‹ Journal d'un voyage en Europe, 1819-1820Chapitre 18 sur 39 · LE 9 OCTOBRE DE LA MÊME ANNEE, LETTRE DU MÊME AU MÊME · texte numérisé non relu

LE 9 OCTOBRE DE LA MÊME ANNEE, LETTRE DU MÊME AU MÊME

Mon trës cher Seigneur et confrère,

J'ai à vous donner une nouvelle qui vou3 surprendra beaucoup. Je me propose de faire voile, lundi prochain, de New- York pour le Havre-de-Grâce, d'où je pousserai jusqu'à Rome, après avoir resté deux ou trois jours à Paris.

Je regrette infiniment que mon excellent et tendre ami, D'^ Cheverus, n'ait pu se charger de cette ambassade. Mais sa santé et d'autres difficultés ne lui permettent point de quitter son diocèse, et me voilà subitement forcé de partir.

Ne pouvant malheureusement recevoir vos lettres avant mon départ, je vous prie en grâce. Monseigneur, d'avoir la bonté d'en écrire quelques-unes aux prélats de Rome que vous connaissez. Vous êtes intruit de la conduite aveugle de la Propagande. Ses membres veulent le bien, je le crois ; mais ils ont besoin d'être éclairés. Appuyez, je vous en conjure, les demandes que j'aurai à leur faire pour le bien de notre Eglise. Vous êtes instruit des mesures qu'ils ont dernièrement prises et des malheurs qui en sont la conséquence. Il faut bien les convaincre que des moines vagabonds et intrigants qui l'assiègent ne peuvent que l'égarer....

t Amb. a. B.

M^' Plessis était parfaitement au fait de l'histoire de la jeune Eglise des Etats-Unis. Il l'avait déjà visitée, en 1815, au retour de sa visite pastorale dans l'ancienne Acadie, et avait passé par Boston, New-York et Albany. Ce fut dans la première de ces villes qu'il avait rencontré M^"" de Cheverus, qui en était évêque, et qui depuis devint archevêque de Bordeaux et cardinal. Là aussi il avait fait connaissance avec le vénérable grand vicaire Matignon, qui avait voulu accompagner l' évêque de Québec jusques à sa ville épiscopale. Au reste, M^*^ Plessjis avait été constamment en rapports immédiats avec les évêques des Etats-

Unis. On serait surpris de voir le nombre de ses lettres à M*' Carrol, évêque de Baltimore, et aux seigneurs de Cheyerus, Flagct, et Connolly, sans parler de sa correspondance avec nombre de prêtres et de religieux appartenant à la même Eglise. Aussi était-il au fait de tout, et la Propagande aurait-elle agi sagement en suivant ses avis ; elle aima mieux sans doute écouter la voix de l'archevêque de Dublin qui n'avait jamais mis le pied sur le sol d'Amérique. La Sacrée Congrégation avait ses motifs et ses raisons pour en agir ainsi, mais l'historien a droit de s'en étonner.

Ce serait sortir de mon sujet que de raconter la suite de ces difficultés. On peut trouver tout cela — en particulier HogarCs Case — dïiu& History of the Catholic Churchin the United Staieshj Gilmary Shea. Je crois utile cependant de citer un passage de cet ouvrage pour prouver qu'il ne s'agit pas ici de documents confidentiels et de faits qui seraient et devraient rester ignorés :

Bishop Kelly landed in New York, and proceeding to Baltimore announced himself to Archbishop Maréchal as Bishop of the newly erected diocèse of Richmond. The Archbishop gave a written statementin which, after rehearsing his constant protests against the turbulent men at îforfolk, protests transmitted to Cardinal Litta and his successor Cardinal Fontana, he continued : " Although it would be entirely lawful for us to oppose the erec-' tion of the said see, whether we consider the wicked means by which it was obtained, or the scandais and calamities of every kind which will be undoubtedly the results ; yet fearing that the said enemies of the Church of Christ will take the occasion even from our most justly founded opposition, to inflict the most serions injury on the Catholic religion, y our Lordship may, as you judge best, proceed or not to take possession of the new see and diocèse of Virginia according to the BuUs transmitted to you. But to assure the tranquillity of our conscience, we hereby distinctly déclare to your Lordship, that we in no wise give or yîeld our assent positively to thismost unfortunate action of the Sacred Congrégation de Propaganda Fide. If you carry it out, we are to

be held free before Qod and the Church now and hereafter from ail the evils and scandais whîch the Catholic religion suffers or may suiFer frora it in thèse United States. January 18, 1828."

He also wrote to the Cardinal Préfet, expressing his astonishment at such steps without the slightest notice to him, and appealed to the Sovereign Pontiff. " Therefore, Most Eminent Cardinal, two vagabond friars, Browne and Carbray, concocting their schemes with other Irish Friars living in Rome, hâve prevailed ; and the Sacred Congrégation, deceived by the absurd calumnies of such nien, bas made itself the instrument to carry out their impious schemes."

Gilraary Shea parle, dans son estimable ouvrage, du premier voyage de M^" Plessis aux Etats-Unis, et il cite : Relation d'un voyage aux Etats-Unis, par M*'^ Joseph Octave Plessis, évêque de Québec, en 1815. Puis il ajoute : " I am indebted for thisto the abbé Sasseville." Les lecteurs de la Semaine Religieuse de Québec auront bientôt l'accasion de prendre à leur tour connaissance de cet intéressant travail. Mais le grand historien américain semble ignorer le second voyage du prélat et la mission importante qui lui avait été confiée par le Saint-Siëge. On trouve sur l'illustre évêque de Québec quelques passages dans History of the Catholic Church^ New England States^ premier et second volumes. Cet ouvrage est d'autant plus intéressant pour nous, que nous comptons un si grand nombre de compatriotes établis dans la ÎTouvelle-Angleterre et qui pourront avant longtemps, espéronsle, fournir des sujets à l'épiscopat américain. Les noms français ont presque complètement disparu des siëges épiscopaux, mais grâce aux Canadiens, ils pourront y apparaître et y briller de nouveau. Ce sera l'avantage et la gloire de notre race, et je suis convaincu que les catholiques des autres nationalités n'auront pas à en souffrir. Les futurs évêques canadiens-américains seront les dignes successeurs de tant de prélats français qui, au temps de M^'' Plessis, prirent la place ou furent les compagnons et les directeurs de nos héroïques missionnaires dans les Etats- Unis, comme les Seigneurs Cheverus, premier évêque de Boston,

Maréchal, troisiëme évêque de Baltimore, Dubois, troisiëme évêque de New-York, Flaget, premier évêque de Bradstown, Du Bourg, troisiëme évêque de la Nouvelle-Orléans, etc. M*' Plessîs connaissait les vertus et la science de ces prélats qui avaient «ussi pour lui la plus haute estime. Il les aida dans la mesure de ses forces, et ce ne fut pas sa faute si, durant quelques années encore, l'Eglise Américaine souffrit de divisions et de scandales regrettables.

L'abbé Ferland donne toutes les circonstances du retour triomphal de M*^"" Plessis dans son diocèse. Le 7 août, les voyageurs arrivèrent à Montréal, où Tévêque de Québec présenta aux prêtres du séminaire leur ancien confrère, à qui allait être remise la direction spirituelle de ce district.

Avant de se rendre à la capitale, où il était impatiemment attendu, le prélat s'arrêta à son Séminaire de Nîcolet qu'il revoyait toujours avec un sensible plaisir.

La nouvelle du retour du premier pasteur du diocèse s'était répandue en peu de temps; partout sur la route qu'il devait suivre, s'organisaient des démonstrations en son honneur. Aussi son voyage de Nicolet à sa ville épiscopale fut-il un véritable triomphe, et ce fut au milieu des transports d'une joie sincère et manifestée avec enthousiasme, qu'il fit son entrée dans la cathédrale, le 16 août 1820.

Voir dans les Mandements des Evêques de Québec^ vol. 3, pages 154 et 168, Allocutio Habita coram clero in cathedrali ecclesia Quebece7isi, 31 aug. 1820 — et Mandement de Monseigneur Tévêque de Québec sur son voyage d'Europe, 5 décembre 1822.

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