I. — Le chien arabe
Un des points les plus caractéristiques de la vie des chiens arabes, c’est d’être en guerre contre tout le genre humain, y compris leurs maîtres. Jamais ils ne reçoivent la moindre caresse. Ils grognent à tout le monde, et sont probablement les plus misanthropes des animaux. Mais peut-être aussi ont-ils quelque raison de l’être, car si quelqu’un fait attention à eux, ce n’est pas pour leur donner quelque nourriture, mais pour les accabler de coups de bâton et leur lancer des pierres. Etant ainsi maltraités dès leur enfance, ils deviennent hargneux, rageurs, mais aussi très lâches, et ils n’attaqueraient pas quelqu’un qui aurait seulement un bâton pour se défendre. Leur nourriture principale, ce sont les animaux qui meurent dans le douar, et les charognes qu’ils peuvent rencontrer ; quelquefois les Arabes vous feront remarquer qu’il n’y a pas d’ordures dans les environs du campement, c’est encore à eux qu’est dévolue la charge de les faire disparaître. Cette nourriture contribue peut-être beaucoup à leur donner des maladies cutanées, et d’un autre côté à les rendre des animaux abjects et à éloigner toute communication entre eux et leurs maîtres. L’expression de suprême injure des Arabes « Kelb ben Kelb », chien fils de chien, n’est pas là pour rien. — Dès qu’un étranger arrive dans le douar, les chiens commencent un concert d’aboiements qui n’en finit plus; mais, si cet homme arrive à quatre pattes, ils ne disent rien.
JOURNAL D’UN VOYAGE
Le chien arabe dont je parle ici est un chien de garde, une espèce de chien-loup, d’un gris fauve.