A SON ÉMINENCE LE CARDINAL FONTANA, PULFEÏ DE LA PROPAGANDE
Loudres, 24 août 1819.
Monseigneur,
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Eminence copie d'un mémoire que je délivrai, il y a quelques jours, au très honorable comte Bathurst. 11 suffit de le lire pour connaître le motif qui m'a fait entreprendre le long voyage dans lequel je me trouve engagé et les mesures qui m'ont semblé nécessaires pour en atteindre l'objet.
L'accroissement rapide de la population catholique dans toutes les parties de mon diocèse multiplie les soins, les voyages, les correspondances et les inquiétudes à un tel point, que les jours ne sont plus assez longs pour y suffire, et que ma tête et ma conscience ne sauraient plus longtemps s'en accommoder. Je poursuis donc le partage de ce vaste troupeau en plusieurs sections. De toutes les manières de l'opérer, la plus conforme aux Canons et à la pratique de l'Eglise catholique serait sans doute la formation d'une hiérarchie consistant en un métropolitain et quatre ou cinq évêchés suffragants. Ce fut sous cette forme que le Saint- Siège proposa autrefois la chose à feu M^'" Hubert, l'un de mes prédécesseurs; et je me souviens très bien d'avoir moi-même écrit à la Propagande que ce plan était le plus régulier et préférable à
tout autre. Mais les diverses lettres que j'ai eu l'honnear d'écrire à cette Congrégation depuis 1806, font aussi foi que j'ai toujours été d'opinion qu'avant tout il fallait que le Saint-Siège s'entendît avec le Gouvernement Britannique, et qu'il n'y avait rien à faire jusqu'à ce que la cour de Ronae fut en assez bonne intelligence avec celle de St. James pour pouvoir traiter directement ces matières.
Quelle a donc été ma surprise, en arrivant à Londre?, d'apprendre par une lettre de mon coadjuteur que, peu d'heures après mon départ de Québec, on y avait reçu des bulles du mois de janvier, qui me contituaient archevêque. En toute autre occasion, j'aurais accepté cette faveur du Saint-Siège avec actions de grâces. Dans la circonstance présente, elle est plus propre à nuire ;\ mes aflaires qu'à les accommoder. Le Cabinet Britannique n'a nullemeîit été prévenu de cette démarche et ne paraît pas disposé à y concourir. Pour moi, j'aime mieux demeurer comme je suis, que d'attirer quelque disgrâce sur la religion catholique en Canada, et de mécontenter un gouvernement qui l'a si favorablement traitée jusqu'à ce jour. Si j'obtiens la division de mon diocèse de la manière demandée dans le mémoire ci-inclus, je serai content, et lorsqu'il me sera accordé de me prosterner aux pieds du Souverain Pontife, je n'aurai pas d'autre grâce à lui demander.
J'ai l'honneur, etc.,
t J- 0., Ev. de Québec.
Suit une longue lettre secrète pour le cardinal Fontana, dont je reproduis quelques lignes :
" Il résulte de là que le Saint-Siège se trouve compromis par la publicité donnée à un bref apostolique qui demeure sans exécution. Or il ne peut se tirer de ce mauvais pas qu'au moyen d'une négociation bien conduite avec le gouvernement d'Angleterre, dont on doit s'attendre que la première réponse sera négative. Peut-être enfin se montrera-t-il plus traitable? L'affaire pourra avoir plus de chance, si c'est le cardinal Gonsalvi qui en
est chargé, par la grande confiance que les ministres d'Angleterre ont mise en lui."
M-T riessis ne prit jamais le titre d'archevêque, M^^' Panet non plus. Ce lut Msi" Signay qui de fait fut le premier archevêque de Québec. Son église fut élevée au rang de métropole le 12 juillet 1844, et le prélat fit connaître cette grande nouvelle à ses diocésains par son mandement du 24 novembre suivant, en même temps qu'il leur apprenait qu'il aurait pour sufiPragants les évêques de Montréal, de Kingston et de Toronto.