DEUX LETTRES DE M. JACQUES DESJARDINS
Messas, près Baugeney, 22 octobre 1820.
Monseigneur,
Je ne doutais pas de votre heureuse traversée de Liverpool à New-York, et par suite à Québec, car Dieu était avec vous. Le beau voyage que vous avez fait si heureusement tient du prodige par sa longueur, par votre santé soutenue, et par ce que vous avez eu l'extrême bonté de faire pour nous sur cette incommode Loire. Nous ne l’oublierons jamuis. C’est consigné à Messas pour tous les âges. Ma bonne sœur et moi nous n’y pensons qu'avec des larmes d’attendrissement, de respect et de reconnaissance. M. le curé de Messas le tiendra aussi sur ses registres.
Votre lettre de New-York, Monseigneur, m’est parvenue le 22 août ; rien de plus diligent ; elle:nous a comblés de joie, tout en nous laissant le profond regret de vous avoir perdu. Je me souviendrai toujours du grossissement de cœur que j’ai ressenti à la diligence de la rue Notre-Dame des Victoires, qui roulait devant
mes yeux humides et qui vous emportait. Le bon M. Beaubien : et moi, nous sommes restés muets sur place, comme dans le désert.
Ah! Monseigneur, que j'aurais bien voulu vous suivre !. .... (Il rend compte de ses efforts infructueux pour lui trouver des prêtres et continue). Mxr l’évêque d'Orléans a reçu vos mentions avec bien de la sensibilité et m’a chargé de ses Elus vifs retours. Sa santé se soutient. Il est venu confirmer à Meung, à la fin de juillet, et je crois qu’il va aller à Blois confirmer aussi, et voir un peu cette pauvre dissidence des environs de Vendôme qui semble narguer l'autorité. M# de Thémines fait bien du mal...... Ma bonne sœur et mui, Monseigneur, sommes À vos pieds, vous demandant votre bénédiction, vous conjurant de vouloir bien ne
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1-Le docteur Pierre Beaubien, père de l'honorable Louis Beaubien, de Montréal, et de M. l'abbé Charles Beaubien, curé du Sault-au-Récollet. I fit ses cours de philosophie et de médecine à Paris. 11 mourut à Montréal le 12 janvier 1881.
Pas nous oublier au très saint sacrifice. Ma sœur vénère avec les siens les hautes faveurs de Rome qWelle a reçues par vos mains et qui font son espérance et sa consolation. Votre lettre du 22 juillet est un monument Pour nous deux, et nous ne cessons de la relire ainsi que de penser au trajet si précieux pour nous ct si pénible pour vous, Monseigneur, de Roanne à Orléans. Pour toute la vie...
Votre très humble, etc., DESJARDINS, aîné.
Le 15 février 1821, le même M. Jacques Desjardins écrit encore une longue lettre à Mer Plessis, ct termine ainsi :
“ Le carême va venir. Da mardi au samedi-saint, vous jugez, Monseigneur, quels souvenirs nous assiégeront. Je n’en perdrai pas une minute. Mrr l’évêque d'Orléans Y pensera aussi ; il m'a chargé de vous le dire en vous remerciant de votre mention pour lui et vous offrant mille respects....M. le curé de Messas est glorieux avec nous de vous avoir possédé dans son église. Et ce très touchant honneur est consigné dans ses archives, Il serait bien fâché que je ne le misse avec nous aux pieds de Votre Grandeur. Je n’oublicrai point non plus l’aimable docteur De la Tour avec son beau dîner du vendredi sairt, dont il s’est fait une grande fête. Vous avez tellement marqué et honoré Partout, Monseigneur, qu’on se plaît et honore À me le redire.”
L'abbé Philippe Desjardins annonça, le 1° mai 1821, à Mer Plessis, la mort de son excellent frère Jacques, ini:1umé le 30 avril, et le recommenda avec larmes À ses prières,
Le grand vicaire continua de correspondre jusqu’à la fin avec son illustre ami, et j’ai sous les yeux une de ses lettres datée du 21 septembre 1825. On sait que M#' Plessis mourut la même
année, le quatre décembre. L'abbé Desjardins qui se plaignait d’être très vieux à soixante et sept ans, vécut encore quatorze ans et décéda à Paris, le 21 octobre 1833. Son frère Joseph mourut à l’'Hôtel-Dieu, le 31 août 1818, à l’âte de quatre-vingt-deux ans et demi.
J’aurais pu citer d’autres lettres encore, celles, par exemple, de M. Langlois, supérieur des Missions Etrangères, pour prouver davantage quels honorables souvenirs M" Plessis avait laissés de sa persorne en Europe. Ceux que j'ai reproduits suffiront, je crois, et contribucront à rappeler quel grand évêque il a été, queis précieux services il a rendus à notre Eglise, quel lustre ila irté sur le nom canadien. Ilavait été formé à bonne école, celle de M" Briand dont il fut le secrétaire pendant plusieurs années, le confident et l'ami. C’est ainsi que durant toute sa jeunesse ecclésiastique, il avait eu sous les yeux les plus beaux exemples de zèle, de régularité, de diplomatie chrétienne, de douceur et de fermeté. Plus grand que son illustre maître, qui avait été pourtant le second fondateur de notre Eglise, il restera à jamais la gloire de notre clergé cet de notre race. Ferland, en commençant sa superbe monographie de l’évêque de Québec, cite ces paroles d’un écrivain peu favorable à l'Eglise du Canada: “ Interrogez les Canadiens, demandez-leur quel fut le premier homme de leur pays ; et tous, de quelque rang, de quelque opinion qu’ils soient, vous répondront unanimement : c’est Monseigneur Plessis,”