une estimation exagérée , et de faire abstraction des coudes fréquens , des inflexions continuelles des lignes de route : double motif qui a trop fait reculer dans l'intérieur des terres une multitude de pays bien plus près de la mer qu'on ne le croît. Ce manque de critique dans la rédaction des itinéraires ou dans la construction de ces itinéraires
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sur des cartes , n'est pas une nouveauté en géographie : les anciens en ont donné maint exemple , et les cartes dressées d'après les positions de Ptolémée sont presque toutes entachées de ce défaut; je ne citerai pour exemple que l'Arabie. Mais je termine cette courte digression, dont le sujet ferait presque la matière d'un livre aussi utile qu'instructif. Je passe aussi sur plusieurs noms de pays que M. Gaillié nous apprend à connaître , et qui figureront dans la carte d'Afrique pour la première fois, et, à plus forte raison , sur les noms déjà connus , dont un témoignage authentique vient confirmer l'existence.
deuxième: partie du voyage.
La plus grande partie de f espace de Kakondy à Timé peut être regardée comme une acquisition toute neuve pour la géographie; il en est de même de celui que nous allons parcourir avec le voyageur. Il ne faut pas regretter qu'il ait abandonné les rives du Dhiolibâ , et que cette circonstance nous ait privés de renseignemens sur les rives du fleuve, depuis Couroussa jusqu'à Djenné; nous en sommes dédommagés par ses découvertes sur des pays jusque-là complètement ignorés. De plus, s'il eût passé par Bamakou, Ségo, Sansanding, il n'aurait pas eu le temps d'y séjourner autant que Mungo-Park, et peut-être il ni. 1 3
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aurait été découvert à Ségo et retenu comme Dochard. Passant assez loin à l'E. du fleuve , il a connu les alïluens qui traversent l'espace triangulaire compris entre Couroussa, Timé et Djenné, et toutes les positions de ce vaste espace , et il a pris connaissance également des positions riveraines , et de toutes les villes de quelque importance, par l'attention qu'il a eue d'en demander la distance et la direction, aux dilFérens points de sa route.
J'ai déjà fait observer que la route de Timé àDjenné ayant été faite dans les mêmes circonstances que la précédente, 3'estimation de 3 milles anglais par heure de chemin s'applique à cette ligne; je fai donc aussi admise avec M. Gaillié , et j'ai eu la satisfaction de voir qu'en construisant cette ligne sans altération, telle que la donnent les distances et les orientations , la latitude de Ségo restait à -peu-près la même que celle qui résulte de l'observation de Mungo-Park ^ faite dans le voisinage*. Mais ce point sera examiné plus tard, quand je discuterai la position de Temboctou. Ainsi le tracé de cette portion de l'itinéraire n'a pas présenté de grandes difficultés. Quelques circonstances topographiques de cet espace méritent d'être remarquées.
(i) Sami, à TO. de Ségo, iS^iy'N., deuxième voyage de Mungo- Park, the Journal oj a mission, etc. London, i8i5, pag. idg et i5o.
Au-delà de Timé, le voyageur marche encore deux jours à l'orient; après quoi il tourne au N. ( magnétique), et s'en tient toujours assez près, ce qu'il faut bien remarquer. Il y a à Timé de hautes montagnes granitiques, et encore à quatie journées plus loin, après quoi le sol s'abaisse et s'apianit. Aux sables succède une terre fertile, sillonnée par de fréquens cours d'eau, dirigés à fO. vers le Dhiolibâ , entre autres le Bagoë, rivière navigable, et le Couara-ba. Tangrera, vers le commencement de cette ligne , paraît une grande ville très - commerçante ; ce point se trouve placé, d'après le journal, à TE. N. E. de Timé (orient de la boussole ), mais non pas à dix jours à l'E, , comme on le voit dans le journal \ A Tiara , une partie de la caravane se dirigea sur Sansanding, et au N. 0., suivant M. Gaillié ( le tracé de la carte donne le N. N. 0. vrai); selon les renseignemens qu'on lui a donnés à Badiarana, Gayaye est à neuf jours au N. , et Ségo à neuf jours plus loin : or, Ségo (tel qu'il est placé sur la carte, d'après ce que j'ai dit ailleurs^), se trouve parfaitement orienté au N. de la boussole , par rapport à Badiarana; mais les dix-huit journées , si elles existent , sont bien petites, ce qui résulte peut-être des eaux stagnantes et autres obstacles qui obligent
(1) Cest le N. E. vrai à-peu-près. Voyez tome II, pag. 26 et 37.
(2) Voyez ci-après le tracé du cours du fleuve.
à des détours. Cayaye se trouve déterminé particulièrement par l'orientation sur Gouara , à cinq jours au N. N. O. , ce qui le place , comme il convient , à moitié chemin de Badiarana à Séqo. Ce lieu de Gouara mérite doublement de nous arrêter : j'ai eu occasion, dans un autre écrit, de faire remarquer que c'est un mot générique dont le sens est analogue à celui de rivière. Ici, on voit, à côté du village de ce nom, une rivière assez considérable dont le nom est Couara-ha , c'est-à-dire Rivière-Rivière ; nous avons quelques exemples d'une dénomination semblable dans Ba-ba et autres noms du même genre : nouvelle raison à ajouter à toutes les autres, pour que l'on n'identifie pas des rivières et des courans à cause de la similitude de leurs noms, parce qu'il faudrait savoir avant tout si ces noms sont des termes génériques ou des appellations propres.
En second lieu, le Gouaraba s'écoule à travers un pays où la carte de Mungo-Park fait passer une rivière appelée Banimma , parallèle au Dhiolibâ ; ce qui paraît impossible , puisque le Gouaraba va tomber dans le fleuve même, d'après le récit des habitans.
Cette portion de l'itinéraire fournit une donnée pour l'emplacement d'un pays et même d'une ville de Kong f fort reculée dans toutes les cartes. L'orientation d'une ligne qui s'y dirige , en partant de Douasso, est entre le S. S. E. et l'E. i/k S, E. de la boussole,
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ce qui est juste le S. vrai; voilà pour la longitude : mais une distance telle que quarante-cinq jours de marche porterait bien trop loin au midi ; sans doute le sol est très-montagneux sur presque tout le chemin, et les journées bien courtes. En s' arrêtant au septième parallèle nord, on n'aurait que des journées de sept à huit milles géographiques, y compris les détours de la route.
En continuant toujours vers le nord, le voyageur traverse de grandes plaines découvertes, de riches campagnes, et il trouve à sa gauche des marais, des lacs ou des étangs, qui indiquent le voisinage du grand fleuve. Enfin, il en atteint les bords à Galia, à dix milles en face de Djenné. Avant d'entrer dans cette capitale , examinons plusieurs positions géographiques assez importantes. Rien n'était plus obscur que la situation de Bouré ; on ignorait s'il y avait une ville de ce nom, et même quel était l'emplacement du pays de Bouré : on verra sur les cartes des différences de plusieurs degrés. M. Caillié n'est point allé à Bouré; mais en réunissant tous les renseignemens qu'il a pris, je trouve des données suffisantes pour déterminer cette ville ; car il y a une ville , et qui est très-importante par le voisinage de ses riches mines d'or et par le commerce dont elle est le centre. Bouré est sur la rive gauche du Tankisso, grand affluent du Dhiolibâ, comme je l'ai dit, et à trois quarts de jour
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de ce dernier en ligne directe, ou à une journée audessus du confluent. Ces renseignemens , qui concordent très-bien, ont été fournis par des hommes et en des lieux diflerens. De plus, la position de Bouré est donnée par la distance de Kan-kan ; et son orientation, savoir, quatre à cinq jours au N. ijk N. E., en descendant le cours du Milo. Enfin, un quatrième témoignage lui a appris que Bouré était à cinq journées de Couroussa, en descendant le Dhiolibâ en pirogue, et remontant ensuite le Tankisso.
Bamakou nous est connu par la deuxième relation de Mungo-Park -, mais sa position absolue doit être rapprochée versi'O. notablement : les renseignemens de M. Gaillié, et la construction de la carte, portent cette ville vers le dixième degré de longitude O. de Paris, et le onzième degré quarante-cinq minutes de latitude. L'idée d'y former un établissement est fondée sur la vraie connaissance des lieux; déjà même elle a été suggérée, il y a long-temps, dans des mémoires soumis au gouvernement, et l'on en a fait voir les avantages. Aujourd'hui les documens de M. Gaillié viennent en confirmer la possibilité; il pense qu'il y aurait de ce point huit à dix jours de marche jusqu'au point le plus rapproché du Sénégal. Or, il résulte de la construction de la carte qu'en remontant le Bâfmg jusqu'à trente lieues au-dessus de la première cataracte de Félou, on serait à soixante-dix lieues en
ligne directe de Bamakou, ce qui est assez d'accord avec ce qui précède; mais ce n'est pas le lieu d'examiner cette question.
OBSERVATIONS SUR LE TRACE DU COURS DU DHIOLIBA , DE COUROUSSA A SÉGO ET DJENNÉ. . ^
Le tracé que je donne du cours du fleuve, de Couroussa à Ségo, s'écarte des idées reçues jusqu'à présent*; et je dois justifier un changement aussi notable, en le soumettant au jugement des géographes. En construisant les routes de M. Caillié, je ne m'attendais pas à un tel résultat , ou plutôt je craignais de voir d'anciennes conjectures sur la position beaucoup plus occidentale du fleuve et des villes qu'il arrose , détruites par des observations positives , comme une illusion qui se dissipe au grand jour de la vérité. Il en a été autrement, et cette opinion était loin d'être une témérité. En effet, le fleuve se porte d'abord droit auN. E. après Gouroussa, puis à l'E., et ensuite trèslong- temps au N. , au îieu de se diriger à l'orient constamment, comme on le voit sur les cartes. Mais cette dernière direction, sur quoi est -elle appuyée? sur quels fondemens repose-t-elle ? Elle n'a d'autres motifs qu'une position arbitraire de Temboctou, beau-
(1) Il en est de même de Djenné à Temboctou.
coup trop reculée à l'orient, beaucoup trop éloignée de l'embouchure du Sénégal. Sur les cartes les plus modernes , on a bien essayé de reporter cette position vers l'occident; on a senti qu'il fallait la rapprocher de l'Océan*; mais on l'a fait avancer d'une trop petite quantité, et sur le même parallèle ou à-peu-près, au lieu d'avancer en même temps vers le N.
Si Ton admettait l'objection que M. Caihié a porté sa route par eau trop à i'O. , alors il en résulterait que sa route de Temboctou à Fez aurait été portée trop à l'E. : or, ces deux résultats s'excluent; car c'est la même construction de route, la même orientation qui conduit ici de Gouroussa à Ségo , de Ségo à Temboctou, de Temboctou à Fez.
Une considération puissante, c'est que M. de Beaufort a fixé et assuré la position de la ville d'Élimané dans i'E. de Bakel, par un très-grand nombre d'observations ; c'est la capitale actuelle du Kaarta. De là , on se rend journellement à Ségo; le malheureux voyageur était même sur le point de s'y rendre, sans le dénuement causé par le pillage dont il fut victime , et qui le força de rebrousser chemin. Là , on lui dit que Ségo n'était qu'à dix jours; que la direction
(i) M. Walckenaer, comme je Tai dit ailleurs, a été un des premiers à reconnaître la nécessité de ce changement. Voy. Recherches etc. Voy. aussi tome II des Mémoires de la Société de géographie , et son Bulletin ou Recueil pèriodicfue.
d'Elimané sur Ségo était E. S. E. -, et que ces journées étaient des journées de chemin de pied. Mettons en œuvre ces données , et voyons si elles confirment le cours du fleuve , tiré de l'itinéraire de M. Caillié.
Les journées de pied seront- elles estimées plus fortes que de vingt-un milles géographiques? cela est difficile à admettre : mais quand on les porterait à vingt-deux milles, et en ligne directe, ce seraient deux cent vingt milles en tout, qui, dans la direction cidessus, n'atteindraient pas le neuvième méridien 0. de Paris.
Pendant que M. Caillié était à Kiébala, on lui a indiqué des distances et des directions sur Ségo , qui s'éloignent peu de la position résultant de celle d'Elimané dans le sens opposé; et si Ton portait ici le fleuve à l'E., comme on le voit dans toutes les cartes calquées sur celles des voyages de Park, il n'y aurait plus aucun accord entre ces deux espèces d'informations. Si, au contraire , on conserve ces données respectives, l'accord s'établit naturellement, et le cours du fleuve vers le N. se trouve confirmé.
De plus, la latitude de Ségo, quoique encore à observer, ne peut différer beaucoup de celle de Sami, qui est dans le voisinage : fobservation qu'y a faite Mungo Park est de treize degrés dix- sept minutes , et peut-être est-elle un peu trop septentrionale. La position approximative de Ségo, résultant de données
diverses, et que j'ai adoptée comme une moyenne, serait ainsi, latitude treize degrés, longitude neuf degrés O.
Ségo, selon l'itinéraire, est orienté juste au N. magnétique de Badiarana, c'est-à-dire, N. vrai dix-sept degrés à l'O. Cette direction passe exactement par la position que j'assigne à Ségo , d'après l'observation de Sami par Mungo-Park.
o est encore parfaitement orienté par la ligne N. N. O. de la boussole partant de Saraclé^
La direction duDhiolibâ , de Ségo à Jenné, 0. et E., et la position de Ségo, sont encore bien confirmées par une donnée fournie au voyageur à Bamba^. Ségo est à trois journées N. 0. de cet endroit; et le quatrième jour, à midi, on atteint la ville de Ségo (ce sont de grandes journées). La proportion de trois à quatre, ou plutôt trois à trois deux tiers , se trouve en effet sur le tracé que j'ai donné.
Enfin, il est dit ailleurs^ formellement que Ségo est à cinq jours vers l'O. de Jenné; la nouvelle carte donne 0. ijlx S. 0. Toutes ces données, on le voit, coïncident bien; et quoiqu'elles n'aient pas l'autorité
(1) Tome II,pag. iSS-iôy ci-dessus: le journal porte ici quatre jours de distance ; ce seraient des jours de douze lieues : il y a en réalité huit journées ordinaires (de 18' ^ ) avec les contours.
(2) Tome II, page i 57 ci-dessus.
(3) Ihid. page 216. '
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d'une seule bonne observation céleste , cependant il y a trop d'accord entre elles pour hasarder de déranger tout l'itinéraire du voyageur, et de porter la ville de Ségo, et avec elle lout le cours du fleuve, à deux ou trois degrés et plus vers l'orient, quand d'ailleurs il n'existe d'observation d'aucune espèce, ni géographique, ni astronomique, pour éloigner le fleuve et ses villes dans l'intérieur du continent.
La position de Djenné , les bras du fleuve qui l'entourent, sa situation dans une grande île à l'écart du Dhiolibâ, la branche qui se détache dans les environs de Ségo et rejoint le fleuve à Isaca, à quatre journées plus loin , sont autant de circonstances également neuves, et qui modifient beaucoup les idées antérieures. En voyant cette complication de détails, on conçoit l'obscurité et les contradictions des récits des noirs, au sujet de Djenné; mais dès qu'on étudie attentivement et que l'on compare avec soin les différentes données , on parvient à se faire une idée assez nette de ces localités : le lecteur jugera si j'en suis venu à bout dans le cours de cet écrit et dans le tracé que je mets sous ses yeux. Il reste incontestablement une foule de choses à connaître sur cette double branche du Dhiolibâ , sur la véritable forme et la vraie étendue de fîle de Djenné, et sur sa double ou peut-être triple communication avec les bras du fleuve ; car chaque pas que f on fait dans la connais-
sance de ce fleuve mystérieux semble éloigner le but : ce n'est donc , à vrai dire , qu'une légère esquisse que j'ai osé figurer ; le temps rectifiera ces notions imparfaites; il complétera les observations de notre infatigable voyageur et l'on pourra juger de l'emploi que j'en ai fait. M. Caillié présume que l'île de Djenné a dix-huit milles de tour; cependant la construction de la route et l'ensemble de la carte me font penser que l'île a plus d'étendue : je soupçonne aussi que l'on ne peut voir, de Djenné, la jonction de l'île avec la branche occidentale du fleuve , mais seulement sa jonction avec sa branche orientale; c'est une conséquence de la situation de Ségo à l'O. de Djenné. Je renvoie, au reste, aux observations de l'article suivant, pour ne pas prolonger ici cette discussion.
Je ne rechercherai pas non plus comment il se fait que Mungo-Park n'a pas eu connaissance d'un second bras du fleuve, quand il s'est rendu de Ségo à Silla. Je m'abstiendrai également d'entrer dans de nouveaux développemens sur le cours du Dhiolibâ à partir de Djenné. La relation fournit d'amples détails, non moins instructifs que neuf^ , sur le régime du fleuve, sa profondeur , sa largeur immense en quelques endroits , jusqu'à acquérir un demi-mille et même un mille entier. Un des points les plus intéressans de cette route par eau, est le grand lac Débo ou Dhiébou , que M. Caillié rencontra à moitié chemin de Djenné à Temboctou.
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Je ne puis que penser que ce lac est celui qui figure sur les cartes sous le nom de Dibbie, mais avec une position, une forme et une étendue très-différentes.
Il n'est personne qui n'excuse f enthousiasme de notre voyageur, à la vue de cette mer d'eau douce , et n'approuve f empressement qu'il mit à prendre en quelque sorte possession du lieu au nom de ses compatriotes, en donnant des noms aux trois îlots qu'il renferme. Vingt-trois ans auparavant, Mungo- Park avait fait cette même navigation : peut-être avaitil aussi donné des noms à ces petites îles méditerranées ; qui feut blâmé de ce sentiment national , en France ou en Angleterre , si la relation de sa découverte fût parvenue en Europe ?
Le lac a deux parties , une orientale , dont on peut voir les limites, f autre occidentale, qui s'étend à perte de vue. M. Gaillié ignore d'où cette masse d'eau provient; est-ce d'un affluent, ou au contraire est- elle un écoulement des inondations du Dhiolibâ? Ce point de géographie , qui est u# problème important sous plusieurs rapports, reste donc obscur; plus bas, je proposerai une opinion assez probable
A f orient du lac , il y a des sables et des côtes arides ; à foccident , il se confond avec de vastes marais : la navigation de cette dernière partie doit être fort dif-
(i) Voyez ci-après, page 288.
ficile. Quand on se rend de Djenné à Temboctou, on navigue sur la première partie du lac , en serrant la rive droite.
On remarquera au-dessous du lac ( sur la carte ) un contour du fleuve, qui paraîtra peut-être forcé et peu naturel; il résulte des lignes de route qui ont été notées , et le seul embarras d'y substituer autre chose m'a obligé de le conserver, quoique je doute de son exactitude : au reste, une erreur dans ce tracé n'influerait pas beaucoup sur le résultat général.
En approchant de Cabra, port de Temboctou, M. Gaillié aperçut à la droite un grand bras du fleuve dirigé à YEst-Sud-Est, et il continua de naviguer sur l'autre, dirigé vers le N. 0. On lui dit que ce dernier rentrait dans l'autre à quelque distance; mais ce fait important n'a pas été vérifié par un œil européen ; le voyageur n'aurait pu le constater qu'en se transportant lui-même, non sans péril, au point de jonction : quant aux habitans, se souciant fort peu d'obtenir ou de transmettre avec exa^itude des renseignemens de cette nature , ils ne lui ont parlé de celui-ci que vaguement. Le problème de la direction ultérieure et de l'issue finale de ces branches du fleuve est donc encore à résoudre; je renvoie cette discussion à un autre article S ainsi que la question particulière de la
(i) Voyez S V, ci-après.
position de Temboctou*; je terminerai celui-ci en rappelant que l'itinéraire de Timé à Galia, et de Galia à Temboctou, a été construit à raison de deux milles par heure.