‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828: (volume 3)Chapitre 9 sur 51 · ANALYSE DE LA CARTE ITINERAIRE ET DE LA CARTE GENERALE DD VOYAGE · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LA CARTE ITINERAIRE ET DE LA CARTE GENERALE DD VOYAGE

En construisant les cartes qui sont sous les yeux du lecteur, je n'ai pu faire usage des renseignemens que s'est procurés notre voyageur dans ses précédens voyages , tant dans le Bondou et chez les Maures

ET RECHERCHES GEOGRAPHIQUES. iy5

Braknas , que chez les peuples voisins de Kakondy , les Nalous, les Bagos et les Landamas: ces excursions ne présentent point de marches suivies , susceptibles d'être tracées sur une carte; il ne peut donc être question ici que de la quatrième excursion , c'est-àdire, du grand voyage du Rio-Nunez à Tanger, commencé le 1 9 avril 1 8 2 y et achevé le 7 septembre 1 8 2 8 ; je me bornerai par conséquent à un coup d'œil sur les premiers voyages. L'examen de cette route sera divisé en trois parties :

1 ° Marche de Kakondy à Timé, au-delà du Dhiolibâ ;

2° Marche jusqu'à Djenné, et de là sur le fleuve jusqu'à Temboctou;

3° Marche de Temboctou à Arbate, et de là à Tanger.

Ensuite, je m'occuperai particulièrement de la carte générale du voyage.

ART. ï.

PREMIERS VOYAGES DE M. CAILLiÉ.

C'est en 1819 que M. Gaillié se livra à sa première excursion. De Saint-Louis , il se rendit à Gorée par le chemin battu, c'est-à-dire qu'il partit de Gandiolle et suivit le bord de la mer , sans avoir occasion de faire aucune observation neuve. Toute cette

côte est parfaitement connue par les relevés des cfficiers de la marine royale.

En 1 8 1 9 , il s'associa à M. Adrien Partarrieu, qui rejoignait l'expédition du major Gray : celui-ci était alors dans le Bondou, réduit à de fâcheuses extrémités, et il appelait M. Partarrieu près de lui, pour lui porter des secours, dont l'expédition avait le plus grand besoin*. Il est à regretter que M. Caillié n'ait pas pris note de ses marches pendant ce voyage ; la ligne de route coupait celle de M. Mollien, ainsi que celle qu'a suivie plus tard le capitaine de Beaufort. La caravane passa par Boulibaba , ville habitée par des Foulahs, et dont la position n'est pas connue. Toute cette route mériterait d'être déterminée et tracée sur les cartes : M. Caillié est suffisamment justifié de ne pas l'avoir décrite avec détail, sachant que M. Partarrieu possédait des matériaux plus exacts ; ce qu'a transmis ce dernier voyageur , en relations ou en observations géographiques , étant d'ailleurs très-digne d'attention. Il faudrait des renseignemens sur l'espace désert qui sépare de ce côté Cayor du Ghiolof , sur

(1) Voyez le Voyage dans X Afrique occidentale, de 1818 à 1821, par le major William Gray et feu DocLard, Paris, 1826, traduit par M.'"*= Ch.e Huguet. Tout le monde connaît Tissue fâcheuse de cette mission , pendant laquelle cependant il a été fait des observations intéressantes, qui méritent 1 attention des géographes comme celle des amis de l'humanité.

Potaco dans le pays de Bondou , et sur toute la ligne transversale de Gandiolle à Boulébané , capitale de cet état. M. Caillié partit de Boulibaba pour Bakel , et retourna avec ses compagnons de voyage à Saint- Louis, par le fleuve, sans avoir d'observation nouvelle à faire sur le cbemin.

Le troisième voyage de M. Caillié est plus important, non -seulement par son but, qui était de l'initier aux mœurs et aux usages des Africains, et de se préparer à un voyage dans l'intérieur et à toutes les privations qui l'accompagnent, mais encore par les descriptions curieuses qu'il a faites des marcbes des Maures dans le désert, de leurs stations encore peu connues ou totalement ignorées , des eaux courantes ou stagnantes qu'on y trouve. Il eût été à souhaiter de pouvoir tracer ces positions sur la carte ; mais je n'ai pas eu le moyen de les fixer avec exactitude. On remarquera, en lisant la relation, que la résidence du roi des Braknas est continuellement variable : souvent il se tient à portée du fleuve du Sénégal et de l'escale dite des Braknas-, mais pendant la saison humide , il pénètre plus avant dans le désert; quand il lève son camp, la population entière marche avec lui. L'étendue de l'espace assujetti à cette tribu puissante n'est connue que de l'Est à l'Ouest; mais on apprend par la relation combien il s'étend au Nord. Les géographes désireraient conm. 12

naître ]a position précise du lac Aleg, celle de la montagne dite Ziré (mot qui est d'ailleurs un terme générique), enfin les limites de la grande tribu des Abou-sebas ou el-Abou-sebah , dont le nom est écrit très - diversement et incorrectement sur des cartes récentes : ceux qui ont cru que l'article faisait corps avec le mot, et qu'on pourrait retrancher la finale, en ont fait le mot Lahos. On a fait usage de deux finales, Sebas et Sehali ; la dernière seule est exacte.

Je me bornerai à une remarque sur la position relative d'Adrar et du lac Aleg. Suivant le voyageur, il y a sept journées de.l'une à l'autre : comment concilier l'emplacement assigné à Adrar, non loin de Ouâd-Noun, qui est à plus de trente journées du territoire attribué, en général, aux Braknas? Il faudrait que ce territoire s'étendît au nord jusqu'aux extrémités du Sahara , ce qui est contraire aux idées reçues, mais non peut-être à la réalité.

M. Gaillié, revenu en mai 1824 à Saint-Louis, et désespérant d'obtenir les moyens nécessaires pour accomplir son projet, se décida à passer à Albréda sur la Gambie , et de là à Sierra-Léone , où il vint à bout de réunir quelques ressources , en tirant parti de ses connaissances acquises. Le 2 2 mai 1 82 y, il s'embarqua à Sierra Léone pour Rio-Nunez , et y arriva le 3 1 . Dès le 5 août, il était établi à Rebecca ( ou Rabougga ) : là il s'occupa à-la-fois à compléter les observations et

les renseignemens existant sur les peuples voisins , les Nalous, les Bagos et les Landamas*, et à faire les préparatifs de son grand voyage. Bientôt il part pour Kakondy : son activité, sa persévérance^ une intelligence peu commune, enfin des circonstances heureuses qu'il sut mettre habilement à profit , lui permirent de partir le 19 du même mois avec une petite caravane destinée pour Kan-kan. Dans l'ignorance où tout le monde était de la vraie situation de cette ville, il semble qu'une heureuse prévision le dirigeait dans le choix de cette direction, puisqu'en la suivant, il traversa les rivières les plus importantes à connaître, de manière qu'on pût en assigner assez bien Ja position et la distance à l'Océan.

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